Comment Trump a contribué au plus gros flop du tennis
Le coup droit est boisé. Le jeu de jambes, inexistant. Donald Trump vient de perdre le point contre Serena Williams. Autour de lui, l’assistance feint la déception. Il ne faut pas froisser celui qui vient d’investir dix millions de dollars dans un centre de tennis indoor, à deux pas du Trump National Golf. Nous sommes deux ans avant son premier mandat à la Maison-Blanche.
Cette technique approximative sur les courts de Virginie pourrait laisser penser que Trump n’a jamais porté le tennis dans son cœur. Mais les apparences sont trompeuses. Le président des Etats-Unis a longtemps entretenu une relation étroite avec la discipline, et plus encore avec l’US Open, qui se tient à New York jusqu'à dimanche.
Chez lui à Flushing Meadows
Trump a vite compris que le déménagement de l'US Open à Flushing Meadows, à la fin des années 1970, associé à l’émergence de prodiges américains, allait faire du Grand Chelem américain le Majeur de la démesure. Le tournoi à ne surtout pas manquer. Il a donc fait en sorte d’y être vu, s’accaparant progressivement le central.
Donald Trump est passé du riche habitué des tribunes dans les années 1980 au maître des loges au tournant du millénaire. Du businessman ayant réussi ses premiers coups dans l'immobilier et fanfaronnant sur son siège, téléphone portable à la main, bien avant que l’appareil ne se démocratise, à la personnalité dont on surveillait les prestigieux invités, de Bill Clinton au propriétaire des New England Patriots, en passant par de nombreux mannequins. Le milliardaire fut l’un des premiers à disposer de sa propre loge à l’Arthur Ashe Stadium et en aurait même eu deux à une époque. Il n’en possède toutefois plus depuis 2017.
Au plus près des joueurs
Trump est aussi parvenu à s’immiscer dans les box des joueurs et à côtoyer de près les stars du circuit. Il assista ainsi aux adieux de Chris Evert aux côtés du compagnon de la championne, puis au retour triomphal d’André Agassi après sa blessure, assis à côté de la femme du «Kid de Las Vegas».
L’actuel président des Etats-Unis fut si proche du gratin mondial qu’il célébra avec Pat Rafter ses deux victoires à l’US Open, dansa avec Serena Williams au Nouvel An et joua à plusieurs reprises avec Chris Evert, notamment dans le cadre du Pro-Am qu’il organisait sur ses courts floridiens.
Il accueillit également Monica Seles dans sa forteresse de Mar-a-Lago, alors que la championne yougoslave de 17 ans cherchait à s’isoler après son étonnant désistement à Wimbledon. Elle déclarera quelques semaines plus tard, auréolée de son titre à l’US Open: «Il (réd: Trump) a été le seul à croire en moi».
Donald Trump fut par ailleurs un mécène de la Fédération américaine de tennis (USTA). Il appuya plusieurs de ses projets et participa à une campagne publicitaire dans laquelle il reprit son célèbre slogan: «You’re fired». Fait pour le moins étonnant au regard de ses propos misogynes, il fut enfin ambassadeur du circuit féminin.
Une incursion dans la gestion d'athlètes
Dans l’art de se montrer, de soigner son image et de s’entourer, c’est un sans-faute pour Trump. Impossible toutefois d’en dire autant dans le domaine qui l’anime le plus: le business. Lorsqu'il a voulu faire de gros profits avec le tennis, l'expérience a tourné court.
En 1999, Donald Trump souhaitait diversifier les activités de son agence T Management (Trump Model Management). Il se lança donc dans la gestion de sportifs, signant l'une des tenniswomen les plus prometteuses de l'histoire: Monique Viele.
Viele avait 14 ans lorsqu’elle passa sous son aile, elle qui était représentée par la célèbre agence IMG depuis ses neuf ans, âge auquel elle battait déjà des joueuses de près de 18 ans.
Sous Trump, Monique Viele intégra rapidement le circuit principal. Elle franchit le pas au tournoi de Tokyo remporté par Lindsay Davenport, après avoir gagné son bras de fer avec la WTA pour abaisser à 14 ans l’âge minimum pour devenir professionnelle. Elle eut également accès aux installations de Mar-a-Lago et décrocha de juteux contrats, comme celui de 1,8 million de dollars avec l’équipementier Fila.
Flop énorme
Mais Viele restera dans l’histoire du tennis comme un immense flop. Elle ne dépassera jamais la 817e place mondiale et mettra un terme à sa carrière avant même son 18e anniversaire, autant déçue que fragilisée par cet univers. Sa collaboration avec Trump prendra fin en 2002.
Donald Trump ne peut être tenu pour responsable du fiasco de celle que l’on présentait comme une future numéro une mondiale. Après tout, tous ceux qui l’ont entourée à l’époque ont plus ou moins joué un rôle dans cet échec: ils ont poussé à outrance une joueuse qui n’était encore qu’une enfant.
Trump a néanmoins une large part de torts. Avec son agence, il a contribué à éloigner Monique Viele des courts, comme elle le raconte dans L’Equipe. «J'ai été juge au concours Miss Teen USA. J'ai fait quelques journées de mannequinat à New York. J'ai chanté pour le réveillon de l'an 2000 à Mar-a-Lago. J'ai fait des apparitions à la télévision dont une pour une sitcom vénézuélienne.»
En agissant ainsi, Trump cherchait visiblement à tirer d’elle le maximum. Nouvelle illustration avec cette conférence de presse à la Trump Tower, au cours de laquelle Viele vola la vedette aux joueuses engagées à l’US Open, alors qu’elle n’avait pas obtenu de wild card. «Il y avait des tonnes de médias, je passais d’une interview à une autre, c’était un peu fou.»
Ou encore avec cette anecdote au tournoi de Tokyo, où elle se retrouva à chanter du Britney Spears au public nippon pour ouvrir la compétition. Le lendemain, sans expérience du très haut niveau, ni même du circuit secondaire, Monique Viele, tétanisée par l’enjeu, la foule et l’engouement médiatique, se faisait balayer au premier tour à l'âge de 14 ans.
Si cette pression et ces à-côtés, auxquels s'ajoute la volonté d’un coach de modifier en profondeur son jeu, ont eu raison de sa carrière, il se peut que Trump ait réalisé un certain profit grâce à elle. Mais rien en comparaison de ce qu’il aurait pu tirer d’une joueuse ayant percé au plus haut niveau. L’expérience s’est donc soldée par un échec, Viele ayant été la seule athlète managée par Trump.
D'autres accrocs
Cette histoire relativement méconnue n'est pas le seul revers de Donald Trump dans le milieu du tennis. Le milliardaire américain rêvait d'organiser une nouvelle «Bataille des Sexes» entre une ancienne légende du tennis masculin et Serena ou Venus Williams. Il aurait ainsi proposé un million de dollars à John McEnroe pour qu'il participe, mais celui-ci aurait refusé. Quant à savoir qui Trump, loin d'être un fervent défenseur du féminisme, aurait aimé voir l'emporter, le doute n'est guère permis.
Donald Trump a par ailleurs été accusé en 2020 par l’ancienne mannequin Amy Dorris de l’avoir embrassée et touchée sans son consentement dans sa loge lors de l’US Open 1997. Des accusations que les avocats de l'actuel président des Etats-Unis ont niées.
Plus récemment, Trump a eu droit aux sifflets d’une bonne partie des tribunes lorsqu’il a assisté à la finale 2025 entre Jannik Sinner et Carlos Alcaraz. Il n’avait alors plus été aperçu à l’Arthur Ashe Stadium depuis dix ans. Sa venue répondait à l’invitation du patron de l’horloger suisse Rolex.
