Pourquoi l’hymne espagnol n’a pas de paroles
Les origines de l’hymne espagnol remontent au 18e siècle. Il a été mentionné pour la première fois en 1761 dans un document militaire officiel, sous le nom de «Marcha Granadera» (Marche des grenadiers). Depuis, cette mélodie accompagne l’histoire mouvementée de l’Espagne, de la monarchie aux dictatures, jusqu’à la démocratie actuelle.
Au fil des années, plusieurs tentatives ont été menées pour doter l’hymne du pays d’un texte officiel. Une version avec des paroles a notamment été utilisée pendant la dictature franquiste. L’hymne était alors chanté dans les écoles, même si le texte n'a jamais été officialisé. Après la fin du régime, l'Espagne est revenue à la version originale, dépourvue de paroles. D’autres initiatives, notamment en 2007, ont également suscité des oppositions.
Une structure politique et culturelle complexe
L’une des principales raisons expliquant l’absence de paroles, aujourd’hui encore, malgré diverses tentatives, réside dans la structure politique et culturelle complexe de l’Espagne. Le pays est composé de 17 communautés autonomes, dont certaines, comme la Catalogne ou le Pays basque, possèdent de fortes identités propres. Un texte unique pourrait être perçu comme une manière de privilégier une région ou une langue en particulier, notamment le castillan au détriment du basque, du catalan et du galicien.
L’hymne sans paroles est considéré comme un symbole de neutralité et d’inclusion. Il permet à tous les Espagnols de s’y identifier, quelle que soit leur origine régionale ou leur sensibilité politique. Dans un pays marqué par de profondes divisions politiques au cours de son histoire, il apparaît ainsi comme un vecteur d’unité.
La «Marcha Real» est l’un des rares hymnes nationaux dépourvus de texte officiel. Au sein de l’Union européenne, il est même le seul dans ce cas. C’est pour cette raison que les sportifs et les supporters espagnols se contentent de fredonner la mélodie lors des compétitions internationales, tandis que les joueurs des autres nations entonnent fièrement le leur.
(t-online/roc)

