Une étrange malédiction guette Didier Deschamps
Au plus tard le 20 juillet, lendemain de la finale de la Coupe du monde, Didier Deschamps ne sera plus le sélectionneur de l'équipe de France. La fin d'une aventure longue de quatorze ans, marquée par un titre mondial et plusieurs finales.
Deschamps n’a plus rien à prouver et se retire serein, avec le sentiment du devoir accompli, quel que soit le parcours des Bleus outre-Atlantique. Ainsi, il n’a pas hésité à annoncer sa sortie plusieurs mois à l’avance, dès janvier 2025, alors que la coutume veut que l’avenir des sélectionneurs soit tranché, ou du moins officialisé, après un grand tournoi.
Est-ce le relâchement, ou les effets plus larges de la fin d’une ère? Quoi qu’il en soit, les rares entraîneurs ayant assumé leur décision plusieurs mois avant une échéance importante ont souvent vécu une désillusion lors de leur dernière compétition.
L’exemple le plus frappant est celui de Joachim Löw, sélectionneur à succès de l’Allemagne de 2006 à 2021, qui avait annoncé, à trois mois du début de l'Euro, sa future retraite. La suite est connue: la Nationalmannschaft avait été éliminée dès les huitièmes de finale.
Autre cas marquant: celui de Vicente del Bosque, sélectionneur de l’Espagne de 2008 à 2016. Son départ, prévu de longue date après l’Euro 2016, ne s’est pas déroulé comme prévu. L’Espagne, double tenante du titre, a là encore été sortie dès les huitièmes de finale.
Parmi les grandes nations du ballon rond, l’Italie a également connu un échec cuisant après qu’un sélectionneur, en l’occurrence Marcello Lippi, a annoncé publiquement son futur départ. Lippi avait conduit l’Italie au sacre mondial en 2006 avant de quitter la sélection. Il était revenu sur le banc en 2008 et avait assuré, dès mars 2010, que la Coupe du monde en Afrique du Sud serait sa dernière. Une compétition que la Nazionale a finalement achevée à la dernière place de son groupe, composé du Paraguay, de la Nouvelle-Zélande et de la Slovaquie.
Des exemples existent aussi au Brésil et en Angleterre. Tite a pris congé de la Seleção à l’issue de la Coupe du monde 2022, comme cela était programmé, ponctuant six ans de travail par une élimination en quart de finale, un résultat jugé insuffisant pour une nation de ce calibre. Même scénario pour Sven-Göran Eriksson en 2006. Un quart de finale n’est certes pas un si mauvais résultat pour l’Angleterre, habituée aux déceptions et en quête d’un titre depuis 1966. Mais à l’époque, les attentes étaient élevées autour de Steven Gerrard, David Beckham, Frank Lampard, Wayne Rooney ou encore Michael Owen.
Disputer un ultime tournoi alors que tout le monde sait qu’il s’agit du dernier n’est donc pas forcément judicieux, même si Louis van Gaal a prouvé le contraire en menant les Pays-Bas à la troisième place du Mondial 2014, tout en étant déjà annoncé à Manchester United la saison suivante.
Alors, Didier Deschamps soignera-t-il sa sortie? Le technicien tricolore a en tout cas fait le nécessaire pour y parvenir. Contrairement à un Löw victime de la fin d'une ère, «DD» a parfaitement su renouveler son groupe au fil des campagnes, comme en témoignent les présences probables de Désiré Doué et Michael Olise dans son onze mardi contre le Sénégal (21h), ainsi que la possible entrée en cours de jeu de Rayan Cherki. Très apprécié de son vestiaire, y compris des jeunes avec lesquels il sait s’adapter, il semble aussi pouvoir compter sur un collectif déterminé à lui offrir le meilleur des adieux.
