Et si Christian Constantin payait le salaire de Murat Yakin?
Lorsque Jesse Marsch est devenu sélectionneur du Canada il y a deux ans, certains, dans le pays, ont fait la moue: un Américain sur le banc de notre équipe nationale? Le poste avait le plus souvent été confié à des Canadiens, parfois à un Sud-Américain ou à un Européen, mais jamais à un représentant du grand voisin du Sud.
Pendant deux siècles, le Canada et les États-Unis ont entretenu des relations amicales. Depuis la seconde investiture de Donald Trump à la présidence américaine, cette relation a pris les contours d’une véritable histoire d’amour-haine. Sur le plan économique, le Canada reste étroitement dépendant des États-Unis. Mais les droits de douane, les menaces d’annexion et les conflits politiques ont nourri un antiaméricanisme nouveau, puissant, accompagné de mouvements de boycott.
Lorsque Trump, l’an dernier, a exprimé à plusieurs reprises, et sans la moindre ironie, son envie de faire du Canada le 51e État américain, Jesse Marsch a été invité à réagir. Sa réponse l’a immédiatement propulsé au rang de légende vivante auprès des Canadiens:
Cette prise de position ferme contre Trump a fait taire les derniers critiques de Marsch. D’autant que, déjà, une vieille loi non écrite s’était vérifiée: le succès balaie rapidement les doutes. Peu après son arrivée, Marsch a conduit sa nouvelle équipe jusqu’aux demi-finales de la Copa América. Il a ainsi réveillé au Canada la conviction que la sélection nationale pourrait jouer autre chose qu’un simple rôle de figurante lors de la Coupe du monde 2026 à domicile.
Camila Gonzalez, journaliste pour TSN, la plus grande chaîne sportive canadienne, explique à CH Media, le groupe auquel appartient «watson»:
Il était donc logique que la fédération souhaite prolonger, avant même le début du tournoi, un contrat qui arrivait à échéance après la Coupe du monde. Problème: elle n’a, en réalité, pas les moyens de s’offrir son sélectionneur. Son salaire annuel de 1,5 million de francs suisses au moment de son arrivée était déjà trop élevé. Une somme sans commune mesure avec les émoluments des sélectionneurs anonymes qui l’avaient précédé.
Or les trois grands clubs du pays (Vancouver, Toronto et Montréal) ont eux aussi tout intérêt à voir le Canada réussir sa Coupe du monde 2026, avec l’effet d’entraînement que cela pourrait avoir sur le développement du football dans le pays. Ils ont donc accepté, aux côtés d’autres donateurs privés, de prendre en charge une grande partie du salaire de Marsch. Cette solution, conjuguée à l’envie de l’entraîneur de poursuivre l’aventure après le Mondial, a permis une prolongation de contrat très applaudie jusqu’à la Coupe du monde 2030.
Un coup d’accélérateur idéal au moment d’entrer dans le tournoi de cette année, que le Canada a lancé par une victoire 6-0 contre le Qatar, le plus large succès enregistré jusque-là par une équipe dans la compétition. Lors du dernier match de groupe contre la Suisse, les Canadiens défendront leur première place, afin de pouvoir disputer à Vancouver, devant leur public, les seizièmes de finale puis, éventuellement, les huitièmes.
Le point sur le groupe B:
Un sélectionneur national payé par les plus grands clubs du pays? En Europe, une telle situation paraît inimaginable. Si Christian Constantin, David Degen et Ancillo Canepa finançaient le salaire de Murat Yakin, celui-ci pourrait-il encore convoquer d’autres joueurs que ceux du FC Sion, du FC Bâle et du FC Zurich? Et l’Allemagne ne compterait-elle vraiment que six joueurs du Bayern dans son effectif pour la Coupe du monde si Julian Nagelsmann était rémunéré depuis Munich?
À en croire les journalistes canadiens, Marsch a pris soin de garantir son indépendance. De la part d’un homme capable de tenir tête à Donald Trump, on veut bien le croire.
