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Jeux olympiques

Comme redouté, les Chinois sont des pinces en sports d’hiver

Les millions investis en infrastructures et les étrangers recrutés à prix d'or n’ont pas suffi à combler des siècles de retard. Normal: le sport d’hiver chinois est quasiment parti d’une piste bleue et de vieilles recettes orientales à base de sueur et de Fortalis.
09.02.2022, 18:5510.02.2022, 08:51

Zhang Mengying a quitté la glace sur une civière, après avoir percuté une coéquipière. Alors bien sûr, les hockeyeuses chinoises ne sont pas les seules à vivre des situations embarrassantes: nul doute que certaines joueuses suisses auraient préféré finir à l’hôpital qu’à 12-1 contre des Américaines monstrueuses et moqueuses.

Zhang Mengying a eu très mal.
Zhang Mengying a eu très mal.

Il n’empêche que la Chine sportive postule à un certain standing et que les performances médiocres, parfois comiques, de certains bataillons de néophytes, ne rendent pas grâce au décor fastueux que le gouvernement a dressé pour les sublimer.

Jusqu'ici, la Chine a remporté trois médailles d’or, loin de ses grandes rafles estivales. Et encore: ses faits de gloire tiennent aux seules disciplines de patinage et à une skieuse-mannequin d’importation américaine, Eileen Gu (ou Gu Ailing, selon les jours et les goûts), championne olympique d’une discipline que le public chinois confond au mieux avec une paire de baskets (le big air).

Eileen Gu, des grands airs en toutes circonstances.
Eileen Gu, des grands airs en toutes circonstances.

Celle que les médias ont surnommée «la princesse des neiges» a choisi d’adopter la nationalité de sa mère en 2019. La Chine a accordé quelques passeports sans trop regarder à la décence, un peu à la tête du client, malgré des règles particulièrement strictes et obtuses en la matière (un étranger ne peut adopter la nationalité chinoise qu’en cas de parenté directe, de résidence principale dans le pays ou «de raisons légitimes» laissées à la libre appréciation des autorités).

Parfois, la Chine semble regretter ses procédures facilitées. Sans doute y a-t-elle pensé lorsque Zhu Yi, également née aux Etats-Unis, a bousillé l’épreuve de patinage artistique par équipe. La jeune femme a lourdement chuté contre la balustrade, avant d’éclater en sanglots et d’aller se terrer au fin fond du classement.

«Ce matin déjà, j’avais juste envie de pleurer, j’étais tellement nerveuse», a-t-elle confessé. Grave erreur dans un pays qui, au contraire des Etats-Unis, n’est pas porté à la contrition publique: sur le réseau social chinois Weibo, l'hashtag railleur #ZhuYiFellOver («Zhu Yi a chuté») a cumulé 230 millions de vues avant sa désactivation en hauts lieux.

Le rêve chinois de l'Américaine Zhu Yi a tourné au cauchemar.
Le rêve chinois de l'Américaine Zhu Yi a tourné au cauchemar.

Les usines à champions du «made in China»

Aux Jeux d’été, tout est différent. La Chine dispute sa suprématie aux Etats-Unis, premier producteur de médailles depuis l'effondrement de l'URSS et leader mondial du dépassement de soi (par opposition au devoir patriotique d’obédience communiste).

Peu à peu, les athlètes chinois ressemblent à leurs homologues américains. Tout le monde a besoin de héros, quel que soit le champ de bataille: la Chine les aime comme nous, accoutrés et gominés, de préférence écolos et rigolos. Eileen Gu coche toutes les cases; même s'il lui en manque forcément une, pour sauter si haut avec des skis.

Avec ses grandes usines à champions, le «Made in China» produit des centaines de médaillés à destination des Jeux d’été. Mais pour sa collection d’hiver, il n'en a pas le savoir-faire. Il est quasiment parti de rien, d’une piste bleue et de vieilles méthodes artisanales à base de sueur et de Fortalis.

La Chine n’a pas le même vécu, les mêmes connaissances ni le même héritage. Elle est bizut dans des disciplines aussi exotiques que le ski alpin où, comme son économie de marché, elle importe les compétences extérieures en espérant les copier les assimiler aussi vite que possible.

Les vieilles usines fonctionnent encore.
Les vieilles usines fonctionnent encore.Image: EPA

Les 51 entraîneurs étrangers, sur les 78 au total que compte la délégation chinoise, sont grassement payés à élever une nouvelle race de champions au poil dur. Parmi eux, Köbi Kölliker a accueilli près de Soleure une trentaine de hockeyeurs supposément prometteurs, battus 11-1 par les juniors élite de Bienne et refroidis d'un coup après qu'un camarade, victime d'un contact a priori banal, se soit disloqué les deux épaules, du jamais vu dans toute la carrière de Kölliker, selon les informations rapportées par Le Matin Dimanche. Hors JO, l’équipe nationale chinoise entretient des rivalités tiers-mondistes avec le Mexique et la Belgique.

Du luxe…

Les témoignages des entraîneurs étrangers expriment généralement une admiration sincère. Sur Eurosport, Simon Lemieux, responsable québécois du ski de bosses chinois, s’émeut du niveau... d’implication:

«Ces gars ne font du ski que depuis quatre ans. Je n'ai jamais vu ça. En seulement quatre ans, participer à la Coupe du monde et être bon comme ça, c'est vraiment impressionnant. On a neuf jeunes qui passent leur journée entre rampe d'eau, trampoline, salle de sport, ski. Ils ne vivent que pour ça»

En récompense de leurs efforts, les sauteurs à ski ont même reçu une soufflerie à plusieurs millions de dollars. Il ne leur reste plus qu’à apprendre à sauter.

… au dénuement total

Tout autre écho dans l’Equipe où Jean-Pierre Amat, entraîneur français des biathlètes chinois, semble exprimer une détresse profonde: «Les athlètes passent leur temps à essayer d'en faire le moins possible quand ils sont sur les skis. Dès qu'ils ne nous voient plus, ils n'en branlent pas une».

Le matériel

«On a bricolé une dameuse. On est partis d'une échelle en bois, on a planté des vis dedans, on a découpé une planche avec des rainures, tout ça attaché derrière un scooter. Un jour qu’il neigeait, le moteur a lâché»

Sans même parler des procédures: «Comme on avait changé de province, il fallait une autorisation pour les armes, mais ça n'avait pas été anticipé. On a dû attendre douze jours pour avoir les carabines. Sauf qu'il fallait une autre autorisation pour les cartouches. On a attendu 21 autres jours pour les avoir».

Devenir des bons hommes d’hiver

Personne n’est dupe: dans l’inconscient populaire chinois, l’hiver reste d’abord un Cervin dans une boule de verre. Le but est d'avoir les mêmes à la maison. En skis ou en patins, le gouvernement poursuit l'objectif ambitieux de former 300 millions de Chinois (émois, émois, émois) à l’horizon de 2025, dans quelque 1500 installations prévues à cet effet.

Malgré sa percée dans l'industrie des loisirs, l’Empire n'a pas totalement fait le deuil de son éducation à l’ancienne: il associe encore souvent le succès à l’entraînement acharné, voire excessif. Certes oui, il s'abstient de revendiquer l'héritage soviétique dont il a longtemps emprunté les méthodes, et parfois ceux qui les enseignaient, mais les raideurs martiales de ses jeunes hockeyeuses alignées en rangs serrés (jusqu’à se télescoper) témoignent de cultures tenaces.

Un entraînement à Pékin aligné au cordeau.
Un entraînement à Pékin aligné au cordeau.Image: AP

«Mieux vaut mourir dans la lutte pour l'or que de survivre dans l'unique but de participer», clamait la devise des tireurs chinois en 2008, dénonçant la lâcheté du baron Pierre de Coubertin. Le 80% des athlètes alignés cette année-là à Pékin n’avaient débuté leur carrière que quatre ans plus tôt, aux Jeux d'Athènes, sortis frais émoulus du protocole étatique.

Signe des temps, les médaillés chinois ne reçoivent plus seulement un réfrigérateur ou un appartement en ville, mais des lingots d’or et des 4x4 allemands. En hiver, pour l'instant, cette générosité ne coûte pas cher au contribuable.

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