L'arrivée du nouveau coach d'Ambri est une absurdité
Imaginons un instant qu’en août dernier, quelqu’un ait osé la prophétie suivante: Heinz Ehlers deviendra entraîneur du CP Berne, Jussi Tapola se retrouvera derrière la bande à Ambri parce que Paolo Duca et Luca Cereda auront jeté l’éponge, et Christian Dubé prendra les rênes du HC Bienne.
Le prophète en question aurait aussitôt croulé sous les messages:
Manifestement une variété très puissante.
C’est pourtant exactement ce qui se passe. Jussi Tapola reprend Ambri avec Pasi Puistola, jusqu’à la fin de la saison. Le club l’a annoncé dans un communiqué officiel envoyé mardi juste avant minuit, quelques instants après le point héroïque décroché à Fribourg (défaite 4-3 après prolongation).
Ambri change donc d’entraîneur sans aucune urgence sportive. Depuis la démission de Luca Cereda et du directeur sportif Paolo Duca début octobre, Eric Landry et René Matte assuraient l’intérim derrière la bande. Avec, récemment, une tendance clairement positive: victoire 4-3 après prolongation à Genève, puis défaite honorable 4-3 après prolongation à Fribourg.
Le play-in n’est plus atteignable pour Ambri (13e du classement): le retard de 12 points sur la 10ᵉ place est trop important. Oui, bien sûr, la menace d’un play-out contre Ajoie existe. Mais à bien y regarder, ce play-out serait même une bonne affaire: au minimum deux, voire quatre matchs à domicile contre la lanterne rouge éternelle. Et même en cas de scénario catastrophe, peu probable, le risque de relégation lors d’un barrage face à La Chaux-de-Fonds ou Viège – les deux seuls clubs de Swiss League autorisés à monter – resterait très théorique.
La section sportive d’Ambri, déjà en partie co-pilotée par téléphone par l’actuel directeur sportif de la fédération Lars Weibel (qui deviendra à 100 % le directeur sportif du club dès le 1er juin), se sépare donc de deux entraîneurs et en engage deux nouveaux jusqu’à la fin de la saison.
Coût de l’opération: plus de 100'000 francs. Car Eric Landry et René Matte devront évidemment continuer à être payés.
Y a-t-il au moins une nécessité sportive? Non. Eric Landry et René Matte n’avaient pas perdu le vestiaire. Les deux matchs à l’extérieur, à Genève et à Fribourg, l’ont encore prouvé. Auraient-ils pu tirer davantage de cette équipe? Non plus.
Dans une ligue extrêmement équilibrée, la position d’Ambri correspond assez précisément à son potentiel, après des mois de turbulences en Léventine. Le club le reconnaît d’ailleurs dans son message d’adieu officiel à ses désormais deux ex-coachs:
Ambri souligne aussi que les deux hommes ont travaillé «avec engagement, détermination et professionnalisme».
Un vestiaire à conquérir
Jussi Tapola et Pasi Puistola, eux, ont perdu le vestiaire à Berne – expression nord-américaine désignant des entraîneurs lâchés par leurs joueurs et finalement licenciés. Ils héritent désormais du vestiaire d'Ambri. Ils devront donc faire preuve de plus d’engagement, de détermination et de professionnalisme que leurs prédécesseurs. Premier test jeudi, lors du derby contre Lugano.
Que faut-il donc attendre de ce changement d’entraîneur? On peut se permettre une pointe de perfidie: l’enthousiasme suscité par l’arrivée de Jussi Tapola et Pasi Puistola à Ambri ne sera sans doute pas aussi grand que celui provoqué, en octobre à Berne, par le départ des deux Finlandais. Heureusement, le meilleur compteur Chris DiDomenico, anticonformiste génial qui refuse toute camisole tactique, a toujours une réponse diplomatique à portée de main:
Traduction en français: «On verra.»
Au final, ce changement d’entraîneur est une excellente nouvelle pour tous ceux qui s’inquiètent de la santé financière d’Ambri. Il prouve une chose: le club nage dans l’argent.
Mais Ambri peut se le permettre. Tout comme il peut se permettre de prolonger de quatre ans son capitaine vieillissant et régulièrement blessé Daniele Grassi. Felice e prospero Ambri!
Adaptation en français: Yoann Graber
