Tensions, démissions, blocages: les JO 2030 en France dans le dur
Démissions, écueils politiques, désaccords stratégiques, retards: les organisateurs des JO 2030 enchaînent les turbulences et les retournements de situation depuis l'attribution de ces Jeux d'hiver aux Alpes françaises il y a un peu plus de deux ans.
Dernier épisode en date, jeudi, le Comité d'organisation (Cojop) ayant annoncé la «décision» de l'ex-champion olympique de ski de bosses Edgar Grospiron de «quitter la présidence».
Débuts difficiles
En juillet 2024, la France décroche l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 au terme d'une candidature express, mais «sous conditions» d'obtenir la garantie financière de l'Etat.
Cette exigence du Comité international olympique (CIO) n'a pu être satisfaite rapidement en raison de la dissolution de l'Assemblée nationale. Ce n'est qu'à l'automne suivant que le Premier ministre Michel Barnier signe un courrier d'engagement.
Et il faut même attendre février 2026 pour que la loi olympique, mise en suspens par la crise politique, grave dans le marbre la garantie de l'Etat.
Les débuts du Comité d'organisation des Alpes 2030 sont tout aussi laborieux: pressenti pendant des mois pour en prendre la tête, l'ancien biathlète Martin Fourcade jette l'éponge en février 2025, évoquant des désaccords sur «la gouvernance, la vision, l’ancrage territorial».
Dix jours après ce retrait fracassant, le Cojop est officiellement lancé et Edgar Grospiron, champion olympique de ski de bosses en 1992 à Albertville, en est désigné président. La recherche de son bras droit va aussi patiner: refusant de choisir parmi les quatre candidats sélectionnés par les parties prenantes pour le poste de directeur général, M. Grospiron opte en avril 2025 pour Cyril Linette, ex-patron du PMU et de L'Equipe.
Crise interne
L'accalmie est de courte durée. En décembre 2025, la directrice des opérations du Cojop, Anne Murac, démissionne, bientôt suivie par le directeur de la communication Arthur Richer, avant le départ du président du comité des rémunérations Bertrand Méheut.
Le 11 février 2026, en pleins JO de Milan Cortina, l'annonce de «désaccords insurmontables» entre Edgar Grospiron et Cyril Linette, puis le départ de ce dernier, plongent le Cojop dans une grave crise de gouvernance, Matignon déclenchant une mission de l'Inspection générale sur le fonctionnement de l'instance.
Après un intérim confié à Michel Cadot, ex-délégué interministériel aux JO 2024 et ancien préfet de Paris, un nouveau directeur général, le préfet de Tarn-et-Garonne Vincent Roberti, prend en juin dernier ses fonctions de directeur général.
L'apaisement attendu n'a pas eu lieu, et le Cojop a annoncé jeudi la «décision» d'Edgar Grospiron «de quitter la présidence». Une assemblée générale, prévue lundi, organisera l’intérim «jusqu’à la désignation prochaine d’une ou d’un nouveau président».
La valse des sites
La carte des sites devant accueillir les épreuves de 2030 n'a cessé de bouger au fil des étapes. Les élections municipales de mars 2026 à Nice ont complètement chamboulé le projet initial d'y baser toutes les épreuves de glace (hockey, patinage artistique, curling, short-track) ainsi que la cérémonie de clôture, le nouveau maire Eric Ciotti ayant mis son veto à l'utilisation du stade de l'Allianz Arena pour y installer une patinoire temporaire de hockey.
En décembre 2025, la délégation de Lausanne avait délivré son satisfecit à la suite de sa visite en Savoie et Haute-Savoie, après avoir notamment arpenté les tremplins de saut à ski de Courchevel et la mythique Face de Bellevarde.
LDLC Arena à Décines-Charpieu, Halle Tony-Garnier à Lyon, Eurexpo à Chassieu...: la nouvelle visite du CIO doit cette fois permettre d'affiner la répartition de toutes les épreuves de glace. La capitale des Gaules accueillera également dans trois ans et demi les épreuves de para-hockey sur glace et le curling fauteuil. Le village des athlètes du pôle glace sera pour sa part installé à Oullins-Pierre-Bénite, en périphérie de Lyon.
Les organisateurs ont finalement décidé en mai de basculer l'ensemble du pôle glace vers Lyon et sa métropole. Il ne restera donc à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur que le pôle briançonnais, avec le ski freestyle et le snowboard à Montgenèvre et Serre-Chevalier, ainsi que le village olympique à Briançon. Côté ski alpin, Val d'Isère l'a finalement emporté face à Méribel, les deux stations ayant tour à tour disparu puis réemergé dans les schémas successifs.
(afp/roc)
