Comment le foot s'est approprié «We Are the Champions»
Un très beau documentaire, diffusé fin juin sur Arte et toujours accessible en ligne, a trouvé un écho particulier en pleine Coupe du monde de football. Consacré à la genèse de «We Are the Champions», il mettait en lumière un double paradoxe: la chanson a été écrite par un homme qui n’aimait pas le football et elle ne contient pas la moindre allusion au ballon rond. Elle est pourtant devenue, au fil du temps, «la bande son officielle de tous ceux qui soulèvent une coupe», comme le rappelle joliment So Foot. Une appropriation étonnante, mais qui s'explique facilement.
L’histoire débute le 29 mai 1977, lors de ce que le documentaire de l’Allemand Hannes Rossacher décrit comme «un concert très particulier». Ce soir-là, Queen se produit au Bingley Hall, à Stafford, près de Birmingham. Peu amateur de football, Freddie Mercury l’ignore peut-être, mais Liverpool vient de vivre une semaine historique: quatre jours plus tôt, les Reds ont remporté leur première Coupe d’Europe des clubs champions en battant le Borussia Mönchengladbach (3-1), après avoir décroché leur dixième titre de champion d’Angleterre.
Des supporters de Liverpool sont présents dans le public. Lorsque Queen quitte la scène, ils entonnent «You’ll Never Walk Alone», l’hymne emblématique du club. Les membres du groupe sont frappés par cette communion.
Queen se met alors à écrire une chanson pensée pour faire chanter la foule, à la manière des supporters dans les tribunes. Quelques mois plus tard, en octobre 1977, «We Are the Champions» paraît sur News of the World, le sixième album studio du groupe. «Avec ce titre on a voulu faire participer le public», révèlera plus tard Freddie Mercury, l'idée étant de renforcer le lien entre le groupe et ses admirateurs.
Le chanteur admettra aussi avoir pensé au sport roi en écrivant les paroles de ce qui deviendra un tube planétaire.
«We Are the Champions» est immédiatement perçu comme un hymne de supporters, même s'il ne contient pas la moindre allusion au football dans ses paroles. Il est en effet question de peine, de gloire ou encore de défi, mais jamais de ballon rond.
Son refrain simple, immédiatement reconnaissable, le pronom «we», qui inclut le public, ainsi que son rythme propice aux cris, aux applaudissements et aux mouvements de foule en font un morceau taillé pour les tribunes. Des scènes marquantes, comme le sacre des Pays-Bas à l’Euro 1988 ou celui de l’OM en Ligue des champions en 1993, ont ensuite renforcé son association avec les trophées.
Devenu la bande-son universelle des champions, l’hymne de Queen devrait une nouvelle fois résonner dimanche soir, au terme de la finale de la Coupe du monde de football.
