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Netflix: le grimpeur Alex Honnold n'a pas un cerveau normal

Alex Honnold va tenter ce samedi de gravir la tour Taipei 101. A mains nues, sans sécurité, et en direct sur Netflix.
Alex Honnold va tenter ce samedi de gravir la tour Taipei 101. A mains nues, sans sécurité, et en direct sur Netflix. image: netflix/watson

Le grimpeur qui va risquer sa vie sur Netflix n’a pas un cerveau normal

L'Américain Alex Honnold va gravir ce samedi, sans aucune sécurité, l'un des plus hauts gratte-ciel du monde. En direct sur Netflix (2h00 du matin, heure suisse). Cet homme ne fonctionne pas comme le commun des mortels.
23.01.2026, 18:5723.01.2026, 18:57
Stephanie Schnydrig / ch media

Et si, juste avant d’atteindre le sommet, il devait éternuer? Suspendu à une façade, à 500 mètres de hauteur, sans aucune sécurité... La question peut sembler absurde, mais Alex Honnold, grimpeur de l'extrême américain, l’entend régulièrement. C'est ce qu'il a raconté récemment dans son podcast Climbing Gold.

L’éternuement est un réflexe incontrôlable, anodin pour la plupart d’entre nous. Mais pour quelqu’un qui grimpe à la verticale sans corde, il serait fatal.

Même sur les rochers, Alex Honnold grimpe souvent sans corde.
Même sur les rochers, Alex Honnold grimpe souvent sans corde. image: imago

Honnold balaie pourtant l’hypothèse. Selon lui, lorsqu’on grimpe réellement à la limite, on n’éternue pas. Son invité du jour, le grimpeur français Alain Robert – célèbre pour avoir escaladé des dizaines de gratte-ciel sans assurance –, compare cet état à une réaction immunitaire. Comme le corps qui, en cas de grippe, produit instantanément des anticorps, le cerveau passerait en mode survie dans les situations extrêmes. Les processus chimiques qui s’y déclenchent subordonnent tout le reste, y compris des réflexes aussi banals qu’un éternuement.

C’est précisément dans cet état de concentration absolue qu’Alex Honnold s’apprête à replonger ce samedi. L’Américain de 40 ans, père de deux filles, prévoit d’escalader Taipei 101 à Taïwan, une tour de 508 mètres faite de verre et d’acier, sans aucune sécurité. Certaines arêtes sont plus étroites qu’un téléphone portable.

La tour Taipei 101, qu’Alex Honnold s'apprête à escalader à mains nues.
La tour Taipei 101, qu’Alex Honnold s'apprête à escalader à mains nues.image: imago

Une ascension dont il rêve depuis dix ans, et qui sera retransmise en direct sur Netflix (à 2h00, heure suisse, sous le titre Gratte-ciel, L'ascension en direct). La raison est simple, explique-t-il: sans exposition médiatique, aucune autorisation officielle n’est accordée pour ce type de performance sur un bâtiment.

Depuis des années, Alex Honnold repousse les limites de ce que l’on croyait possible en escalade. Il s’est fait connaître mondialement en 2017, lorsqu’il a gravi sans corde El Capitan, dans le parc national de Yosemite: une paroi de granit quasi verticale de 884 mètres. Le documentaire Free Solo, consacré à cet exploit, a remporté un Oscar et l’a propulsé au rang de star planétaire.

La fameuse paroi El Capitan, dans le parc de Yosemite (Californie), qu'Alex Honnold a gravie sans sécurité.
La fameuse paroi El Capitan, dans le parc de Yosemite (Californie), qu'Alex Honnold a gravie sans sécurité.Image: Shutterstock

Contrairement à l’escalade en falaise, le défi d’un gratte-ciel ne comporte pas de passage unique d’une difficulté technique extrême, explique Honnold. Le véritable ennemi, c’est la fatigue. Elle s’installe progressivement, au fil des heures, à force de répéter les mêmes mouvements sur 101 étages, soit la hauteur de la tour taïwanaise.

Amygdale inactive et stimuli extrêmes

Face à de tels exploits, une question revient inévitablement: comment un être humain peut-il faire ça?

Un journaliste canadien a voulu en savoir plus et a proposé à Alex Honnold de se soumettre à une imagerie cérébrale. Il a accepté sans hésiter. Parce qu’on lui demande sans cesse si quelque chose ne tourne pas rond chez lui, ou s’il est tout simplement fou.

Alex Honnold est un véritable phénomène, qui fascine notamment les neuroscientifiques.
Alex Honnold est un véritable phénomène, qui fascine notamment les neuroscientifiques. image: Marcio Jose Sanchez

Lors de l’expérience, la neuroscientifique américaine Jane E. Joseph lui a montré des images censées déclencher une réaction immédiate chez la plupart des gens: violence, situations dangereuses, enfants en feu. Mais l’amygdale de Honnold – cette région du cerveau impliquée dans le traitement de la peur – est restée totalement calme. Aucun signal d’alarme, aucun stress mesurable. Là où, chez un grimpeur du même âge, les zones neuronales s’illuminaient «comme un sapin de Noël», selon l’expression de la chercheuse, le cerveau de Honnold ne montrait rien.

Un second test a révélé qu’il fallait également des stimuli très puissants pour activer son système de récompense. Les chercheurs lui ont fait jouer à un jeu vidéo permettant de gagner de l’argent en fonction de la rapidité de réaction. Chez la plupart des participants, ce type de tâche stimule nettement les circuits de la récompense. Chez Honnold, la réponse était à peine perceptible.

Le teaser de cette folle tentative 📺

Conclusion de Jane E. Joseph: les stimuli ordinaires l’attirent peu. Il a besoin de situations extrêmes pour ressentir un véritable afflux de dopamine. Cela pourrait expliquer pourquoi il prend des risques que d’autres évitent – non par témérité, mais parce que son cerveau ne les interprète pas comme tels.

Application salvatrice et humour sec

Chez le commun des mortels, en revanche, la peur du vide est fréquente. On estime qu’un tiers de la population a des difficultés dans les situations exposées. Pour environ 5 % des personnes concernées, cette peur est si intense qu’elle perturbe le quotidien.

Le traitement classique repose sur la thérapie par exposition: les patients s’exposent progressivement aux situations redoutées jusqu’à ce que l’angoisse diminue. La méthode est jugée efficace, mais reste peu utilisée. Tous ne sont pas prêts à affronter volontairement leurs peurs, et certains abandonnent en cours de route.

La peur du vide, le fameux vertige, est fréquente.
La peur du vide, le fameux vertige, est fréquente.Image: Shutterstock

Une équipe de l’Université de Bâle, dirigée par le neuroscientifique Dominique de Quervain, a donc exploré une autre voie. Elle a développé une application pour smartphone destinée à atténuer la peur du vide à l’aide d’environnements virtuels. Les utilisateurs évoluent dans des paysages en hauteur simulés et peuvent, après une phase d’adaptation, monter progressivement – en toute sécurité, sans danger réel.

Dans une étude, une vingtaine de participants se sont entraînés plusieurs heures de manière autonome avec l’application. Avant et après l’expérience, ils ont gravi la tour panoramique de l’Uetliberg, à Zurich. Résultat: tous ressentaient moins de peur et osaient monter nettement plus haut qu’auparavant.

On parlait déjà le mois dernier de cet incroyable défi👇

La peur du vide peut donc être atténuée. Alex Honnold, lui non plus, n’est sans doute pas un être naturellement dépourvu de toute peur. Son calme exceptionnel résulte probablement d’une combinaison entre une prédisposition biologique et des années de contrôle appris.

Il raconte lui-même avoir très tôt appris à «transformer» la peur, à l’affronter et à la réduire. Sa première voie en solo intégral, dit-il, était «vraiment terrifiante». Avec les années, cette peur s’est estompée, à force de répétitions, d’habituation et de visualisation mentale.

LONDON, ENGLAND - DECEMBER 11: Alex Honnold attends the National Geographic's gala screening of "Free Solo" at BFI Southbank on December 11, 2018 in London, England. (Photo by Stuart C. ...
Alex Honnold – ici en 2018, lors de la présentation à Londres de son film Free Solo – est une star. Mais pas du tout bling-bling.image: getty

Reste une dernière question: que se passera-t-il s’il chute réellement pendant la diffusion Netflix? Comment cela sera-t-il montré aux spectateurs? Que verra-t-on à l’écran?

Alex Honnold, visiblement, ne s’en préoccupe guère. «Les spectateurs ne m’intéressent pas vraiment», a-t-il déclaré dans une interview.

«Ma vie est en jeu, peu m’importe qui regarde. Ce qui compte, c’est de bien faire ce que je fais»

Et si tout se passe bien? Sa réponse, fidèle à son humour sec: «Je prends l’ascenseur pour redescendre, je vais bien manger avec ma femme et ensuite, je retourne m’entraîner».

Adaptation en français: Yoann Graber

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