Au HC Bienne, trouver un coach idéal sera plus dur qu'ailleurs
Depuis sa remontée en National League en 2008, le club seelandais avait bâti une sorte d’école Rudolf Steiner du hockey sur glace. Beaucoup de liberté individuelle, peu de hiérarchie, la confiance plutôt que l’autorité. Une approche unique en son genre, séduisante, qui a porté ses fruits avec une finale en 2023.
Mais aujourd’hui, faute de leaders sportifs adaptés et de talent suffisant, l’expérience a échoué. Après 41 journées, le HC Bienne ne pointe qu'au 11e rang du classement, à deux points d'une place en play-in.
Cette culture a longtemps été un modèle de réussite. Elle avait été façonnée par Kevin Schläpfer, flamboyant et proche de ses joueurs, pour qui l’atmosphère familiale, la proximité et la loyauté comptaient davantage que l’exercice formel du pouvoir. Le soutien sans condition du CEO Daniel Villard a été déterminant.
Son successeur Antti Törmänen, entraîneur finlandais, pouvait se permettre un style tout aussi souple grâce à son autorité naturelle. En 2023, il a mené le modèle biennois à son apogée. Pas un tribun, pas un chef autoritaire. Son autorité allait de soi, au point qu’on ne la remarquait presque pas. Les joueurs ne le suivaient pas parce qu’ils y étaient contraints, mais parce qu’ils le voulaient. Avec le recul, la finale de 2023 apparaît comme le chant du cygne de cette «belle époque» anti-autoritaire.
Le départ de Törmänen pour raisons de santé a laissé un vide qu’aucun de ses successeurs n’a su combler. La culture biennoise ne se transmet pas comme un plan d’entraînement ou un système de jeu. Elle doit être incarnée, vécue au quotidien.
L’atypique Petri Matikainen, psychologue au papier de verre, a échoué, tout comme aujourd’hui le rigide «entraîneur de schémas» Martin Filander. Aucun des deux n’est parvenu à imposer ses idées à un groupe façonné pendant des années dans une zone de confort bien tempérée. Ces joueurs ne peuvent pas être dirigés sur un mode autoritaire sans autorité naturelle.
En prolongeant prématurément Filander jusqu’en 2027 l’été dernier, le directeur sportif Martin Steinegger voulait renforcer la position de son coach et envoyer un signal fort. Il a oublié une chose essentielle: dans le hockey, la décision sur l’entraîneur ne se prend ni au conseil d’administration ni dans un bureau. Elle se prend toujours – mais vraiment toujours – dans le vestiaire. Le chef des frondeurs, Robin Grossmann (38 ans), a fini par s’imposer. La prolongation anticipée n’a pas calmé le «délégué de classe des mécontents». Elle a au contraire renforcé sa confiance et son esprit de rébellion.
On peut presque regretter le départ du coach suédois (44 ans). L’érosion progressive de son autorité nous a offert un hockey spectaculaire, un «hockey de cour de récré» sans structure tactique mais au pouvoir de divertissement maximal: créatif, offensif, rapide, passionné. Mais voilà: les résultats ne suivent pas. Et la vérité s’affiche toujours au classement.
Martin Steinegger, en poste depuis 2012 – soit une éternité –, fait désormais face à la recherche d’entraîneur la plus délicate de sa carrière. Il lui faut un coach à la fois pédagogue et figure d’autorité. Quelqu’un qui pose des règles sans renier la culture familiale et anti-autoritaire du club, capable de trouver l’équilibre entre liberté et leadership.
Le charismatique directeur sportif n’est pas exempt de responsabilité dans l’échec des héritiers de Törmänen. La chance l’a abandonné dans le recrutement des joueurs étrangers. Pour une équipe en reconstruction comme Bienne après la finale de 2023, la qualité des six postes d’étrangers est cruciale. Quand l’un d’eux doit être remplacé en cours de saison pour performances insuffisantes (Oskari Laaksonen) et que son remplaçant fait encore pire (Niko Huuhtanen), la responsabilité incombe au directeur sportif.
Depuis deux ans, Bienne manque tout simplement de talent – aussi à cause d’échecs sur le marché des transferts – pour pratiquer ce hockey libre et anti-autoritaire de cour d’école.
Pour le reste de la saison, le club ferait bien de ne pas investir dans un nouvel entraîneur. Martin Steinegger a déjà prouvé à plusieurs reprises que, grâce à son expérience, son charisme et son autorité naturelle, il pouvait être, au moins temporairement, la réponse suisse à Antti Törmänen et assurer ainsi l'intérim sur le banc. Et il disposera ainsi du temps nécessaire pour préparer sereinement le recrutement du futur entraîneur pour la saison prochaine.
Adaptation en français: Yoann Graber
