Le look excentrique de Dubé cache un avantage pour le HC Bienne
Tous les héritiers d’Antti Törmänen, l’entraîneur de la finale 2023, ont échoué. Principalement parce qu’ils se sont accrochés avec obstination à leur tableau tactique et qu’ils n’ont jamais compris, faute d’un brin d’autodérision, qu’un club de hockey n’est pas une académie prussienne du système. C’est aussi, et surtout, un acteur de l’industrie du divertissement.
Dans la culture familiale du HC Bienne, seul un entraîneur doté d’une autorité naturelle, de charisme et capable de sentir les émotions et qualités de ses joueurs peut s’imposer. Le club seelandais est d’ailleurs parfois qualifié, non sans raison, d’école Rudolf Steiner de notre hockey.
Après le licenciement du technocrate suédois Martin Filander ce lundi, Martin Steinegger aurait en réalité été l’homme idéal pour terminer la saison dignement. Peut-être que la 10e place et le play-in auraient alors échappé à l’équipe (actuellement onzième du classement). Mais le risque de relégation n’existe pas.
Martin Steinegger a fait un autre choix. Il a nommé Christian Dubé entraîneur, ce mercredi. Hollywood plutôt que résignation et fin de saison soporifique.
Le dandy et le mâle alpha
Est-ce que ça peut marcher? Oui, c’est possible. Christian Dubé est un non-conformiste en tenue Prada. Un oiseau rare, peut-être même le seul hipster dans la tranquille ville de Bienne. Le Canadien aime les vêtements extravagants, porte les cheveux longs et va volontiers à contre-courant. Rien que par son apparence, il produira à Bienne l’effet du gaz carbonique dans une eau minérale.
On oublie trop souvent que derrière ce style flamboyant se cache un loup alpha passionné, capable, si nécessaire, de se consacrer au hockey vingt-quatre heures sur vingt-quatre. A Fribourg-Gottéron, il a été le directeur sportif qui, durant des années, s’est distingué par le plus faible nombre de transferts ratés et d’étrangers décevants de la ligue. Et, accessoirement, il a longtemps cumulé les fonctions d’entraîneur principal et de directeur sportif. Que Filippo Lombardi ait voulu l’attirer à Ambri n’a donc rien de surprenant.
La question décisive est évidemment la suivante: un hipster peut-il enseigner dans une école Rudolf Steiner? Dans ce cas précis, oui. Christian Dubé fait partie des très rares figures dominantes de ce milieu à allier autorité et autodérision cool. Il a compris mieux que beaucoup d’entraîneurs que les joueurs sont de jeunes hommes qui ne veulent pas travailler, mais jouer. Le plaisir fait donc partie de l’équation.
Cela n’empêche pas le Canadien, quand il le faut, de rappeler les règles. D’une intelligence vive, il sait trouver les mots justes pour remettre à leur place les rebelles du vestiaire. C’est le seul coach de la ligue qui n’a jamais eu de problèmes avec Chris DiDomenico. Une seule fois, son instinct l’a trahi: à Gottéron, il a sous-estimé Gerd Zenhäusern. Cette erreur lui a coûté son poste d’entraîneur à Fribourg.
Mais que se passera-t-il si, au final, Christian Dubé ne fait qu’effet de pétard mouillé dans le cocon biennois? Les étrangers, globalement médiocres, restent un vrai problème. Ils n’ont inscrit que 48 buts à Bienne. A Davos, c’est 80, et même Ajoie en compte 47. Quant à Harri Säteri, qui occupe une licence d’étranger, il affiche un taux d’arrêts de 89,65 %. Le gardien le plus cher de la ligue. D’un portier étranger, on est en droit d’attendre au moins 92 % d’arrêts.
Au fond, c’est très simple: soit Bienne fait vibrer la ligue avec Christian Dubé, soit Martin Steinegger devra répondre à une question qui fâche: qu'apporte-t-il réellement?
Dans le hockey professionnel nord-américain, la règle est claire: un directeur sportif a le droit de se tromper trois fois dans le choix de son entraîneur. Ensuite, il est temps de partir. Martin Steinegger s’est lourdement trompé avec Martin Filander et Petri Martikainen.
Adaptation en français: Yoann Graber
