Voici les pucks top secret qui seront utilisés aux JO
Une odeur de caoutchouc entêtante, une vieille presse mécanique qui s'active, des petits disques noirs qui sortent par plateaux: à Katerinice, village de l'est de la République tchèque, Gufex fabrique depuis presque trente ans les palets des tournois olympiques de hockey sur glace.
Au total, 10'000 rondelles dédiées aux rencontres des tournois masculin, féminin et paralympique, ainsi que 10'000 autres pour les produits dérivés, seront livrés pour les Jeux de Milan Cortina (6-22 février) par cette entreprise familiale, fournisseur officiel du Comité international olympique depuis les Jeux de Nagano en 1998.
A peine sortis du four, les palets noirs sèchent pendant 24 heures, puis sont décorés du logo des JO 2026, explique Katerina Zubickova, 46 ans et propriétaire de Gufex. Son beau-père, Pavel Mracek, a fondé l'entreprise en 1990, un an après que l'ex-Tchécoslovaquie a tourné la page de quatre décennies de régime communiste.
Au départ, Gufex fabrique des articles en caoutchouc comme des raclettes de cuisine ou des joints de cocotte-minute. Tout change en 1994 quand le club de la ville voisine de Vsetin monte en première division du Championnat de hockey sur glace, un sport aussi populaire que le football dans le pays. M. Mracek «était un grand fan et un jour on lui a demandé de fabriquer un palet. Je crois qu'au départ c'était une blague», raconte sa belle-fille.
En un an, il met au point une composition idéale de caoutchouc dont la recette, aussi secrète que celle du Coca-Cola, est restée quasiment inchangée depuis trente ans, comme les machines qui les fabriquent. Le résultat est bluffant, assure à l'AFP Katerina Zubickova:
Les palets Gufex laissent également moins de marques sur les lignes et ne brisent pas le plexiglass qui entoure la patinoire, selon elle.
Victoire et faute de frappe
Nagano, premiers Jeux olympiques auxquels participèrent les stars de la NHL (Ligue nord-américaine), vit la République tchèque s'adjuger le tournoi masculin et offrit la notoriété à l'entreprise familiale. Pourtant, juste avant leur expédition au Japon, des journalistes tchèques pointèrent une faute de frappe sur les palets, marqués «Oplympic» après une erreur des organisateurs. «Nous avons dû produire 5'000 nouveaux pucks en quelques jours», se rappelle Vojtech Zubicek, mari de la propriétaire et maire de Katerinice. Quant aux inutilisables, ils sont devenus des pièces de collection recherchées.
Les rondelles Gufex ont servi pour tous les tournois olympiques, à l'exception de Vancouver 2010, dont les organisateurs ont préféré des entreprises locales, et de Sotchi 2014, un évènement «spécifique» dit diplomatiquement Katerina Zubickova. L'entreprise fournit également depuis 2000 les Championnats du monde organisés chaque année par la Fédération internationale (IIHF).
A la mort de son fondateur en 2004, Gufex a été reprise par sa femme et ses filles dont Katerina, qui venait de finir l'université et avait d'autres projets. «Mais il voulait que l'entreprise continue. Alors nous nous sommes mis en mission», résume-t-elle.
Mauvais souvenir suisse
Un palet est fait d'un bloc de mélange de caoutchouc placé dans un moule et cuit dans une presse pendant une douzaine de minutes. Il refroidit une journée avant d'être poncé et recouvert d'un logo. Gufex exporte 80% de ses palets vers les grands pays du hockey comme la Finlande et la Suède, mais aussi vers l'Afrique du Sud, le Mexique, le Japon ou le Koweït.
L'usine de huit salariés produit un million de pièces par an, en comptant les 30'000 utilisées pour les Championnats du monde. «Pour une toute petite entreprise comme la nôtre, c'est un immense prestige», affirme Mme Zubickova.
Les pucks finissent souvent dans les tribunes comme souvenir prisé des fans, tandis que les hockeyeurs gardent parfois celui avec lequel ils ont marqué. Comme la star des Boston Bruins, David Pastrnak, qui a inscrit le but vainqueur en finale des Championnats du monde 2024 à Prague, offrant aux Tchèques l'or face à la Suisse. «Il a marqué puis je l'ai vu brandir le palet qu'il avait gardé. Notre palet!», se souvient, très fier, Vojtech Zubicek.
