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Football: le SC Fribourg forme beaucoup de jeunes Suisses

Johan Manzambi et Leorat Bega, deux talents suisses passés par le SC Fribourg.
Johan Manzambi et Leorat Bega, deux talents suisses passés par le SC Fribourg.image: watson

Ce club étranger a un don pour former les pépites suisses

Le SC Fribourg, en Allemagne, forme beaucoup de talentueux jeunes Helvètes, comme le joueur de la Nati Johan Manzambi. Son académie a de quoi rendre jaloux les clubs suisses.
19.01.2026, 18:5219.01.2026, 18:52
Robin Walz / ch media

Johan Manzambi a crevé l'écran la saison passée au SC Freiburg (Fribourg, en français). Formé dans le club du sud-ouest de l'Allemagne depuis 2023, le milieu de terrain genevois (20 ans) s'est d'abord imposé comme titulaire dans l'équipe de Bundesliga, puis a fêté ses premières capes avec la Nati.

Le Genevois a désormais de grandes chances d'aller à la Coupe du monde cet été. Même le Paris Saint-Germain, champion d'Europe en titre, s’intéresserait à lui.

30.11.2025, Baden-Württemberg, Freiburg im Breisgau: Fußball: Bundesliga, SC Freiburg - FSV Mainz 05, 12. Spieltag, Europa-Park Stadion. Johan Manzambi (SC Freiburg) jubelt nach seinem Tor zum 3:0. Fo ...
Cette saison, Manzambi compte 16 matchs de Bundesliga et 3 buts. Image: keystone

Manzambi a quitté le Servette FC à 17 ans. A Fribourg, actuel solide 8e de Bundesliga et brillant en Europa League, il joue notamment au côté du défenseur central Bruno Ogbus, un autre jeune Suisse. Ce dernier, arrivé à 16 ans depuis GC, a aussi terminé sa formation dans ce club proche de la frontière suisse. Il a joué ses deux premiers matchs de Bundesliga la semaine dernière, à chaque fois comme titulaire.

Les parcours de Manzambi et Ogbus reflètent une tendance ces dernières années: de plus en plus de jeunes talents helvétiques rejoignent les académies de clubs étrangers.

Et celle du SC Fribourg se distingue particulièrement. En sept ans, neuf joueurs suisses y ont été formés en arrivant directement depuis nos frontières. Sans compter les recrutements des jeunes Helvètes Lars Hunn et Alessio Besio, qui avaient déjà une expérience professionnelle en Suisse. Le Schaffhousois Rouven Tarnutzer, lui, a rejoint Fribourg après une escale allemande.

Les neuf Suisses passés par l'académie du SC Fribourg (directement depuis

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image: ch media/datawrapper

Alors se posent ces questions: pourquoi autant de jeunes suisses franchissent-ils la frontière? Pourquoi nos clubs peinent-ils à retenir leurs talents? Et à quel point cette situation inquiète-t-elle l’Association suisse de football (ASF)?

Formation suisse à la peine

Patrick Bruggmann, directeur du développement du football à l’ASF, se veut d’abord rassurant:

«Nous sommes convaincus que nos académies font globalement du bon travail. Idéalement, nous aimerions que les jeunes restent ici et suivent la voie suisse.»

L’idée est claire: plutôt que de partir très tôt, les talents devraient d’abord s’imposer dans le football professionnel helvétique.

Cette «voie suisse» a longtemps porté ses fruits. Selon une statistique de l’ASF datant de 2024, 90 % des 104 derniers joueurs ayant atteint l’équipe nationale A avaient disputé leurs 20 à 30 premiers matchs professionnels en Super League et/ou en Challenge League. Des chiffres qui plaident en faveur de la formation locale.

Patrick Bruggmann vante la formation suisse.
Patrick Bruggmann vante la formation suisse. image: keystone

Mais d’autres données dressent un tableau moins flatteur. Une étude commandée par l’ASF et publiée en 2024 montre que la Suisse a produit nettement moins de joueurs de haut niveau – et même de joueurs professionnels en général – que des pays comparables comme la Belgique, le Danemark, la Croatie ou l’Autriche. Plus inquiétant encore: contrairement à ces nations, la tendance est à la baisse.

Le constat est clair: le rendement de la formation a diminué en Suisse. A long terme, cela pourrait peser sur les performances de la Nati. Les récents résultats des équipes de jeunes donnent déjà une idée de ce qui menace, comme le 0-7 de la Suisse M19 contre le Danemark ou la défaite 1-2 des M21 face au Luxembourg.

La défaite 0-7 contre le Danemark en novembre dernier a choqué Enrique Aguilar (premier plan) et ses coéquipiers.
La défaite 0-7 contre le Danemark en novembre dernier a choqué Enrique Aguilar (premier plan) et ses coéquipiers. image: Alexander Wagner

Une évolution qui préoccupe l’ASF. Pour Patrick Bruggmann, deux facteurs principaux expliquent cette baisse et influencent aussi la décision de certains joueurs de partir tôt à l’étranger. D’abord, le temps de jeu. Il déplore:

«Nous constatons que, ni en Challenge League ni en Super League, les jeunes Suisses ne bénéficient de suffisamment de minutes»

Même au FC Saint-Gall, le club le plus performant dans ce domaine cette saison, les jeunes helvètes ne représentent qu’environ 15% du temps de jeu total.

On parle de ce problème ici👇

Le second point concerne le suivi individuel. «Nous devons sortir de cette logique où seul le succès collectif compte, où l’unique objectif est de gagner des matchs», estime Bruggmann. L’essentiel devrait être le développement personnel des joueurs. De meilleurs joueurs finissent aussi par apporter de meilleurs résultats.

Selon lui, tout repose sur des plans de développement et de carrière individualisés. Quels sont les prochains objectifs? Quand un passage en première équipe est-il envisageable? Montrer une trajectoire claire permettrait de fidéliser plus longtemps les jeunes talents.

Suivi individuel et perspectives claires

Ce qui semble encore difficile pour de nombreux clubs suisses est appliqué avec rigueur de l’autre côté de la frontière. Patrick Bruggmann applaudit:

«Le SC Fribourg est très avancé en matière de suivi individuel»

Le club est aussi un modèle pour l’intégration des jeunes chez les professionnels. Cette saison, six joueurs issus de la formation totalisent près d’un quart du temps de jeu de l’équipe première. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que tant de jeunes Suisses aient tenté leur chance à Fribourg.

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Johan Manzambi a connu une progression fulgurante – mais par étapes – à Fribourg, ce qui lui a ouvert les portes de la Nati. Image: keystone

CH Media – le groupe auquel appartient watson – a rencontré plusieurs d’entre eux. Les motivations varient, mais le discours reste le même: à Fribourg, une perspective concrète leur a été proposée. En Suisse, pas assez, ou pas du tout.

Pour Johan Manzambi, le plan fribourgeois était limpide.

«On m’a dit que je jouerais six mois avec les M19, puis que je passerais en M23, en troisième division. J’ai pu acquérir une expérience professionnelle que je n’avais pas avant. C’était très bien. Même parfait. Ma famille était du même avis.»

Bruno Ogbus abonde: «J’ai trouvé ça passionnant, parce que beaucoup de jeunes deviennent pros ici. Ça parlait de soi-même. Je me suis dit que c’était peut-être le bon pas à faire.»

Le Suisse Bruno Ogbus (20 ans) est aussi parvenu à rejoindre l'équipe première de Fribourg.
Le Suisse Bruno Ogbus (20 ans) est aussi parvenu à rejoindre l'équipe première de Fribourg. image: imago

Parmi les premiers à quitter la Suisse pour Fribourg figure Till Mühlethaler. Lorsqu’il a annoncé son départ du FC Thoune en 2019, les responsables de la formation n’avaient pas caché leur incompréhension. Lui défend pourtant son choix. «Il n’y avait jamais eu de rapprochement avec le monde professionnel», ni proposition de contrat, ni entraînement avec les M21. Il qualifie la formation de l’époque à Thoune de «sans but» et «désorganisée».

A Fribourg, en revanche, chaque joueur est accompagné par un plan individuel précis, avec bilans réguliers, analyses des forces et faiblesses et programmes d’entraînement personnalisés. «Cela permettait à chacun de progresser en plus des séances collectives», raconte Mühlethaler, qui évolue désormais comme avant-centre au FC Münsingen (4e division suisse).

Le SC Fribourg, revenu en 1ère division en 2016, est désormais un club solide de Bundesliga. De quoi ravir ses nombreux fans.
Le SC Fribourg, revenu en 1ère division en 2016, est désormais un club solide de Bundesliga. De quoi ravir ses nombreux fans. image: imago

L'ASF a pris plusieurs initiatives

Ces dernières années, l’ASF a lancé plusieurs mesures pour renforcer la formation et redonner de l’élan à la voie suisse. Le projet Footuro, par exemple, offre un encadrement individualisé aux talents les plus prometteurs de chaque génération. Une formation de «talent manager» a aussi été mise en place. Chaque académie est tenue d’en employer un, sensibilisé à l’importance des plans de développement personnalisés.

On parle ici des talent managers de l'ASF👇

Des incitations financières ont également été introduites pour augmenter le temps de jeu des jeunes. Avec le Youth Trophy, la Swiss Football League récompense les clubs qui misent le plus sur leurs talents locaux. L’impact reste toutefois limité. Même le passage à une ligue à douze équipes, censé réduire la pression de la relégation, n’a pas changé la donne.

«Nous avons le sentiment d’offrir beaucoup de soutien», résume Bruggmann.

«Il faut maintenant que cette prise de conscience progresse aussi au sein des clubs. Je suis convaincu qu’il existe encore un potentiel d’amélioration dans la formation.»

Fribourg en donne un aperçu.

Un centre de formation pionnier et des valeurs

Le centre de formation du SC Fribourg fait aussi office d’internat pour les joueurs des M16 aux M19. La journée, ils fréquentent une école publique de la région. Le soir, ils s’entraînent et dorment sur place.

L'internat du centre de formation du SC Fribourg.
L'internat du centre de formation du SC Fribourg. image: Robin Walz

En Allemagne, ces centres sont aujourd’hui obligatoires pour les clubs de Bundesliga et de 2e Bundesliga. Mais lorsque celui de Fribourg a été construit en 2001, il faisait figure de pionnier. Et l’infrastructure est impressionnante.

Tout est pensé pour un développement optimal. Le bâtiment résidentiel de trois étages abrite seize chambres, une salle de musculation, un gymnase, une cantine, une salle à manger, un espace commun avec télévision et des bureaux pour le staff, notamment les psychologues du sport et deux éducateurs à plein temps. Un tunnel relie directement le bâtiment au Möslestadion, où jouent les M17 et M19. Le site comprend aussi un terrain en gazon naturel et deux terrains synthétiques.

Le Möslestadion, directement relié au centre de formation.
Le Möslestadion, directement relié au centre de formation. image: Robin Walz

Lors de la visite avec le directeur du centre, Andreas Steiert, le groupe croise à la cantine Mladen Mijajlovic. A côté de Théodore Pizarro et Rouven Tarnutzer, il est le troisième Suisse actuellement hébergé à l’internat.

«Salut Mladen», lance Steiert au jeune Argovien de 17 ans, révélé lors de la Coupe du monde M17 au Qatar. Le club refuse toutefois toute interview.

«Il reçoit énormément de sollicitations en ce moment. Nous voulons trouver un équilibre entre la reconnaissance de sa performance et un retour à la normalité. C’était un Mondial M17 et il a encore des étapes à franchir. On veut le protéger.»

Cette retenue reflète bien la culture du club, perceptible aussi chez Johan Manzambi, malgré son statut grandissant. «Je ne suis encore personne, je n’ai encore rien accompli», confie-t-il en toute modestie.

Mladen Mijajlovic est l'un des trois Suisses actuellement au centre de formation du SC Fribourg.
Mladen Mijajlovic est l'un des trois Suisses actuellement au centre de formation du SC Fribourg. image: Freshfocus

Même logique pour le système d’argent de poche. Le club prend en charge le logement et la formation, mais verse des salaires modestes: 350 euros par mois pour les M16 et M17, 450 euros pour les M19. Des montants faibles comparés à ceux d’autres clubs allemands. Steiert insiste:

«A cet âge, l’argent ne doit pas être central»

Cette sobriété fait partie des valeurs fortes du SC Fribourg. Et elle est largement reconnue. Au fil des discussions, aucun mot négatif n’émerge, ni de la part d’anciens joueurs, ni de clubs suisses, ni de l’ASF. Le club est décrit comme fiable, transparent, ouvert, avec une atmosphère familiale.

Andreas Steiert, le directeur du centre de formation du SC Fribourg.
Andreas Steiert, le directeur du centre de formation du SC Fribourg.image: Robin Walz

Une impression confirmée sur place. Lorsque le journaliste est accueilli par Steiert, la première question est simple: «Tu as déjà mangé?» Avant même la visite, direction la cantine. On y parle fort, on rit, on plaisante. Puis la discussion se poursuit, détendue, sur la formation fribourgeoise et le scouting en Suisse.

Steiert évite les superlatifs lorsqu’il parle de son club. Il ne dit pas que Fribourg travaille mieux que les Suisses. Mais la philosophie est claire.

«Nous avons inscrit le développement des joueurs comme priorité. C’est plus important que le résultat à court terme»

Et ce développement ne se limite pas au terrain: scolarité, éthique de travail et caractère comptent tout autant.

Un club qui priorise ses jeunes

Sur le plan sportif, la patience est un mot-clé. «Le développement est très individuel. Pour certains, cela signifie parfois évoluer dans une équipe inférieure et y assumer des responsabilités», explique Steiert. Un processus à contre-courant d’un football pressé. «Nous ne sommes pas le bon club pour tout le monde. Mais cette approche nous a toujours réussi.»

Leorat Bega (22 ans), milieu du Stade Nyonnais, est aussi passé par l'académie du SC Fribourg.
Leorat Bega (22 ans), milieu du Stade Nyonnais, est aussi passé par l'académie du SC Fribourg. image: instagram

L’ascension fulgurante de Manzambi reste une exception. Après six mois en M19, puis six autres en M23, il a été intégré à la préparation des professionnels lors de la saison 2024/25. Il a immédiatement convaincu. «Souvent, les jeunes traversent une phase plus compliquée», observe Steiert. «Chez lui, elle n’est jamais vraiment arrivée.»

Un rôle central revient aux entraîneurs de liaison, l’équivalent allemand des talent managers. Ils accompagnent les meilleurs éléments et facilitent le passage à l’échelon supérieur. A noter que Johannes Flum, le lien entre la M23 et l’équipe première, a suivi la formation de talent manager auprès de l’ASF.

Autre outil: les entraînements de liaison. Une à deux fois par mois, les joueurs les plus en forme des M17 et M19 se retrouvent sous l’œil d’un entraîneur professionnel. Ceux qui se distinguent peuvent rapidement être appelés en M23. A Fribourg, le chemin vers les pros est court.

Johan Manzambi nous raconte en détail son aventure à Fribourg👇

Andreas Steiert le rappelle: «La perméabilité est toujours un travail collectif.» Sans entraîneur prêt à faire jouer des jeunes, et sans direction alignée sur cette vision, la meilleure formation ne sert à rien. Avec Julian Schuster, le club poursuit l’héritage de Christian Streich et continue de miser sur ses propres talents.

Manzambi en est l’exemple parfait. Premier Suisse formé à Fribourg à percer en équipe première, il a donc été suivi la semaine dernière par Bruno Ogbus. Si le club poursuit sur cette ligne, les deux hommes ne seront pas les derniers Helvètes à réussir pareille ascension. Contrairement à ce qui se passe dans beaucoup de clubs suisses.

Adaptation en français: Yoann Graber

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