Le coach de Marco Odermatt révèle le secret de son poulain
Dans la biographie de Marco Odermatt, son entraîneur autrichien Helmut Krug insiste sur un point: «Le garçon a 28 ans et assume une charge que peu d’autres pourraient supporter sur la durée. Je ne veux pas qu’il soit brisé», confie-t-il. A quel point Krug s’inquiète-t-il pour son protégé? Nous l’avons interrogé en marge des courses d’Adelboden.
Helmut Krug, êtes-vous actuellement inquiet pour Marco Odermatt?
L’inquiétude sera toujours présente, car toute cette effervescence autour de lui est extrêmement énergivore. Heureusement, il en a conscience.
Nous avons parfois l’impression que cette agitation ne l’affecte pas.
Vous savez, Marco est unique: je n’ai jamais connu un athlète comme lui. D'un autre côté, je n’ai pas accès à ce qui se passe dans sa tête.
Peut-on apprendre à gérer toute cette agitation?
Je crois que c'est inné. Marco est quelqu’un de particulier sur le plan humain. Il gère ses forces avec mesure, y compris sur le plan médiatique. Il fait ce qu’il doit faire, il hiérarchise ce qui est important. Je suis convaincu que toute cette agitation l’affecte bien moins que les anciennes stars comme Hirscher, Maier ou Zurbriggen.
Techniquement, de nombreux skieurs sont brillants. Mais seuls quelques-uns enchaînent les victoires, ce qui vous fait dire que Marco Odermatt est une bête de course. Qu'est-ce que cela signifie exactement?
Il existe des coureurs capables d’en rajouter encore 10 à 15% le jour de la course. Cela signifie qu’ils osent une trajectoire plus risquée et n’ont pas peur de l’échec ou de la sortie. Marco fait incontestablement partie de ces athlètes. De nombreux skieurs brillent à l’entraînement, mais la compétition obéit à d’autres lois.
Est-il plus facile, en tant qu’entraîneur, de travailler avec un athlète à succès ou avec un skieur en début de carrière, qui a encore beaucoup à apprendre?
Le succès est évidemment agréable. Mais lorsqu’un athlète atteint le niveau de Marco Odermatt, n’importe qui peut l'entraîner. Notre mission est surtout d’amener un skieur comme Lenz Hächler au sommet, ou d’aider quelqu’un comme Gino Caviezel à retrouver son niveau après une blessure. Ce sont là nos véritables chantiers.
Odermatt est-il donc autonome?
Bien sûr que nous nous occupons aussi de Marco. A ce titre, il reçoit les meilleures conditions possibles: une piste parfaitement entretenue, idéalement arrosée et soigneusement dessinée à la pelle à certains endroits.
Rien de plus?
Exactement. Il arrive, s’élance et le tour est joué. Nous, nous assurons juste que ses succès tiennent dans le temps.
Odermatt ne souhaiterait-il pas plus d’attention?
Si toute notre attention se portait sur Marco, les autres en pâtiraient. C’est la dernière chose que nous voulons. Et Marco lui-même ne le souhaite pas: il pense au collectif. Il veut aider les plus jeunes et leur permettre de progresser. C’est ce qui rend cette équipe si solide.
Cet hiver, l’entretien des pistes est au cœur des débats. Partout ou presque, l’usage de l’eau a été limité, la Fédération internationale de ski (FIS) cherchant à réduire le risque de blessures.
Je tiens à réagir: dans certaines conditions rencontrées cette saison, la compétition ressemblait davantage à une course scolaire qu’à une véritable épreuve de Coupe du monde. Dans de telles conditions, tout l’intérêt disparaît: il n’y avait ni dynamisme, ni agressivité, ni athlétisme. Tous ces éléments que les athlètes s’efforcent de développer étaient inutiles.
Ces courses sont-elles au moins plus sûres?
Pas du tout! Ce ne sont que des histoires pour se rassurer. Prenons l'exemple du Super-G de Livigno: les responsables disaient vouloir contrôler la vitesse, mais ce n’est que par chance que Vincent Kriechmayr n’a pas accroché son ski à 120 km/h. Il aurait pu être catapulté dans les airs à cause des conditions.
Faudrait-il à nouveau arroser ou injecter les pistes?
C'était heureusement le cas à Adelboden. Les meilleurs organisateurs, et ceux d'Adelboden en font partie, savent exactement comment s’y prendre. Les locaux restent de loin les plus qualifiés pour préparer une piste, car ils maîtrisent parfaitement ce qu’il faut pour obtenir la qualité et la dureté nécessaires. Tous ces conseillers de la FIS et autres pseudo-spécialistes n’apportent rien de constructif à la situation.
