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Tokyo 2020

A Tokyo, des gamines en or qui interrogent

Momiji Nishiya est devenue championne olympique de skateboard, à seulement 13 ans. Et les deux autres athlètes sur le podium sont à peine plus âgées qu'elle. Même s'il est rafraîchissant, l'événement soulève quelques questions.



L'image surprend. Trois corps et visages enfantins sur un podium olympique, médailles autour du cou. On croirait à une compétition juniors.

Et bien non. La scène a eu lieu ce lundi matin aux Jeux olympiques de Tokyo. Plus précisément en skateboard, dans l'épreuve de street. La Japonaise Momiji Nishiya, 13 ans, est devenue la première championne olympique dans cette discipline. A 63 jours près, elle battait le record de précocité de l'Américaine Marjorie Gestring, sacrée aussi à 13 ans, en plongeon lors des JO de Berlin en 1936.

Les deux autres médaillées de ce lundi matin sont aussi des teenagers: la Brésilienne Rayssa Leal (argent) a également treize ans, et l'autre Japonaise Funa Nakayama (bronze) a soufflé ses seize bougies le mois dernier.

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Les trois médaillées de l'épreuve de street en skateboard ont ensemble, au total, 42 ans. Seulement deux printemps de plus qu'un certain Roger Federer. keystone

Ces trois adolescentes forment tout simplement le plus jeune podium de l'histoire des JO, avec une moyenne d'âge de 14 ans.

Crainte d'être has been

L'événement étonne, et pourtant, il est logique. Depuis une grosse décennie, le Comité International Olympique (CIO) s'évertue à amener des nouveaux sports aux Jeux olympiques pour attirer un public jeune et ne pas tomber en désuétude. Son président Thomas Bach l'avouait sans détour en août 2016:

«Nous voulons amener le sport aux jeunes. Avec les nombreuses options qui s’offrent à eux aujourd’hui, on ne peut plus s’attendre à ce que les jeunes viennent naturellement à nous. Nous devons aller à leur rencontre»

Thomas Bach, président du CIO

Ainsi sont apparus le BMX en 2008 puis le skate et le surf en 2021. En 2024 à Paris, il y a aura aussi du breakdance. La tendance est encore plus forte avec les Jeux d'hiver. Après le ski cross en 2010, on a pu découvrir le slopestyle en ski et snowboard (Sotchi 2014) et le big air quatre ans plus tard à PyeongChang.

En 2022, Pékin continuera sur cette lancée en proposant une nouvelle épreuve mixte de figures en ski freestyle et du big air sur les lattes (il n'y en avait qu'en snowboard en 2018).

Pari gagnant

Pour l'instant, le pari du CIO est gagnant, en tout cas en Suisse. «Les audiences concernant le ski freestyle aux Jeux d’hiver sont bonnes», se réjouit Massimo Lorenzi, chef des sports à la RTS. «Elles sont plus faibles que les descentes de Kitzbühel ou Wengen, par exemple, mais c'est une discipline bien suivie.»

En apparence, le challenge est risqué. A l'heure où les adolescents tournent de plus en plus le dos aux médias traditionnels et que ceux-ci restent le vecteur principal de diffusion des JO – les vidéos des compétitions sont rares sur les réseaux sociaux – n'est-ce pas paradoxal de cibler un public aussi jeune que les trois médaillées de lundi matin? «Le CIO a une stratégie à moyen terme sur quatre ans», défend Massimo Lorenzi, «il veut fidéliser le public petit à petit, pas seulement sur un événement comme celui de Tokyo. Les jeunes d'aujourd'hui le seront encore dans quatre ans.»

Et à ce moment, ils auront peut-être renoué avec la télévision ou les images olympiques seront davantage diffusées sur les réseaux sociaux.

Momiji Nishiya dans ses œuvres

Le boss de la rubrique sportive de la chaîne publique romande en est convaincu: le CIO a visé juste. Et subtilement. «En mettant au programme le skate, il savait qu'un ou une très jeune athlète gagnerait la compétition, avance-t-il. De quoi offrir une belle histoire au public, dont il raffole. Même la presse de référence relate cet événement. Le monde entier parle des Jeux et de skate. L'objectif du CIO est donc atteint.»

Des bâtons dans les roues

Comme beaucoup, Jean-Loup Chappelet a été interpellé par le jeune âge du trio victorieux en skate féminin. Mais pour le professeur de l'Université de Lausanne, expert des JO, ce n'est pas forcément un problème. «Les Jeux olympiques ont depuis le début été façonnés pour les jeunes», rappelle-t-il.

L'âge des participants n'est pas ce qui étonne le plus l'académicien:

«Je suis surpris de voir qu'ils ne portent ni casque ni protections. Je pense que cela va vite changer, parce qu'au niveau de son image, le CIO ne peut pas se permettre de graves blessures durant une compétition autant médiatisée»

Jean-Loup Chappelet, prof à l'UNIL et spécialiste de l'olympisme

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image: keystone

Le risque de meurtrir leur jeune corps est bien réel pour les spécialistes du skateboard, un sport difficile techniquement et dangereux. Il exige de savoir prendre des risques tout en gardant la tête sur les épaules. En gros, d'avoir une capacité de discernement, chose peu aisée quand on est adolescent.

Outre les potentiels pépins physiques, ces pépites de la planche à roulettes doivent gérer psychologiquement la notoriété très grande et très subite qu'ils acquièrent. Là encore, la tâche n'est pas aisée quand on vient à peine de sortir de l'enfance. «Je veux devenir la fameuse personne que tout le monde connaît dans le monde», fanfaronnait avec une pointe de naïveté Momiji Nishiya juste après sa victoire, en oubliant peut-être que la gloire n'a pas que des incidences positives. De nombreux sportifs ou artistes peuvent en témoigner.

Gold medal winner Momiji Nishiya of Japan holds her medal after winning the women's street skateboarding finals at the 2020 Summer Olympics, Monday, July 26, 2021, in Tokyo, Japan. (AP Photo/Ben Curtis)

Momiji Nishiya, 13 ans et toutes ses dents. Image: keystone

Sans oublier la pression que peuvent mettre sur leurs enfants des parents voulant – souvent par procuration – en faire des champions, parfois dès le berceau et en sacrifiant leur jeunesse.

Des antécédents

Alors faut-il protéger les jeunes adeptes du skate? Et si oui, comment? «En voyant que des athlètes toujours plus jeunes participaient à ses compétitions, la fédération internationale de gymnastique a fixé un âge minimum à 15 ans, rembobine Jean-Loup Chappelet. C'est pour l'instant le seul sport olympique à le faire. C'est probable que ça arrive aussi au skate.»

Le prof de l'UNIL n'y voit à priori pas d'inconvénient: «La gymnastique n'est pas moins spectaculaire avec des participants un peu plus âgés.»

Nadia Comaneci a remporté les JO de Montréal en 1976 à l'âge de 14 ans

Pour l'instant, voir des enfants prendre part à des JO n'est que théorique. Mais cette hypothèse pourrait devenir réalité si aucune limite d'âge n'est fixée ou si le programme olympique s'enrichit de disciplines requérant des aptitudes qu'un très jeune âge favorise.

C'est surtout le cas dans des sports davantage artistiques où les classements sont établis en fonction d'avis subjectifs des juges. Jean-Loup Chappelet propose une solution pour éviter les abus: «Il faudrait renforcer les critères de jugement, les rendre plus stricts.»

Autrement dit, ajouter une dimension objective comme un chronomètre, par exemple, histoire de favoriser l'aspect athlétique.

En attendant, les skateurs qui participeront la semaine prochaine à Tokyo à l'autre épreuve au programme, le park, ne se soucient certainement pas de ces questions. Le Japon y a d'ailleurs une nouvelle grosse chance de médaille puisque la favorite sera la locale Misugu Okamoto, 15 ans.

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Tokyo 2020

Stressée et dissipée, Naomi Osaka a encore craqué

L'icône des JO s'est inclinée devant Marketa Vondrousova en huitièmes de finale du tournoi de tennis. Et pas d'un peu: 6-1 6-4.

C'était un festival de fautes directes pour Naomi Osaka – 32 au total – avant de concéder une défaite aussi inattendue que sensationnelle. Ecrasée de remords, elle a quitté la conférence de presse en larmes, sans répondre à la dernière question.

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