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Course, muscu, vélo: faut-il avoir peur quand nos veines gonflent?

Course, muscu, vélo: faut-il avoir peur quand nos veines gonflent?

Une photo montrant l'hypertrophie musculaire de deux coureurs de fond kényans, ce week-end à Madrid, a médusé un public aussi troublé que fasciné. C'est grave, docteur?
02.05.2023, 05:5405.05.2023, 14:13
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Victor Kipruto (1er) et Charles Matata (2e) ont réalisé un impressionnant doublé ce week-end lors des 21 km de Madrid. Mais plus que leur performance, ce sont les jambes des deux coureurs kényans à l'arrivée qui ont retenu toute l'attention du public.

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Leurs veines y apparaissent gonflées comme des baudruches sous la peau. «Elles sont sur le point d'exploser. C'est effrayant», a commenté une internaute, tandis qu'un autre suspectait les effets du dopage. «Ce sont au contraire les résultats d'un immense effort musculaire», a corrigé un troisième, attendant toutefois que la science lui vienne en aide: «Un docteur peut-il nous expliquer?»

Ces explications, nous les avons obtenues auprès de Denis Gadeyne, médecin du sport en Valais. «Ce qu'on observe sur les images n'a aucun lien avec la prise de produits interdits, a-t-il assuré. C'est généralement le résultat d'une hypertrophie musculaire. Quand des sportifs sont très musclés, les parties veineuses ou artério-veineuses se voient davantage que chez des personnes moins athlétiques.»

Le Dr. Gadeyne, qui est aussi médecin-assistant sur le Tour de Romandie, a pu constater dans sa pratique que les cyclistes étaient également sujets à la dilatation des veines.

Le parcours du Tour de France 2017 dessiné sur les jambes du cycliste Pawel Poljanski après 16 étapes (on distingue bien les lacets de l'Alpe d'Huez).
Le parcours du Tour de France 2017 dessiné sur les jambes du cycliste Pawel Poljanski après 16 étapes (on distingue bien les lacets de l'Alpe d'Huez).

L'image ci-dessus avait elle aussi choqué le public il y a six ans. Pour rassurer les téléspectateurs et dégonfler les rumeurs, la télévision d'Etat australienne avait carrément sollicité un spécialiste des veines (ce qu'en langage populaire, on appelle un veinard). Le Dr Paul Hannah avait alors expliqué qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter pour la santé du cycliste.

«Ses jambes traduisent la pression extrême à laquelle le coureur a été soumis. Un effort aussi difficile qu'une étape de montagne sur le Tour de France signifie que le corps doit augmenter le flux sanguin pour faire face à la demande supplémentaire. Le débit peut être multiplié par dix en cas de demande excessive, ce qui entraîne un gonflement des veines.»

Ces boursouflures ne sont absolument pas douloureuses. Elles apparaissent chez ceux qui pratiquent un important effort physique, mais ne se voient pas chez tout le monde. Dans la majorité des cas, la graisse corporelle masque en effet le flux sanguin supplémentaire dans les veines. Mais pas chez les sportifs de haut niveau, où le pourcentage de masse grasse est bien inférieur à celui de la population (il se situe autour des 5 % contre plus de 20 chez quelqu’un de constitution normale). Le ciselage des veines sur la peau est ainsi le marqueur de leur formidable forme physique. Certains en sont d'ailleurs si fiers qu'ils font tout pour que ça se voie.

C'est le cas des bodybuilders qui, face aux spectateurs et aux juges, contractent leurs muscles de sorte à favoriser l'arrivée de sang et donc à augmenter la visibilité des veines.

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Image: EPA

La finesse du trait est ensuite laissée à l'appréciation de chacun, selon que l'on préfère Egon Schiele ou Fernando Botero. Ceux qui ne trouvent pas le résultat final à leur goût ont parfaitement le droit de le dire, même avec une pointe de mauvaise foi teintée de jalousie. Ce que le cycliste polonais Bartosz Huzarski ne supporte pas en revanche, ce sont les critiques gratuites.

Le coureur en a reçu beaucoup en 2014 après avoir affiché sur les réseaux sociaux ses jambes dessinées comme des cartes routières. Il avait alors répliqué en tournant les commentaires en dérision:

«Les gens me disent que "c'est impossible", que "ce n'est pas normal", que "ce n'est pas sain". Ils font référence au dopage, etc. C'est clair que je n'aurai jamais les jambes des mannequins de Victoria's Secret, ni celles de Mary, la marchande de légumes près de chez moi, ni celles d'un employé de bureau qui fait 10 km de vélo ou une heure de course à pied trois fois par semaine.»
Les segments d'Huzarski après une étape de 145,5 km (à gauche) et ce qu'elles sont dans la vraie vie.
Les segments d'Huzarski après une étape de 145,5 km (à gauche) et ce qu'elles sont dans la vraie vie.Image: Instagram

Sa publication, au-delà des interprétations qu'elle a suscitée, était toutefois intéressante, et même nécessaire. Car ses deux images permettaient de rappeler que l'hypertrophie musculaire chez les athlètes n'est pas d'origine pathologique. Ce ne sont pas des varices, une affection qui peut toucher toute la population, les sportifs autant que les mannequins et les marchandes de légumes, et dont les cyclistes et bodybuilders ne sont pas prédisposés.

En d'autres termes, rien ne doit effrayer les sportifs aux veines gonflées par l'effort, ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour tout le monde: cela fait une excuse de moins pour ne pas se mettre à la course à pied, au vélo ou à la musculation.

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