Pourquoi les fans argentins s’en prennent à leur héros national
Il y a Maradona et Messi, vénérés par tout un pays. Et puis il y a Emiliano «Dibu» Martinez, peut-être le joueur argentin le plus apprécié derrière ces deux légendes.
La Coupe du monde 2022 l’a élevé au rang de héros national. En finale, il avait sauvé sa patrie à la dernière seconde en s’interposant lors d’un arrêt devenu mythique face à Randal Kolo Muani. Quelques minutes plus tard, il avait stoppé la tentative de Kingsley Coman lors de la séance de tirs au but décisive et poussé Aurélien Tchouaméni à manquer le cadre. L’Argentine lui doit sa troisième étoile.
Quatre ans plus tard, Martinez reste idolâtré. Mais il doit désormais faire face à de violentes attaques de la part de ses supporters, sans aucun rapport avec ses prestations sur le terrain.
En Argentine, beaucoup lui reprochent son manque d’engagement vis-à-vis des Malouines. Alors que les autres joueurs de l'Albiceleste se sont exprimés avec passion sur le sujet en marge de la demi-finale face au rival anglais, Martinez, lui, a choisi de rester mesuré, lui qui ne fait pourtant jamais dans la retenue.
Questionné sur un éventuel supplément d’âme lié aux Malouines, qui aurait aidé les joueurs à renverser l’Angleterre, le portier argentin a botté en touche. «Je ne pense pas que ce soit à cause de ça. C’est du passé. Je n’étais même pas né à l’époque», a-t-il répondu, avant d’avancer des arguments purement sportifs.
Même Lionel Messi, d’un naturel réservé, a adopté une position plus affirmée. «Avant le match, nous avions certes dit que ce n’était qu’un match de football et nous l’avons abordé comme tel, mais il est parfois difficile de contrôler ses émotions. C’était un match que nous, les Argentins, ne voulions pas perdre», a déclaré l'octuple Ballon d'Or.
Toujours prompt à chambrer, comme en témoigne sa célébration grotesque en finale du Mondial 2022, Dibu Martinez était aussi en retrait du groupe argentin lorsque ses coéquipiers ont fièrement brandi la banderole «Les Malouines sont argentines» à l’issue du match contre l’Angleterre.
La prise de distance d’Emiliano Martinez s’explique certainement par son lien personnel avec l’Angleterre, devenue son pays d’adoption depuis son arrivée au centre de formation d’Arsenal en 2010. Il avait 17 ans lorsqu'il s'est engagé avec les Gunners. Passé par Sheffield Wednesday, Wolverhampton ou encore Reading, Dibu Martinez fait aujourd’hui les beaux jours d’Aston Villa, le club que Johan Manzambi a rejoint en fin de semaine. Sans doute a-t-il aussi voulu s’éviter une saison entière rythmée par les huées dans tous les stades de Premier League.
