France-Paraguay ravive un vieux traumatisme chez les Français
L'équipe de France a enthousiasmé les amateurs de ballon rond. Portée par son quatuor offensif Olise-Mbappé-Dembélé-Barcola, elle a présenté un jeu léché pour éliminer mardi la Suède 3-0. Elle affrontera le Paraguay, surprenant tombeur de l'Allemagne aux tirs au but, samedi à 23h, en huitième de finale de la Coupe du monde.
Un France-Paraguay à ce stade de la compétition n’a rien d’inédit: il y en avait eu un en 1998 qui, malgré une victoire 1-0, a traumatisé les Bleus, en raison d’un homme, José Luis Chilavert.
Ce 28 juin 1998, Chilavert, déjà considéré comme l’un des meilleurs gardiens du monde malgré une carrière largement menée hors des grands championnats européens, et quelques coups de sang, est au sommet de son art. Il est le dernier rempart presque infranchissable d’une valeureuse équipe paraguayenne, venue à Bollaert avec un seul et unique objectif: défendre pour pousser la France, privée de Zidane, suspendu, aux tirs au but.
Le portier paraguayen s’interpose sur les frappes de Bernard Diomède, Robert Pirès et Alain Boghossian, repousse la tête puissante de Marcel Desailly et les coups francs de Youri Djorkaeff. Mais son mérite est ailleurs: alors qu’il n’a finalement pas tant d’arrêts décisifs à effectuer, il parvient à s’immiscer dans la tête des attaquants français et dans celle de tous les supporters des Bleus, soudain pétrifiés pour ce premier match à élimination directe de «leur» Mondial.
Sa présence est palpable sur le terrain. Charismatique, José Luis Chilavert crie, gesticule et ne cesse d’encourager ses défenseurs, qu’il pousse à se transcender. Il se mue en leader et meneur d’hommes. Résultat: il y a toujours un pied qui traîne pour contrer les tentatives tricolores.
Chilavert utilise aussi son physique pour impressionner ses adversaires. Il mesure 1m88, mais possède surtout une carrure large. D’ailleurs, il connaîtra au cours de sa carrière des périodes de surpoids, comme à Strasbourg au début des années 2000.
Le gardien du Paraguay se sert également de son gabarit pour marquer son territoire. Il multiplie les sorties musclées, notamment sur corner, et n’hésite pas à aller au contact dans le jeu avec des joueurs beaucoup plus frêles, à l’instar de Youri Djorkaeff.
José Luis Chilavert se nourrit enfin de la baraka propre aux grands gardiens, quand Thierry Henry trouve le poteau ou lorsque David Trezeguet manque de peu le cadre.
De la chance, une série d’arrêts, un physique puissant et imposant, un leadership naturel ainsi qu'une grande aura: Chilavert semble tout simplement intouchable. Lilian Thuram confiera, plusieurs années plus tard, qu’il avait le sentiment de le voir grandir à mesure que le temps passait, dans un match toujours bloqué à 0-0.
En ce jour d’été 1998, José Luis Chilavert est entré dans les têtes pour ne plus jamais vraiment en sortir. Sans le but en or inscrit par Laurent Blanc à la 113e minute, sur une remise de David Trezeguet, il aurait fait craquer les futurs champions du monde lors de la séance de tirs au but. D’autant plus que le Paraguayen était un spécialiste de l’exercice.
Pour ajouter à sa légende, Chilavert tirait aussi les penaltys, tout comme de nombreux coups francs avec sa patte gauche magique. Il reste à ce jour l’un des gardiens les plus prolifiques de l’histoire. Il est également le premier portier à avoir frappé un coup franc en zone offensive lors d’une Coupe du monde, contre la Bulgarie, quelques jours avant le match face à la France.
Véritable star dans son pays, José Luis Chilavert a mis à profit sa notoriété pour se lancer en politique après sa carrière. Il était candidat à l’élection présidentielle du Paraguay en 2023, avec un programme d’extrême droite qui a terni son image. Il revient aujourd’hui régulièrement sur le devant de la scène à travers des propos discriminatoires, des sorties sexistes et homophobes, et des punchlines provocantes.
Didier Deschamps était sur le terrain contre le portier sud-américain en 1998. Son expérience il y a près de 30 ans sera sans doute précieuse pour l'équipe de France. Il saura éviter aux Bleus tout excès de confiance face à l’Albirroja et son gardien Orlando Gill, devenu le héros du Paraguay en stoppant les tirs au but de Kai Havertz et Nick Woltemade, lundi contre l’Allemagne. Un nouveau Chilavert en puissance?
