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Mondial 2026: l'Argentine publie un décret déroutant

epa13065786 Argentine President Javier Milei attends a ceremony awarding him with the Medal of Honor by the CEU San Pablo University, in Madrid, Spain, 26 June 2026. EPA/CHEMA MOYA
Javier Milei, président argentin. image: Keystone

L'Argentine publie un décret déroutant après les critiques contre son équipe

Face aux critiques visant sa sélection durant la Coupe du monde, le gouvernement argentin a dégainé un décret aussi surprenant que controversé concernant les étrangers.
31.07.2026, 08:4531.07.2026, 09:32

Le gouvernement de Javier Milei s'est subitement braqué jeudi contre ce qu'il perçoit contre une «campagne de haine» anti-argentine, en publiant un décret déroutant, qui interdit à l'avenir l'entrée, ou rend passible d'expulsion, les étrangers exprimant hostilité envers les Argentins ou le pays.

Le décret-surprise, publié dans la nuit de mercredi et qui devra passer par le Parlement, vise des étrangers «qui auraient diffusé des messages de haine, oralement ou par écrit, ou incité à la violence contre le peuple argentin dans son ensemble, ou contre un citoyen argentin, motivés par sa nationalité».

Dans un communiqué en parallèle, Javier Milei justifie la mesure par «les récentes manifestations d'hostilité contre la République argentine et les Argentins».

Il ne donne pas de détail sur ces «manifestations», mais le président, qui briguera très vraisemblablement la réélection en 2027, s'était récemment élevé contre une supposée «campagne anti-argentine», dans le contexte du Mondial de foot, et des critiques à l'étranger visant l'Albiceleste, ou ses supporters, pour leur comportement.

Dimanche, sur fond de tension diplomatique avec le Brésil, Milei avait accusé le gouvernement brésilien, mais aussi le Mexique et le Parti démocrate américain, d'avoir financé une «campagne anti-argentine», sans étayer ses accusations.

Faisabilité douteuse

Dans son préambule, le décret constate «qu'ont considérablement augmenté les messages de haine et actes d'hostilité et de mépris dirigés spécifiquement contre le peuple argentin, sa culture et son identité nationale» et que «cela constitue un risque pour tous les Argentins».

«Qui attaque la République argentine n'est pas le bienvenu dans notre pays», écrit Milei.

Le décret, qui entre en vigueur dans l'attente de son examen au Parlement, souligne qu'en «aucun cas», ne sont concernées par ces nouvelles dispositions «les expressions de désaccord idéologique ou critique politique, académique ou citoyenne, qui constituent l'exercice légitime» des droits constitutionnels.

Le devenir législatif du décret, qui amende quelques articles de la loi sur l'immigration, est incertain, sans parler de sa faisabilité.

Présenté comme «décret de nécessité et d'urgence», il doit être examiné en commission parlementaire qui doit évaluer ce caractère d'urgence. Puis par les députés et les sénateurs. Un rejet par les deux chambres le laisserait sans effet.

«Le décret n'est pas clair et il n'y a pas non plus de certitude sur son degré d'applicabilité», estime pour l'AFP Lucia Galoppo, avocate spécialiste de l'international au Centre d'études légales et sociales de Buenos Aires.

«Il ne précise pas ce qu'est un discours de haine, comment il va être décrété, sur quels critères et comment déterminer les émetteurs de ces discours (...) ce qui le rend difficile à appliquer et discrétionnaire, car cela laisse trop de zones d'ombre que l'Etat pourrait combler avec des critères arbitraires», relève-t-elle.

Les réactions de la presse argentine traduisaient aussi le scepticisme juridique sur l'applicabilité, voire la constitutionnalité, du décret. Et certains médias spéculaient sur un «effet pour la galerie», pour capter l'agenda politico-médiatique.

Car la mesure marque un écart, du moins rhétorique, avec la tradition de terre d'immigration de l'Argentine. Sa Constitution, une des plus bienveillantes à cet égard, pose que «les étrangers jouissent, sur le territoire de la Nation, de tous les droits civils du citoyen». Et vise à «assurer les bénéfices de la liberté, pour nous, pour notre postérité, et pour tous les hommes du monde qui voudront habiter le sol argentin».

(afp/roc)

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source: sda / pamela smith
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