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Le FC Sion joue sa place, mais comment gagner un match de la peur?

Les Valaisans disputent ce jeudi soir le duel aller du barrage à Thoune. Comment se préparer pour un match qui peut tout faire basculer? Témoignages d'anciens joueurs.
22.04.2021, 09:4427.05.2021, 14:23
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Le duel de la peur

⚽ Barrage FC Thoune-FC Sion

📅📍Jeudi 27 mai à 20h30, Stockhorn Arena (Thoune)
🔥Enjeu: le FC Sion, 9e et avant-dernier de Super League, affronte le FC Thoune – 2e de Challenge League – en barrage promotion/relégation. Le vainqueur de cette double confrontation évoluera en Super League la saison prochaine. Le perdant jouera, lui, en Challenge League. Le match aller est prévu ce jeudi soir à Thoune. Le retour aura lieu dimanche après-midi (16h00) en Valais.

Les larmes pour les uns, le soulagement et la liesse pour les autres. Le genre de scène vue des milliers de fois en sport, au terme de matchs de haute importance. Les spectateurs du stade de la Charrière à La Chaux-de-Fonds y ont assisté le 21 mai 2006. Ce jour-là, le FC Sion vient de gagner 3-0 contre Neuchâtel Xamax en match retour du barrage promotion/relégation entre la Super League et la Challenge League. Les Valaisans retrouvent leur place dans l'élite en même temps qu'ils envoient les Neuchâtelois en seconde division, après 33 ans de présence au plus haut niveau.

Alexandre Rey, ancien attaquant de Xamax, en larmes après la défaite des Neuchâtelois contre Sion, qui les a condamnés à la relégation.
Alexandre Rey, ancien attaquant de Xamax, en larmes après la défaite des Neuchâtelois contre Sion, qui les a condamnés à la relégation. KEYSTONE

Alexandre Rey était sur la pelouse, du côté des vaincus. Comme tous les Xamaxiens, l'ancien attaquant de la Nati garde des mauvais souvenirs de cette journée. Même s'il concède, avec du recul, que cette défaite et la relégation qui en a découlé étaient «logiques». Parce que Xamax n'était tout simplement pas à la hauteur pour rivaliser avec les Sédunois. Au niveau du mental, notamment. «On était dans une spirale négative, se remémore Alexandre Rey. On avait enchaîné les défaites, il y avait des problèmes extra-sportifs autour du club et nous étions exilés loin de notre stade [la nouvelle Maladière était en travaux].»

Des entraîneurs à la communication «couillue»

Pour préparer ce match – pourtant si important – le coach de l'époque, Miroslav Blazevic, n'avait rien mis en place de particulier. Ce qui n'était pas forcément un problème pour Alexandre Rey. «La motivation, tu l’as ou tu l'as pas. Un entraîneur seul n'arrive pas à te la donner», tranche le Valaisan. Même s'il reconnaît que certains techniciens ont plus d'aptitudes que d'autres à motiver leurs poulains et leur enlever la pression négative avant les matchs de la peur. «Celui qui a vraiment réussi à toucher ma fibre, c’est Gérard Castella. Il savait amener ce petit plus», avoue l'ex-attaquant champion de Suisse avec Servette en 1999, sous la houlette du Genevois.

Gérard Castella s'occupe désormais de la formation des jeunes footballeurs à Young Boys.
Gérard Castella s'occupe désormais de la formation des jeunes footballeurs à Young Boys. KEYSTONE

Coéquipier d'Alexandre Rey à Neuchâtel entre 2003 et 2005, Xavier Margairaz se souvient d'un entraîneur en particulier capable de transcender ses joueurs dans les moments importants: Bernard Challandes. Le Vaudois a joué sous les ordres du coach loclois en équipe de Suisse M21 et au FC Zurich. Avec quelques souvenirs cocasses. «On devait affronter la France. Pour nous motiver, Challandes est venu dans le vestiaire avec un coq en porcelaine. Il l'a brisé en morceaux devant tous les joueurs, rigole Xavier Margairaz. Une autre fois, avant un match de Ligue des Champions contre le Milan AC, il nous a passé un morceau de La Scala.»

Xavier Margairaz (à gauche), sous les ordres de Bernard Challandes (au centre), pendant un match du FC Zurich contre Marseille en Ligue des champions, en 2009.
Xavier Margairaz (à gauche), sous les ordres de Bernard Challandes (au centre), pendant un match du FC Zurich contre Marseille en Ligue des champions, en 2009. KEYSTONE

Des méthodes originales et décalées que n'utilisaient pas forcément Kevin Schläpfer sur le banc du HC Bienne. Mais le coach seelandais savait lui aussi gonfler à bloc le moral de ses troupes avant les grosses échéances. Et notamment deux barrages de promotion/relégation LNA/LNB en 2009 et 2010, à chaque fois remportés contre Lausanne, lors de l'ultime duel de la série. «Avec lui, c'était: ‹Hey les gars, maintenant c'est du sérieux, il faut mettre les burnes sur la table!›», se marre Kevin Lötscher, qui portait le maillot seelandais à cette période. L'ancien hockeyeur haut-valaisan se rappelle de Schläpfer comme d'un coach capable de créer l'union sacrée dans le vestiaire. «A Bienne, nous étions tous comme des frères», s'enthousiasme l'ex-attaquant de l'équipe de Suisse.

Le but décisif de Kevin Lötscher contre Lausanne lors de l'ultime match en 2010

Etat d'esprit positif

Dans ces matchs de la peur, il y a tout à perdre sportivement. Malgré la forte pression, Kevin Lötscher aimait ces moments:

«L'enjeu me boostait, j'étais prêt à tout exploser sur la glace, dans le bon sens du terme. C'est pour ces moments qu'on joue au hockey. On est en groupe, soudés et bienveillants les uns envers les autres»
Kevin Lötscher

Comme l'ancien hockeyeur, Alexandre Rey arrivait à faire diparaître sa boule au ventre une fois sur le terrain. «Je la ressentais la nuit avant ces matchs couperet», se remémore-t-il, «mais dès que je pénétrais sur la pelouse, elle partait.» Sans doute la marque des grands compétiteurs, capables de transformer une atmosphère pesante en énergie positive et en rage de vaincre. Pour gérer ses émotions, le Valaisan s'isolait souvent dans les douches avant les parties. Il avait aussi un petit rituel, histoire de se mettre en confiance: «A la fin de l'échauffement, je tirais dans le but vide pour marquer. Je rentrais aux vestiaires seulement quand le ballon était dans les filets», rigole l'ex-buteur.

Aussi impliqué que possible mais aussi détaché que nécessaire

Bien se conditionner avant ces matchs cruciaux, se mettre dans sa bulle, rester focus. Oui, mais pas que. Paradoxalement, pour bien préparer une échéance importante, il faut aussi savoir oublier l'enjeu qu'elle revêt. Xavier Margairaz et Alexandre Rey le savent bien. Ils ont disputé ensemble le barrage contre la relégation que Xamax a gagné face à Vaduz en 2004.

Le club de la Maladière venait de vivre une saison très difficile sportivement. Mais il avait, contre toute attente, évité la culbute directe en Challenge League, grâce à une meilleure fin d'exercice. «On est davantage performant quand on n'a plus rien à perdre, analyse Xavier Margairaz. On avait déjà un pied et demi en Challenge League, alors ce barrage s'apparentait à la cerise sur le gâteau». Alexandre Rey complète:

«On abordait ces deux matchs contre les Liechtensteinois avec confiance, puisqu'on restait sur des bonnes prestations. Cet état d'esprit a joué un grand rôle dans notre sauvetage»
Alexandre Rey

La capacité d'évacuer la pression est primordiale. Elle peut se faire en parlant d'autre chose que du sport avec les coéquipiers, en arrivant relativement tard au stade pour ne pas être paralysé par la situation, en écoutant de la musique dans le vestiaire. Tout est finalement question d'équilibre: être suffisamment conscient du caractère décisif de ces matchs couperet pour trouver la motivation de se surpasser, en étant assez détaché pour ne pas être tétanisé par l'enjeu. Ce week-end, hockeyeurs biennois et footballeurs sédunois devront trouver ce bon équilibre pour ne pas se mettre dans une situation périlleuse (Sion) ou définitive (pour Bienne, en cas de défaite). Et retrouver l'envie de gagner, plutôt que la peur de perdre.

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