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Même si leur saison est partie en vrille, le CP Berne et ses fans restent les rois du hockey sur glace en Suisse.
Même si leur saison est partie en vrille, le CP Berne et ses fans restent les rois du hockey sur glace en Suisse. image: KEYSTONE

Les Zurichois gagnent tout? Oui mais Berne reste la capitale du sport

Le FCZ et les ZSC Lions ont de fortes chances de devenir champions, respectivement en foot et en hockey. Mais leurs succès ne font pas de Zurich la ville du sport en Suisse.
27.04.2022, 06:1502.05.2022, 12:33
Klaus Zaugg
Klaus Zaugg
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Deux grandes fêtes ont été organisées à Berne au printemps 2019. Elles ont célébré les titres nationaux de Young Boys, en football, et du CP Berne, en hockey sur glace. Soit les deux sports rois.

Trois ans plus tard, il n'y a plus rien à fêter: YB est détrôné après quatre titres consécutifs et le CP Berne ne s'est même pas qualifié pour les play-off. C'est désormais à Zurich que la symphonie sportive se joue. Le FC Zurich est sur le point de remporter le titre et les ZSC Lions n'en sont plus qu'à une victoire (3-1 dans la finale contre Zoug, prochain match ce mercredi soir).

Des hockeyeurs qui dérapent

A première vue, Zurich est donc la ville sportive numéro 1 dans le pays. A tout seigneur, tout honneur. Il faut savoir célébrer les succès quand ils viennent. Carpe diem disaient déjà les Latins. Oui, c'est important et ça fait du bien d'exulter, parfois. Mais quand on regarde de plus près, un constat s'impose: Berne reste notre capitale du sport.

La chute des deux clubs bernois s'explique facilement. Les Young Boys ont remporté quatre championnats consécutifs. Une telle domination correspond à une éternité dans le sport moderne. A fortiori dans le football suisse, qui est bien plus concurrencé par le marché international que le hockey sur glace. Autrement dit, maintenir pendant quatre ans une équipe qui domine la Super League est le plus grand défi en Suisse, tous sports d'équipes confondus.

Comme un air de passation de pouvoir le 16 avril dernier au Letzigrund, où le FC Zurich a battu le champion en titre Young Boys (2-1).
Comme un air de passation de pouvoir le 16 avril dernier au Letzigrund, où le FC Zurich a battu le champion en titre Young Boys (2-1). image: keystone

Logique, donc, qu'YB n'ait pas été champion. A Zurich, la soi-disant capitale du sport, le FCZ et GC n'ont jamais réussi à décrocher le titre quatre fois de suite. Les deux clubs zurichois n'ont même pas été capables de le faire ensemble, avec leurs succès cumulés. En revanche, Young Boys avait déjà réussi cet exploit entre 1956 et 1960.

Le CP Berne a, lui, dégringolé en raison d'une mauvaise gestion sportive sans précédent. Mais les pires erreurs sont désormais corrigées, et les Ours reviendront à moyen terme dans le groupe de tête de la National League. Jusqu'à présent, les ZSC Lions n'ont jamais eu la constance et la domination qui ont permis au CP Berne de remporter trois titres en quatre ans, entre 2016 et 2019. Aussi grande que soit leur gloire ces jours-ci, ni le FCZ, ni GC, ni les ZSC Lions n'ont connu, au cours des dix dernières années, un succès comparable à celui d'YB et du CP Berne.

Un temple et des tribunes clairsemées

Mais en fait, qu'est-ce qui fait d'une ville une capitale du sport? Ses infrastructures, un véritable enthousiasme pour le sport de ses citoyens et les succès.

Ceux des Zurichois ne sont pour l'instant qu'un bref feu d'artifice, bien loin de la constance avec laquelle YB et le CP Berne ont dominé le football et le hockey ces dernières années. Les chances que les deux clubs bernois jouent à nouveau le titre sont au moins aussi grandes que le risque de voir le FC Zurich ne pas défendre le sien. Non, les victoires actuelles ne font pas encore de Zurich la capitale du sport.

L'emplacement de l'ancien stade de football du Hardturm à Zurich, démoli en 2008 mais jamais reconstruit.
L'emplacement de l'ancien stade de football du Hardturm à Zurich, démoli en 2008 mais jamais reconstruit.image: keystone

Sans compter que les infrastructures sont meilleures à Berne. Zurich est certes la capitale politique mondiale du football en tant que siège de la FIFA, mais elle est aussi la seule métropole importante de la planète sans véritable stade de football. Et ce, avec deux clubs en première division. Les ZSC Lions, eux, emménageront dans un nouveau temple du hockey l'automne prochain et disposeront donc d'une arène ultramoderne. Mais la patinoire de Berne reste la plus grande du monde hors NHL, et son charme vétuste compense largement le manque de modernité.

Mais le point crucial pour départager les deux villes est l'amour de leurs citoyens pour le sport. Et il se mesure en chiffres. Cette saison, 368'446 spectateurs ont assisté aux matchs à domicile de Young Boys. Le FC Zurich et GC n'ont mobilisé, ensemble, que 283'321 supporters. Les ZSC Lions, eux, comptabilisent environ 280'000 entrées au Hallenstadion. Soit beaucoup moins que le CP Berne (347'061), malgré sa saison la plus misérable depuis sa remontée en 1986.

La Swiss Life Arena, la nouvelle enceinte des ZSC Lions, sera inaugurée cet automne.
La Swiss Life Arena, la nouvelle enceinte des ZSC Lions, sera inaugurée cet automne. Image: KEYSTONE

La passion pour le sport est donc bien plus grande à Berne – même au cours d'une saison d'amères déceptions – qu'à Zurich, qui vit sa plus belle année sportive, de mémoire d'expert. Un phénomène d'autant plus remarquable que la capitale fédérale ne compte qu'environ 134 000 habitants (420 000 dans son agglomération). En comparaison, 420 000 personnes peuplent Zurich (1,8 million dans l'agglomération).

Si on met en relation le nombre de spectateurs dans les stades et patinoires avec la taille de la population, on peut affirmer – sans aucune polémique – que les exploits du FC Zurich et des ZSC Lions laissent une grande part des Zurichois indifférents.

Trahisons et paquets d'argent

YB et le CP Berne ont dû être assainis financièrement au début de ce siècle. Leur sauvetage n'aurait pas été possible sans l'aide de grosses fortunes personnelles. Mais depuis cet assainissement, les deux clubs sont devenus des entreprises sportives qui s'imposent sur le marché et se passent en grande partie de leurs mécènes, et donc sans bouche-trou amené à compenser année après année des pertes de plusieurs millions.

En 2018, YB remporte son premier titre de champion après 32 ans d'attente.
En 2018, YB remporte son premier titre de champion après 32 ans d'attente. Image: KEYSTONE

Les ZSC Lions n'existeraient pas sans leur président Walter Frey, ou du moins, ne seraient pas une équipe de pointe. Cette dépendance va désormais s'atténuer quelque peu grâce à leur nouvelle patinoire. Contrairement à Berne, l'enthousiasme pour le sport n'est pas assez grand, à Zurich, pour qu'une équipe de hockey de haut niveau puisse s'appuyer sur une large base économique. Petit clin d'œil: le bras droit de Walter Frey lors de la reconstruction du club était un Bernois, Simon Schenk.

Sans le couple Ancillo et Heliane Canepa, le FC Zurich serait, lui, à peu près aussi loin d'un titre de champion national que d'un sacre en Ligue des champions. Sans argent chinois, GC ne pourrait même pas se maintenir en Super League. Ironie du sort, les frères zurichois Andy et Hans-Ueli Rihs ont préféré investir leurs millions à Young Boys, histoire de redonner au club de la capitale ses lettres de noblesse. Comme pour le hockey sur glace, les Zurichois ne sont pas suffisamment férus de sport pour pérenniser un club de foot dans l'élite sans dépendre d'un mécène.

Ancillo et Heliane Canepa.
Ancillo et Heliane Canepa. image: keystone

Autrement dit, de manière polémique: sur les bords de la Limmat, le sport vit de la bonne volonté des millionnaires et des milliardaires. A Berne, il dépend de la passion des Bernoises et des Bernois. Les choses sont ce qu'elles sont: Berne était, est et restera pour des années encore la capitale sportive de la Suisse.

Adaptation en français: Yoann Graber

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