France-Angleterre a failli battre un record fou détenu par la Nati
France-Angleterre. Dix buts. Digne d’un match amical? Peut-être. Les défenses n’ont manifestement pas mis de cœur à l’ouvrage. Ou alors l’enjeu était si peu engageant que la France et l’Angleterre ont simplement décidé de jouer au football durant cette petite finale de la Coupe du monde. Il n’en demeure pas moins que Kylian Mbappé, malgré la défaite et la déculottée de la première mi-temps, a pu se hisser au sommet des meilleurs buteurs de la compétition en marquant à deux reprises et à quelques heures à peine de la confrontation finale entre l’Argentine de Messi et la Roja.
6 à 4. C’est beaucoup, mais on a connu pire. En 1954, la Suisse, pays hôte de la Coupe du monde, atteint les quarts de finale pour la première fois de son existence. Oui, septante-deux ans avant sa défaite contre l’Argentine à Kansas City la semaine dernière. Face à la Nati à l’époque, on trouve l’Autriche. Ce match sera surnommé la «chaude bataille de Lausanne», tant la rencontre va cumuler les superlatifs.
Nous sommes le 26 juin 1954 dans la capitale vaudoise. La chaleur est écrasante, le thermomètre affiche plus de 40 degrés, l’atmosphère est irrespirable et les joueurs se montreront très vite épuisés. Sur la pelouse du stade olympique de la Pontaise, devant 35 000 personnes, la Nati de l’époque va pourtant démarrer ce quart de finale sur les chapeaux de roue et mener 3 à 0 dans les dix-neuf premières minutes de jeu. Un premier goal de Robert Ballaman et un doublé de Josef Hügi font déjà miroiter à la Suisse une belle demi-finale.
Petite précision qui a son importance: dans les années cinquante, les changements ne sont pas encore autorisés et le gardien autrichien, Kurt Schmied, va se manger un méchant coup de chaud dès le début de la rencontre, le laissant totalement «désorienté» devant sa cage, rappelle notamment la chaîne SRF.
Un avantage qui ne va pas pour autant durer et cette première avalanche de buts en appellera très vite une deuxième, bien plus sévère. Un défenseur et le gardien de la Nati vont eux aussi s’écrouler sous la chaleur et l’Autriche fera trembler les filets suisses à trois reprises en moins de trois minutes. Avant d’enfoncer le clou grâce à deux nouvelles réussites avant la pause. Résultat: en trente-neuf petites minutes, pas moins de neuf goals seront inscrits devant les 35 000 spectateurs écrasés par le cagnard, car la Nati parviendra malgré tout à réduire le score. A la mi-temps, l’Autriche mène 5-4. Une hécatombe plus qu’un festival.
De retour sur la pelouse, le portier autrichien ne va pas mieux. L’insolation l’a rendu quasiment inconscient et le masseur de l’équipe, posté derrière le but, va non seulement lui éponger le front durant tout le reste de la partie, mais lui «dicter tous ses mouvements», dans l’espoir qu’il puisse stopper quelques ballons. Absurde? Pas qu’un peu. Le capitaine de la Nati, Roger Bocquet, subira lui aussi le même sort, raconte le site Jet d’encre.
En seconde mi-temps, la Suisse inscrira encore un dernier but, alors que son adversaire creusera l’écart. Résultat final, 7 à 5 pour l’Autriche. Autrement dit, deux petits goals de plus que lors de la petite finale entre la France et l’Angleterre samedi soir, ce qui fera de cette rencontre apocalyptique le «match le plus prolifique de l’histoire de la Coupe du monde», lit-on sur le site de la Fifa. Un film catastrophe qui aura donc un nom: «la chaude bataille de Lausanne» («Hitzeschlacht von Lausanne» en allemand).
Il faut malgré tout relativiser ce tsunami de ballons dans les filets. A l’époque, de tels scores ne sont pas rares. En finale, à Berne, l’Allemagne de l'Ouest s'imposera 3 à 2 face à la Hongrie du célèbre Ferenc Puskás. En demi-finale, cette même Hongrie terrassait l’Uruguay 4 à 2. De plus, dans les années cinquante, les cartons n’existaient pas encore et, plus cocasse encore, la pratique professionnelle du football était interdite en Suisse. Les joueurs de la Nati avaient alors tous un boulot à côté, contrairement à la majorité de leurs adversaires.
Enfin, sachez qu’à peine 90 millions de supporters avaient suivi cette Coupe du monde devant leur poste de TV en noir et blanc et, selon la SRF, la radio jouait encore un rôle prépondérant dans le football à l’époque. Une paille face aux quelque 10 milliards de téléspectateurs cumulés estimés par la FIFA cette année.
Le football a-t-il changé? Assurément.
