La haine anti-Argentine prend une tournure inquiétante
A chaque Coupe du monde, c'est la même rengaine. Une équipe est la chouchou des fans de football et une autre, la bête noire. Les raisons sont diverses. Cette année, il n'y a pas forcément de chouchou. Mais le diable est tout trouvé: c'est l'Argentine.
Ce dimanche, les fans de foot du monde entier semblent se rassembler derrière l'Espagne et leur détestation de l'Albiceleste. Mais pourquoi? On fait le point.
Les accusations de favoritisme
Pour beaucoup, l'Argentine dispose d'un traitement de faveur de la part de la Fifa. Mais est-elle vraiment favorisée sur le terrain? C'est un pas que certains n'hésitent pas à franchir.
Pour l'heure, il n'y a pas de preuve déterminante de favoritisme. Au mieux, des indices, comme des actions qui mériteraient des cartons que les joueurs argentins ne reçoivent pas, à l'image du très commenté coup de crampon de Messi dans le mollet d'un joueur algérien.
Dans ce contexte, chaque faute non sifflée qui mènerait à penser que l'Argentine est dans les petits papiers de la Fifa est présentée comme une preuve, quitte à ignorer le reste. En psychologie, on appelle cela le «biais de confirmation». Lionel Messi a lui-même réagi à ces accusations après la victoire contre l'Angleterre, déclarant:
Difficile en effet de ne pas constater que cette équipe, championne du monde en titre, est sportivement redoutable. Elle a montré qu'elle avait des ressources insoupçonnées dans les dernières minutes des matchs, faisant parler la «vérité du terrain».
Les accusations de racisme
C'est l'autre poids qui entache l'équipe d'Argentine. Au cœur de cet argument, une chanson de fans hautement polémique et reprise par l'équipe d'Argentine dans un bus en 2024. Une des paroles dit, à propos de leurs adversaires de la finale de 2022:
Une chanson condamnable, chantée sur un mode «folklorique», selon un des joueurs cité par RMC Sport, plutôt que pour rabaisser l'adversaire. L'explication est plus que légère et un des joueurs s'était excusé, mais le mal était fait. Ajoutez-y certains fans avec un comportement outrancier, parfois dépeins comme représentatifs du public argentin, et votre tableau est complet.
Il y a aussi la composition de l'équipe, qui ne compte aucun joueur noir, un fait qui a suscité des interrogations chez des commentateurs en ligne. La raison: selon une chercheuse citée par le Washington Post, les Afro-Argentins représentent moins de 1% de la population du pays. Cette réalité s'explique par l'histoire démographique de l'Argentine, marquée par une immigration européenne massive dans la seconde moitié du 19ᵉ siècle. Quant aux anciens nazis qui y ont trouvé refuge après 1945, ils n'étaient qu'entre 5000 et 12 000.
Une autre polémique révélatrice à ce sujet a eu lieu en début de Coupe du monde: un enregistrement d'un commentateur argentin lors du match France-Sénégal, évoquant un match «entre deux pays africains». Plusieurs médias sportifs s'emparent de l'affaire dans la foulée, sans en vérifier la véracité. Résultat: un fake réalisé par l'IA et qui circulait en liberté sur les réseaux. Le très suivi So foot avait même présenté ses excuses «pour cette maladresse».
«On sait», «Je suis sûr que»...
Dès lors, la seule réputation de l'équipe suffit à justifier moralement certains actes pourtant répréhensibles. Comme dans l'épisode de la tape à l'arrière du crâne de l'Argentin Barco par l'Anglais Bellingham, après la défaite anglaise en demi-finales.
Un acte sans gravité, mais où l'Anglais agresse physiquement son rival le premier. A ce jour, personne hors de la pelouse ne sait précisément ce que lui aurait dit le joueur argentin. Voyez pourtant les commentaires les plus en vue de notre post Instagram détaillant l'évènement, et likés des milliers de fois.
Sans certitude des faits, les critiques et leurs soutiens tombent majoritairement en faveur de l'Anglais. Sur les réseaux, ce genre de commentaires partisans et peu soucieux des faits sont légion.
Un certain genre d'antisémitisme
C'est le dernier point sensible, et là où on dérape carrément. Si les accusations de racisme ou de favoritisme peuvent donner lieu à des discussions constructives, d'autres tombent directement dans la catégorie des théories du complot. Parmi elles, l'idée que la Fifa est sous le contrôle de milieux juifs, et dont Messi serait le complice.
Needed the refs to beat Cape Verde pic.twitter.com/0zAPv7Gvx7
— ُ (@Asensii20) July 4, 2026
Une imagerie directement inspirée des caricatures juives telles qu'on en trouvait en Europe avant la Seconde guerre mondiale. La réputation de Messi comme étant un «sioniste» a gagné en popularité après la victoire argentine contre l'Algérie et l'Egypte.
ça deg les gens qui supportent Messi alors que c’est un gros sioniste raciste de naze
— 𝓃𝑒𝓈𝓈𝑜𝓊. (@mgrbaa_) July 15, 2026
Plusieurs posts ressortent notamment une photo de lui, le montrant en train de prier sur le Mur des lamentations, à Jérusalem, en 2013.
Lionel Messi, pourtant catholique, avait juste profité d'un voyage de charité organisé par le FC Barcelone pour visiter ce lieu saint du judaïsme. Il avait aussi pris une photo avec Benjamin Netanyahou, déjà premier ministre. Ajoutez-y des montages avec le président argentin, Javier Milei, soutien déclaré à Israël, et la soupe est prête.
