Affaire de la banderole argentine: la colère monte en Angleterre
Le gouvernement britannique a appelé jeudi à une enquête de la Fifa au lendemain du déploiement par des joueurs argentins d'une banderole proclamant que« les (îles) Malouines sont argentines» à l'issue de la demi-finale du Mondial remportée 2-1 par l'Argentine face à l'Angleterre.
«La Coupe du monde n'est peut-être pas à nous, mais les îles Falkland le sont assurément», a affirmé un porte-parole de Downing Street.
«L'un des principes fondamentaux de la Coupe du monde est que la politique n'a pas sa place dans le football. Cette question relève désormais de la Fifa. J'attends de la Fifa qu'elle mène une enquête minutieuse», a aussi déclaré le ministre britannique des Entreprises et du Commerce, Peter Kyle. Il évoquait une «violation flagrante» du règlement de la Fifa, qui interdit toute manifestation politique dans une enceinte lors des tournois qu'elle organise.
L’ancien ministre de la Sécurité, Tom Tugendhat, a quant à lui estimé que cette banderole était «le cri d’un Etat en faillite et corrompu qui tente de détourner l’attention des échecs de son propre gouvernement». Tobias Ellwood, ancien ministre des Affaires étrangères, a ajouté: «Victoire ou défaite, il faut l’accepter avec dignité. Ignorons cette pitoyable mise en scène et laissons la Fifa imposer des sanctions».
Suite à l'appel du gouvernement britannique, la Fifa a annoncé jeudi soir être en train de se pencher sur l'affaire du déploiement sur le terrain de la banderole. «Conformément à la procédure habituelle, la Commission de discipline indépendante de la Fifa examine actuellement les rapports de match et évalue les circonstances pertinentes avant de se prononcer sur d'éventuelles mesures supplémentaires, conformément au code disciplinaire», a réagi l'organisme.
De son côté, le président argentin Javier Milei avait dans un premier temps semblé vouloir tempérer la situation. «Ne mélangeons pas les choses. Les Malouines se récupèrent avec une diplomatie avisée et non avec des gestes de patriotisme bon marché», avait-il dit mercredi.
Jeudi, il a toutefois affirmé comprendre les joueurs de l'équipe nationale. Le ressenti sur les Malouines «est un sentiment qui habite tous les Argentins, et il est parfaitement licite et valide qu'ils veuillent l'exprimer», a-t-il dit à la radio El Observador. «Effectivement, les Malouines sont argentines, et nous allons les récupérer», a assuré M. Milei, «mais nous allons le faire sur le plan diplomatique avec de l'intelligence dans notre action».
La banderole était une improvisation, le jour du match, d'un groupe de supporters argentins à Atlanta à partir d'un drap de leur hôtel. Selon le témoignage d'un membre du groupe au média en ligne Infobae, ils ont déployé la banderole en tribune. Puis dans les dernières minutes du match, alors qu'ils avaient été repérés par un agent de sécurité, ils s'en sont débarrassés en la lançant sur la pelouse. C'est là que des joueurs l'ont récupérée et brandie.
Ce n'est pas la première fois que la question des Malouines s'immisce dans un match de football entre l'Angleterre et l'Argentine. Au Mondial 1986, quatre ans après la guerre ayant fait 649 morts côté argentin et 255 morts côté britannique, l'Argentine avait éliminé l'Angleterre en quart de finale sur un doublé légendaire de Diego Maradona (2-1), dont la célèbre «main de Dieu» décrite par l'ancien numéro 10 comme «une revanche symbolique contre les Anglais».
L'hymne officieux des supporters argentins au Mondial 2026, «La Cuarta Estrella» (la 4e étoile), contient également une référence à l'archipel contesté: «Pour les Malouines, pour Diego, pour la dernière de Leo (Messi), Argentine, je veux te voir double championne du monde».
Après sa victoire contre l'Angleterre, l'Argentine affrontera l'Espagne en finale dimanche au MetLife Stadium d'East Rutherford, dans la banlieue de New York, en présence du président américain Donald Trump et du roi d'Espagne Felipe VI. Javier Milei, lui, a annoncé qu'il ne s'y rendrait pas, par superstition.
(afp/roc)
