DE | FR
Italie-Espagne: Alvaro Morata est le bouc-émissaire du public espagnol.

Alvaro Morata célébrant son but dans les prolongations du huitième de finale gagné par l'Espagne contre la Croatie. image: keystone

Alvaro Morata, le besogneux incompris

Malgré des prestations honorables à l'Euro, l'attaquant de la Roja doit faire face à l'hostilité de son propre public. Un statut qui changerait à coup sûr si le joueur de la Juve était décisif mardi soir en demi-finale contre l'Italie.



Le 28 juin, Alvaro Morata est devenu le meilleur buteur espagnol en phase finale de championnats d'Europe, à égalité avec Fernando Torres (cinq goals). Il a égalé ce record en inscrivant de manière superbe le quatrième but ibérique contre la Croatie, en huitième de finale (5-3). Avec 21 buts en 45 sélections, l'avant-centre de la Juventus présente un très bon bilan. Seul David Villa a un meilleur ratio avec la Roja. Et pourtant, Alvaro Morata n'est pas aimé dans son pays.

Le bijou de Morata contre la Croatie

abspielen

Vidéo: YouTube/Dans tv

La cause? Son manque d'efficacité présumée devant le but adverse. Une partie du public le lui a fait savoir lors des trois matchs de la phase de poule. A Séville, le natif de Madrid a été conspué au moment d'être remplacé contre la Suède. Il a aussi été sifflé lorsqu'il est sorti contre la Pologne, malgré son but. Rebelote avant d'affronter les Slovaques, à l'échauffement. Une triste première pour un international ibère. Certains internautes ont aussi dérapé sur les réseaux sociaux. Touché, l'attaquant a fait part de son mal-être à la radio Cadena Cope:

«Je n'ai pas dormi après le match contre la Pologne. J'ai reçu des menaces de mort et de violentes insultes (...) qui visaient également mes enfants et ma famille. Je vais bien, mais peut-être qu'il y a quelques années je me serais effondré»

Alvaro Morata, lors d'une interview pour la radio espagnole Cadena Cope

Pour tenir le coup, Alvaro Morata (28 ans) a bénéficié du soutien du psychologue de la Roja, qui l'avait déjà aidé à surmonter sa phobie de l'avion.

La presse espagnole a également sèchement critiqué le joueur de la Juve après le 0-0 initial de la Roja contre la Suède, notamment pointé du doigt à cause d'une grosse occasion ratée. Le Mundo Deportivo interpellait directement le malheureux avec un titre aussi explicite qu'accablant: «Qu'as-tu fait, Morata?»

L'occasion gâchée par Morata contre la Suède

Une partie des journalistes ibères a toutefois défendu le numéro 7 de leur sélection, en reconnaissant ses qualités. C'est le cas de Miguel Angel Toribio, éditorialiste du célèbre quotidien sportif Marca. Il écrivait au sujet de Morata que «son dévouement, son engagement et son travail sont indiscutables, tout comme ses mouvements sans le ballon dont profitent ses coéquipiers.»

Manque de réalisme compréhensible

Paradoxalement, c'est cette forte implication qui peut expliquer le manque de réalisme de l'Ibère et les critiques qui en découlent. «Morata est victime du jeu voulu par le sélectionneur Luis Enrique», analyse l'ancien footballeur pro d'origine espagnole Carlos Varela. «Le coach lui en demande beaucoup: être à gauche, à droite, défendre. Morata applique les consignes, parce que c'est un bon soldat. Mais avec une telle débauche d'énergie, c'est normal d'avoir une perte de lucidité devant le but, à cause de la fatigue.»

Et malheureusement pour l'attaquant de la Juventus, prêté par l'Atlético Madrid, l'Espagne n'est pas l'Angleterre: un simple pressing sur le porteur du ballon est sujet à une standing ovation au pays des fish and chips, mais n'est qu'anecdotique dans celui des tapas. Où les beaux gestes et le spectacle mettent nettement plus l'eau à la bouche des fans que le travail de l'ombre.

Spain's Alvaro Morata misses to score a penalty kick during the Euro 2020 soccer championship group E match at La Cartuja stadium in Seville, Spain, Wednesday, June 23, 2021. (David Ramos, Pool photo via AP)

Malgré l'hostilité de son propre public contre lui, Morata avait osé tirer un pénalty - raté – contre la Slovaquie en phase de poule. Image: keystone

Attentes démesurées

Extrêmement gâtés par un football champagne – servi par les artistes Xavi, Iniesta, Puyol, Ramos, Torres ou Villa – et des résultats exceptionnels ces dernières années (deux Euros en 2008 et 2012 et une Coupe du monde en 2010), ces supporters ont en plus des exigences très élevées. Trop, selon Carlos Varela. L'ancien milieu de Servette, Young Boys et Xamax, entre autres, l'a fait remarquer avec humour lors d'une interview qu'il a accordée à des journalistes espagnols:

«Ils ont des attentes semblables à celles d'il y a huit ans, quand l'Espagne survolait le football mondial. Je leur ai dit: "Vous êtes des malades!"»

Carlos Varela, ancien milieu de terrain de Super League

Les déboires de Morata avec le public ne datent pas du début de l'Euro. Début juin, l'attaquant de la Roja avait déjà eu droit à des chants hostiles lors d'un match de préparation contre le Portugal, au Wanda Metropolitano, le stade de son club, l'Atlético Madrid – qui a prêté le joueur jusqu'en juin 2022 à Turin. Pour Carlos Varela, le natif de la capitale est victime de la frustration générale. «Dès le départ, l’Espagne n’était pas euphorique avec son équipe, rembobine l'ex-scout de Servette. Les fans ne voulaient pas de Sarabia, beaucoup étaient fâchés de ne voir aucun joueur du Real Madrid dans l'effectif. La grogne s'est accentuée après les deux premiers matchs ratés. Et le public espagnol n'a pas de patience.»

Mais il peut se montrer rancunier, et Alvaro Morata est une cible idéale: l'avant-centre a porté les maillots des deux grands ennemis de Madrid, le Real et l'Atlético. Ce qui lui a valu de subir l'opprobre des deux publics. «En passant d'un club à l'autre, il a perdu une partie du soutien», appuie Carlos Varela, suiveur attentif du football outre-Pyrénées.

Soutien infaillible

Face à cette défiance, Morata a toujours eu le soutien de ses coéquipiers et de son sélectionneur, qui l'ont défendu à plusieurs reprises dans les médias. «Je crois qu'il n'y a pas un seul entraîneur dans le monde entier qui n'admire pas Alvaro Morata, s'extasiait Luis Enrique après la victoire contre la Croatie. Il amène de la supériorité, de la sérénité, il peut dominer le jeu aérien, il peut marquer des buts, il est puissant physiquement.»

Alvaro Morata et Luis Enrique

La communion entre Alvaro Morata (à gauche) et son sélectionneur Luis Enrique après l'ouverture du score de l'attaquant de la Roja contre la Pologne (1-1). Image: keystone

Aux mots, Luis Enrique ajoute les actes: il a titularisé Morata pour tous les cinq matchs disputés jusqu'à présent. Au total, le numéro 7 espagnol a joué 393 minutes. Et même s'il est statistiquement le joueur qui rate le plus d'occasions dans le tournoi, il a déjà inscrit deux buts, à chaque fois importants.

Une chose est certaine: en demi-finale mardi soir, la défense italienne ne sous-estimera pas autant le Madrilène que son propre public. D'autant que la charnière centrale transalpine le connaît très bien: Giorgio Chiellini et Leonardo Bonucci évoluent aussi tous les deux à la Juventus.

Plus d'articles sur le sport

«Certaines arrêtent leur carrière pour ne pas devoir porter le bikini»

Link zum Artikel

Foirer un rencard à cause d'une balle en pleine face, c'est possible!

Link zum Artikel

Mais pourquoi diable les gagnants de la NBA portent des masques de ski?

Link zum Artikel

Où les footballeurs de la Nati passent-ils leurs vacances?

Link zum Artikel

«Si le mec m'attaque chez moi, je ne pourrai rien faire»

Link zum Artikel

Prochaine étape au FC Sion: La reconnaissance faciale

Link zum Artikel

Les plans foireux de Southgate pour les tirs au but

Link zum Artikel

Les stars du tennis boudent-elles les JO?

Link zum Artikel

Même en fin de piste, les stars du foot sont utiles aux clubs suisses

Link zum Artikel

«Eddy Merckx reste le plus grand»

Link zum Artikel

5 initiatives du monde sportif pour sauver la planète

Link zum Artikel

Implorer le pardon, une mode chez les footballeurs

Link zum Artikel

Le sacre de l'Italie suggère l'idée d'un début de règne

Link zum Artikel

Il n'y a jamais eu aussi peu de fautes. Les joueurs sont-ils devenus sages?

Link zum Artikel

Novak Djokovic: «Je suis le meilleur»

Link zum Artikel

L'Euro a puni les égoïstes, sa finale les rendra ringards

présenté parMarkenlogo
Link zum Artikel

«Face à Jordi Alba, Chiellini a été très intelligent»

Link zum Artikel

Pas retenu pour les JO, un Vaudois crie à l'injustice

Link zum Artikel

Il a transformé Golubic en championne et raconte

Link zum Artikel

Antognoni est formel: «L'Italie ne joue pas comme d'habitude»

Link zum Artikel

Le tiki-taka, onomatopée encore au top

Link zum Artikel

Alvaro Morata, le besogneux incompris

Link zum Artikel

«Les foules de supporters sont essentiellement positives»

Link zum Artikel

Est-ce qu’un attaquant qui ne touche aucun ballon a l’impression de faire de la course à pied?

Link zum Artikel

«Sur un match, tout est possible», vraiment?

Link zum Artikel

Pourquoi taille-t-on autant de costards à Vladimir Petkovic?

Link zum Artikel

Carton rouge sur Freuler: «Je trouve la décision très sévère»

Link zum Artikel

François Moubandje après Suisse-Espagne: «J'ai envie de pleurer»

Link zum Artikel

L'Espagne a retrouvé son jeu et sa joie. Elle rappelle quelqu'un

Link zum Artikel

Pourquoi glisse-t-on aussi souvent sur le gazon maudit de Wimbledon?

Link zum Artikel

Quelle image culte de ce France-Suisse garderez-vous en mémoire?

Link zum Artikel

Mbappé le surdoué pourra-t-il se relever de son cuisant échec?

Link zum Artikel

Les Français sont certains de nous mettre une raclée

Link zum Artikel

Quand la France était nulle et se chamaillait en Suisse

Link zum Artikel

La France va latter la Suisse

Link zum Artikel

5 bonnes raisons de rester sans voix devant les hymnes nationaux

Link zum Artikel

Johan Djourou: «Je me suis presque demandé pourquoi tu vis»

Link zum Artikel

Mais d’où vient cet amour irrationnel des Portugais pour leur équipe?

Link zum Artikel

Le débat s'envenime: Djokovic est-il le plus grand?

Link zum Artikel

Tous les résultats et classements de l'Euro 2020 en un clin d'œil

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

Ueli Maurer est un mème

1 / 13
Ueli Maurer est un mème
source: watson
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

L'UEFA a remis les bouteilles au milieu de la salle de presse

Cristiano Ronaldo et Paul Pogba ont frappé les esprits en écartant des bouteilles de Coca-Cola et d'Heineken en conférence de presse pendant l'Euro. Mais l'instance du football européen a rappelé aux fédérations la nécessité de respecter les contrats de sponsoring, pour que de tels actes ne se reproduisent plus.

Elles ont été maltraitées, mais elles sont en train de devenir les stars de cet Euro 2020. Qui donc? Les bouteilles en verre Coca-Cola et Heineken placées devant les joueurs et sélectionneurs en conférence de presse. Cristiano Ronaldo a été le premier à les molester. Lundi, avant le match du Portugal contre la Hongrie à Budapest, la vedette lusitanienne a tout simplement écarté les deux Coca-Cola devant lui, en réclamant – de manière peu courtoise – de l'eau à la place.

Un jour plus tard, c'est …

Lire l’article
Link zum Artikel