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Le journaliste, en 1986, sur le plateau de «Fans de foot».
Le journaliste, en 1986, sur le plateau de «Fans de foot».Image: TSR

Yannik Paratte: «Je me suis déjà pris un uppercut à Yaoundé»

Le journaliste de la RTS a pris sa retraite après 38 ans de carrière au service public et un dernier commentaire samedi soir lors d'YB-Lugano. Retour, avec lui, sur son parcours, ses expressions et sa vision du football.
31.01.2022, 06:1131.01.2022, 06:24
Jonathan Amorim
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Un dernier match à YB

«Franchement, aujourd'hui, je vais bien. C'est une page qui se tourne et une étape à franchir. Le match d'hier à YB, je l'ai pris comme un match normal, afin de pouvoir gérer cette dernière sortie au mieux. Avoir terminé ma carrière à Berne n'a que très peu d'importance, j'ai vécu des beaux moments partout. Ce qui compte pour moi, c'est le football.»

YB a offert un maillot à Yannik Paratte à la fin du match. Un joli geste que Christophe Cerf aurait orchestré en coulisse.

Son bilan

«Ce que je peux dire, c'est que j'ai été un privilégié. J'ai vécu l'âge d'or du journalisme sportif à la RTS avec l'explosion des matchs et des compétitions dans les années 90. Des compétitions pour lesquelles nous avions les droits. Je me retrouvais parfois à commenter trois à quatre matchs de Coupe d'Europe par semaine. Mais je garde également d'excellents souvenirs ailleurs avec notamment le grand format du barrage Aarau-Xamax, en 2019, et ce scénario complètement fou. Ou la finale de Coupe entre Sion et YB en 2009. Au final, c'est ça que je vais retenir, toutes ces émotions procurées par le football.»

Son personnage et ses expressions

«Alors, très honnêtement, je ne me rends compte que maintenant de l'ampleur de mon propre phénomène avec toutes ces sollicitations médiatiques. En fait, je me suis toujours considéré comme un simple journaliste, mon rôle étant de créer un lien entre les téléspectateurs et le sport. Il y aura toujours des téléspectateurs après Yannik Paratte, et il y aura toujours du football après Yannik Paratte.»

Cette vidéo de Yann Marguet a popularisé certaines expressions du journaliste

«Elle est magnifique cette vidéo, Yann est très fort, il a très bien monté son sketch.» Yannik ParatteVidéo: YouTube/Couleur3

«Pour ce qui est de mon champ lexical, je pense que chaque journaliste en possède un. Je me suis beaucoup inspiré de Jean-Jacques Tillmann, qui avait pour moi un vocabulaire très élaboré. Je considère le français comme une très belle langue. J'ai toujours avec moi un carnet où je note des mots que je lis, que j'entends pour les utiliser dans mes directs. La liste doit contenir une centaine de mots à présent.»

Il commente ses expressions

«Il y en a deux, selon moi, qui ont surtout été popularisées grâce au sketch de Yann Marguet :"eeeh ouaiiiis", ainsi que "ce diable de...". Le "encore que", c'est un tic de langage que j'utilise dans la vie de tous les jours, car j'aime donner mon avis tout en le contrastant. Pour le reste, ce sont des expressions que remarquent surtout les téléspectateurs. Chaque journaliste a sa signature, c'est la mienne. J'ai toujours essayé de rester modéré dans mes mots, en faisant attention à des termes comme extraordinaire ou catastrophique. Une catastrophe, pour moi, c'est un accident mortel, pas une défaite dans un match de football.»

Les anecdotes

«Ce que je vais retenir, ce sont les rencontres humaines. A titre d'exemple, je me rappelle d'un match à Turin, lors de la Coupe du monde 1990, où la ville était jaune de monde avec des Suédois et des Brésiliens se liant d'amitié. C'était magnifique, c'est ça le football pour moi.»

Yannik Paratte enchaine avec une multitude d'anecdotes. Florilège:

  • «En reportage à Yaoundé, je me suis pris un uppercut.»
  • "Nicht möglich": c'est ce que j'ai dit à l'assistant de GC en 1989 lors de la finale de Coupe, lorsqu'il a voulu faire entrer un 3e étranger sur la pelouse. J'étais sur le banc pour les interviews. Sans moi, ils perdaient par forfait.»
  • Lieux découverts grâce au football: Swansea, Krasnodar, l'Afrique du sud, le Brésil et bien d'autres!
  • Moments d'anthologie commentés: La volée de Zizou en 2002, le titre de Servette à la Pontaise en 1999, le titre d'YB en 2018, entre autres !

Son regard sur le football d'aujourd'hui

«Le football aujourd'hui est très influencé par le sport américain. On y intègre beaucoup de statistiques. Je suis d'avis qu'il faut connaitre son sujet et avoir en sa possession une quantité importante d'informations lors d'un commentaire. Mais ensuite, c'est le football et le moment présent qui passe au premier plan.»

«Le football vit au travers de sa réalité économique. Il se vend au plus offrant, et il devient difficile pour tout le monde d'y avoir accès, ce que je trouve bien évidemment dommage. C'est le sport roi, mais il baigne dans une démesure économique dont les conséquences sont la privatisation des retransmissions que nous vivons maintenant.»

La suite

«J'ai plusieurs projets que j'aimerais concrétiser, on verra. Je vais surtout prendre du temps pour moi et prendre du recul. Le métier de journaliste sportif n'est pas facile à vivre socialement, on travaille le soir et les week-ends. Je vais essayer de recréer un cercle social et en profiter. J'aimerais bien également entrainer une équipe de foot, pourquoi pas. La passion est la même lorsque je vais voir un match de ma fille, qui joue avec les M19 de Franches-Montagnes, que lorsque je commentais un match de Champions League

Yannik Paratte vu par David Lemos

«Yannik est quelqu'un de modeste qui ne s'est jamais mis en avant. Ce qui m'a toujours frappé, c'est sa passion pour le football. Il sait absolument tout. C'est lui qui nous a toujours préparé les fiches d'avant-match avec toutes les informations et statistiques. Dès mon arrivée, il a toujours été généreux en conseils. Je ne peux pas, par contre, affirmer m'être inspiré directement de lui, car, pour moi, son champ lexical lui appartient. Il s'est également toujours énormément investi en dehors, en ne se reposant jamais sur ses lauriers. C'est un véritable passionné de football avec qui l'on peut discuter pendant 30 minutes d'une décision arbitrale. J'ai l'impression que, par le passé, les imitations avaient un côté presque méchant, alors que maintenant le public éprouve une réelle affection pour le personnage.»

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