France-Angleterre: tout le monde s'en fout
France-Angleterre pour la 3e place, c’est comme proposer à 5 h du mat un rab de pièce montée à quelqu’un qui vient de vomir le repas de la noce. C’est gentil mais c’est sadique. Certes, l’éthique sportive et le sens de l’honneur demandent de ne pas négliger cette rencontre (le mot fade qui convient). Justement, c’est trop demander.
Orgueilleux comme des théières
Les demies respectives des Français et des Anglais leur sont restées sur l'estomac. La petite finale ne leur donne pas du tout envie. Pas pour les mêmes raisons. Les Anglais, orgueilleux comme des théières, n’ont que faire d’une troisième place. Seule la finale et la possibilité d’une deuxième étoile pour la nation qui a inventé le football et qui lui file sous le nez depuis 1966, l’année de son unique sacre, la faisait vibrer.
Vexés comme des tongs
Quant aux Frenchies, vexés comme des tongs, si l’ajout d’une troisième étoile au-dessus du coq était leur objectif, battre les Argentins à cette occasion, après la finale perdue de 2022 face à eux, en était un en soi. Aussi est-ce à la seule condition d’affronter l’Argentine que le match pour la 3e place avait un intérêt à leurs yeux. Mais jouer les Anglais, et inversement pour ces derniers, jouer les Français, c’est d’un boring. Les deux voisins ont une trop haute idée d’eux-mêmes et de la rivalité qui les unit depuis 1000 ans pour penser que cette simili-bataille est de leur rang.
Il va pourtant falloir remettre casque et cote de maille ce samedi à Miami (l’after en Floride, c’est quand même mieux qu’à Vancouver). La seule motivation que pourront trouver les deux sélections dans cette confrontation des perdants, c’est de réparer la honte, la même qui les retient de comparaître sur un terrain à ce stade un brin humiliant de la compétition.
La honte des Français n'est pas celle des Anglais
Les Bleus voudront laver la honte – un minimum – de n’avoir pas été dignes de leur demi-finale en passant à côté d’elle, et offrir au passage un cadeau d’adieu, plus modeste qu’espéré, à Didier Deschamps, leur sélectionneur. Sans compter que Kyky-Mobutu garde un œil sur le classement des buteurs.
Pour les Three Lions, le raisonnement est inverse. La honte tient moins à leur engagement, tout à fait honorable, lors de la demi-finale contre les Argentins, que dans le sentiment d’avoir été trompés par le coaching de Tuchel à compter du but d’Anthony Gordon qui leur donnait l’avantage dans la partie à la 55e minute. L’honneur serait alors de gagner, non pas pour faire plaisir à leur sélectionneur allemand, mais pour atténuer une forte impression de gâchis.
Samedi, au coup d’envoi, à 23 h, il restera peut-être encore un peu de pièce montée. Et il n'est pas impossible qu'on aime ça, finalement.
