Les Suisses ne se sont pas réveillés pour la Nati
Les compteurs ne mentent pas: les courbes de charge de quatre réseaux électriques racontent une nuit suisse sans sommeil, celle du quart de finale du Mondial. Pas de pic de réveil à 3 heures, pas de creux avant un nouveau sursaut – juste une veille continue, d'un seul tenant, jusqu'au coup de sifflet final des prolongations. Combien de ménages ont tenu jusqu'au bout, ce que cette nuit blanche a coûté en électricité, quels cantons ont le plus veillé?
Dans la nuit de samedi à dimanche, le 12 juillet, les fans de la Nati ont dû régler leur montre à un horaire pour le moins ingrat: trois heures du matin. Les plus stratèges avaient misé sur un coucher vers 20 heures pour tenir le choc. D'autres ont préféré la nuit blanche d'emblée, soirée arrosée à l'appui, pour se donner du courage avant le duel face à l'Argentine.
La défaite a fini par tomber, cruellement, en prolongations: la Nati a été crucifiée par Álvarez à la 112e minute, puis par Martínez à la 120e+1. Le match s'est achevé vers 5h30 du matin, des pleurs doublés de cernes pour les fans suisses.
Un rapport publié par la société Clino, une plateforme suisse qui automatise la déclaration, les contrats et les assurances sociales des employés de maison, s'est penché sur la consommation d'électricité des ménages suisses cette nuit-là.
Dans son communiqué, elle résume la situation en une phrase:
Deux services industriels indépendants livrent la même histoire: à Bâle-Ville, la consommation électrique des ménages a dépassé sa valeur normale de 14,8% en moyenne sur toute la nuit; en ville de Zurich, de 12,9%. Pas un pic isolé, mais un plateau continu, de minuit au coup de sifflet final. Vers quatre heures du matin – l'heure habituellement la plus creuse – les deux villes culminaient à près de 15% au-dessus de la normale. Ramené en volume, l'écart représente environ 131 000 kWh de surconsommation à Zurich et 48 500 kWh à Bâle-Ville sur la nuit, soit à peu près une demi-kilowattheure par ménage. Winterthour affiche un signal plus modéré (+8,4%), et le réseau EKZ dans le canton de Zurich montre la même tendance, mais atténuée – logique, puisque ces réseaux mêlent ménages et entreprises, et que ces dernières ne consomment presque rien à quatre heures du matin.
Les Suisses ont misé sur la nuit blanche
Autre enseignement des chiffres isolés par Clino: la méthode employée par les ménages. Si une majorité s'était contentée de régler un réveil pour 3 heures, la courbe montrerait un saut net au moment du coup d'envoi. Ce saut n'existe pas: la surconsommation est déjà à +12% dès minuit et ne progresse que de 1,6 point au coup d'envoi. La Suisse n'a pas mis de réveil. Elle ne s'est tout simplement pas couchée.
Dans le détail, on trouve aussi de petites nuances locales. A Zurich, par exemple, s'y est ajouté, pendant la première mi-temps, un léger flux de retardataires – la courbe grimpe jusqu'à +15% à 4 heures – comme si des dormeurs s'étaient laissé rattraper par le match, des noctambules étaient rentrés se poser devant l'écran, une seconde mi-temps se jouant au salon plutôt qu'au bar.
Gros intérêt en Romandie
Des données électriques ouvertes sur les ménages n'existent que pour quelques zones de réseau. Pour l'ensemble des 26 cantons, il reste toutefois, cette nuit-là, une mesure approchée: l'intérêt de recherche autour de la Nati (mesuré de façon neutre quant à la langue). L'image qu'elle dessine est nette: la Romandie occupe six des sept premières places – Genève (100), Vaud (93), le Jura (82), Neuchâtel (79), puis le Valais et Fribourg (69 chacun) – avec pour seule intruse Bâle-Ville (72). Le premier canton alémanique est Zurich, au 8e rang. A l'autre extrémité du classement: Obwald (19), Appenzell Rhodes-Extérieures (39) et les Grisons (43).
Un ménage sur trois éveillé en zone urbaine
La surconsommation mesurée permet d'estimer la part des ménages éveillés à quatre heures du matin. En ville de Zurich, grosso modo un ménage sur trois était encore debout (fourchette d'estimation: 26–63%); à Bâle, un peu plus d'un sur quatre (18–41%). Extrapolé à l'échelle du pays, en prenant les chiffres d'audience TV comme simple plancher, cela donne un ordre de grandeur d'un à deux millions de personnes éveillées à quatre heures du matin.
Pour les autres cantons, aucune mesure ouverte des ménages n'existe à ce jour; il ne reste, en guise d'approximation, que l'intérêt de recherche en ligne – et, dès la mi-août, les données cantonales de Swissgrid.
