Ronaldo a raté l'occasion de faire taire ses détracteurs
Au Portugal, Ronaldo est surtout aimé par une catégorie de personnes: les journalistes. Personne d’autre que cette superstar ne leur donne autant de matière. Depuis le psychodrame de son départ de l'équipe – après le clash avec le sélectionneur Jorge Jesus –, les gros titres se succèdent à un rythme effréné au Portugal. Des émissions entières sont consacrées à ce seul sujet.
Alors que beaucoup croient encore à un possible retour de Ronaldo, la Fédération portugaise de football a annoncé, un jour après le départ de CR7, que le numéro 7 revient désormais à Rafael Leao. Sur Instagram, la Fédération perd des abonnés. Les mèmes se multiplient sur les réseaux sociaux. Certains sont amusants, d’autres empreints de la douleur des adieux. De quoi alimenter un feuilleton portugais!
Celui qui pense que Ronaldo est vénéré comme un dieu au Portugal se trompe lourdement. En tant que Portugaise, je suis régulièrement aux premières loges des discussions autour de CR7.
Il souhaite le voir quitter l’équipe nationale, et ce depuis le début. Et pourtant, le peuple l’adulait lorsqu’il faisait surgir des moments de gloire, même si cet amour ne durait jamais bien longtemps.
Moi aussi, Ronaldo m’a d’abord laissée perplexe. Lorsque je l’ai vu jouer pour la première fois avec l’équipe nationale, son arrogance m’agaçait. Cette énergie, cette faim. Mais plus je vieillissais, plus je le comprenais. J’ai surtout admiré sa volonté indomptable de toujours devenir meilleur.
Lorsqu’on le critiquait avec virulence, cela le poussait à en faire encore davantage et à faire taire tout le monde. Cette force qui lui permettait de toujours se relever et de continuer m’a impressionnée. Mais mon admiration pour son ambition m’oblige-t-elle à approuver tout ce qu’il fait? Non. La manière dont il mène sa vie ne me concerne pas.
Il joue aujourd’hui avec des footballeurs qui ont grandi avec lui comme idole, qui l’ont admiré et vénéré. Cela lui confère une responsabilité – en tant que footballeur, capitaine et modèle pour des millions de personnes. Celui qui exerce une telle influence doit aussi avoir conscience de ce que son propre comportement peut provoquer.
Je n’ai jamais considéré Ronaldo comme un simple impulsif. J’ai toujours pensé que derrière cette énergie explosive se cachaient aussi une certaine intelligence et une capacité de réflexion. Et c’est précisément ce qu’il aurait pu démontrer aujourd’hui en respectant les décisions du sélectionneur Jorge Jesus.
Je comprends que cela fasse mal lorsque, après une carrière au plus haut niveau, on se retrouve soudain sur le banc à regarder les plus jeunes prendre leur envol. Ronaldo a 41 ans. Bien sûr, il n’est plus le même joueur qu’il y a dix ans. Son explosivité n’est plus la même, il manque des occasions qu’il aurait peut-être converties autrefois. Il n’y a aucune honte à cela. C’est le cours de la vie.
Et le cours de la vie implique aussi que nous devons évoluer. Ce qui nous a permis de réussir autrefois ne fonctionne pas nécessairement pour toujours. Arrive un moment où nous devons remettre en question nos anciens mécanismes et apprendre à composer avec un nouveau rôle. C’est précisément à ce stade que se trouve Ronaldo aujourd’hui.
Il aurait pu se mettre en retrait, parce qu’il sait qu’il a prouvé tout ce qu’il avait à prouver. Il aurait compris qu’il était temps de laisser la place à la génération suivante. Mais comment quelqu’un comme Ronaldo gère-t-il cela? Il réagit comme il l’a toujours fait lorsqu’il était hué ou remis en question.
Ronaldo ne serait pas Ronaldo s’il faisait ses adieux à l’équipe nationale avec quelques mots gentils, une cérémonie et un bouquet de fleurs. Ronaldo devait partir avec fracas. C’était prévisible.
Et pourtant, j’aurais souhaité une autre sortie. Cela aurait été l’occasion pour CR7 de faire taire ses détracteurs. Pas avec des buts ou des records. Mais avec cette modestie portugaise: tranquillement installé sur le banc des remplaçants, sûr de lui.
Peut-être aurait-ce justement été la plus grande preuve de sa grandeur.
Adaptation en français: Yoann Graber
