Mbappé prend un gros risque avec ses crampons suisses
L’équipementier suisse On et Kylian Mbappé ont bien caché leur jeu: alors que l’utilisation de crampons prototypes en match par le célèbre attaquant français n’était attendue que dans «quelques semaines», il les a portés dès vendredi en Ligue des nations, lors de la victoire 1-0 des Bleus en Turquie.
Le calendrier a-t-il été précipité après que la marque zurichoise a été pointée du doigt pour ne pas avoir été en mesure de proposer une paire au joueur du Real Madrid pour sa rencontre de Liga contre l’Atlético, sa première suite à l’officialisation du partenariat? Mystère.
Quoi qu’il en soit, «On» ne pouvait pas imaginer pire entrée en matière dans le monde du football: pour son premier match avec ses crampons suisses, Kylian Mbappé s’est blessé vendredi au moment d’inscrire l’unique but de la partie.
Alors que la Fédération française de football (FFF) avait évoqué dans un premier temps une lésion tendineuse du genou, le buteur tricolore souffre d’une hyperextension de la capsule postérieure du genou gauche, a indiqué son club samedi, après des examens complémentaires effectués à Madrid. Il est désormais «out» pour les trois autres matchs du rassemblement de l'équipe de France, dont celui contre la Belgique, lundi à 20h45.
Face à ce forfait, une question se pose inévitablement: existe-t-il un lien entre la blessure de Kylian Mbappé et les crampons On qu’il portait pour la première fois en match?
Podologue du sport au centre médico-sportif MotionLab, au Mont-sur-Lausanne (VD), Arnaud Goutorbe ne peut «l’affirmer à 100%». Il estime toutefois que le prototype a pu jouer un rôle dans l’apparition de la blessure, celui-ci étant directement impliqué dans la séquence critique.
La blessure du joueur en vidéo ⬇️
A cela s’ajoute le fait que la blessure soit survenue relativement tôt dans le match (54e), sur un mouvement qui impose certes «des forces importantes au genou», mais qui est «assez habituel» chez Mbappé.
Arnaud Goutorbe émet par ailleurs des réserves sur les tiges «LightSpray», présentées par la marque On comme «révolutionnaires», «ultra-légères» et «sans coutures». Des tiges censées permettre aux joueurs de ne faire qu’un avec le ballon, au risque de perdre en stabilité et en maintien.
Au-delà de cette blessure vendredi avec les Bleus, le podologue du sport pointe le risque pris par Mbappé en changeant d’équipementier, après 20 ans passés à jouer avec des Nike, dont plusieurs saisons d’affilée avec la gamme «Mercurial Superfly». Un choix potentiellement très intéressant financièrement, mais qui impose certaines contraintes physiques.
«Ses chaussures chez Nike étaient sur mesure. Elles étaient faites à son pied. Son système musculo-ligamentaire était habitué à la rigidité de la plaque, à l’emplacement des crampons ou au mesh (réd: la partie supérieure des chaussures), et donc à la stabilité et au dynamisme des modèles», indique l’expert du pied. Et d'ajouter:
Le spécialiste souligne par ailleurs le besoin d’une période d’adaptation lors d’un changement d’équipementier. «Cela ne se fait pas en un mois.» Or les contraintes liées aux contrats de sponsoring laissent justement peu de temps aux footballeurs professionnels pour prendre de nouveaux repères avec leur nouvel outil de travail.
Le risque pris par Mbappé est d’autant plus important qu’il ne jouait pas vendredi avec des crampons commercialisés. Sa paire était un prototype amené à évoluer. «Celui-ci peut être testé en laboratoire, mais lorsqu’il est utilisé dans des conditions normales, c’est-à-dire sur un terrain de football, de nouvelles variables qui n’étaient pas présentes lors des tests entrent en jeu.»
C’est sur ces variables que l’équipementier zurichois doit désormais se pencher pour peaufiner ses premiers crampons. Et ce, sans pouvoir s’appuyer sur les retours de sa nouvelle star: Kylian Mbappé pourrait être absent des terrains entre dix jours et trois semaines.
