On a testé l'entraînement qui fait suer les champions
C’est la nouvelle tendance chez les athlètes d’endurance: une petite pièce de quelques mètres carrés appelées «hot room» ou «thermo-room» (en bon français «chambre de chaleur»), capable de reproduire des conditions extrêmes, avec des températures élevées et un fort taux d’humidité. Le but: préparer les sportifs de haut niveau aux contraintes qu’ils rencontreront en compétition. «Il n’existe aujourd’hui plus aucun cador des sports d’endurance qui n’ait intégré la thermo-room dans sa préparation», résume Virgile Lecoultre, responsable de la physiologie au MotionLab de Lausanne, où il nous accueille pour une démonstration.
Plutôt qu'une démonstration, c'est une séance d'essai qui nous est proposée dans le centre médico-sportif situé au Mont-sur-Lausanne. Comme Virgile Lecoultre a déjà mis la thermo-room en route, à la manière d’un four que l’on préchauffe avant une cuisson à cœur, on est saisi par une vague de chaleur immédiate dès l’ouverture de la porte.
Virgile Lecoultre a réglé la température sur une sensation de chaleur comprise entre 35 et 37 degrés selon l’indice humidex, un calcul qui combine la température ambiante et le taux d’humidité pour mesurer la chaleur ressentie. Autrement dit, l'entraînement consiste à pédaler dans une atmosphère à la fois chaude et humide! Une combinaison dont les effets ne tardent pas à se lire sur notre visage. Par chance, nous avions négocié une séance limitée à 20 minutes d’effort. C'est moins qu'une préparation «classique» pour les athlètes d’endurance: l’exposition à la chaleur dure généralement entre une heure et une heure trente, en intégrant les premières minutes d’acclimatation passive avant de commencer la séance d'effort.
Parmi les adeptes de la thermo-room figurent notamment les sportifs amenés à changer d’hémisphère en pleine saison: des vététistes suisses qui s’envolent pour la Cape Epic, disputée sous le soleil sud-africain alors que Lausanne se débat avec le stratus, ou encore des triathlètes engagés aux quatre coins du monde.
Avec la hausse des températures, Virgile Lecoultre constate un intérêt croissant pour l’entraînement à la chaleur: «On observe des pics de fréquentation», dit-il.
Mais l’intérêt de la thermo-room ne se limite pas à l’acclimatation aux fortes chaleurs. Bien menée, une séance provoque aussi des adaptations proches de celles recherchées en altitude: en transpirant davantage puis en se réhydratant correctement, l’organisme apprend à mieux retenir l’eau. Le volume sanguin augmente alors, ce qui favorise la production de globules rouges et améliore le transport de l’oxygène vers les muscles. «C’est le deuxième effet kiss cool de la chambre chaude», sourit Virgile Lecoultre.
Les bénéfices de cet entraînement ont de quoi séduire de nombreux sportifs, et les découvertes pourraient encore être nombreuses. La recherche sur les effets de l’exposition à la chaleur n’en est qu’à ses débuts. Dans un récent article de L’Equipe, Franck Brocherie, responsable de la physiologie de l’exercice et environnementale à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), estimait que les bienfaits des thermo-rooms constituaient encore «un champ qui est en termes exploratoires». On n’a pas fini de transpirer au nord de Lausanne.
