J’ai vécu l’un des hymnes les plus impressionnants du foot avec des Suisses
Grand amateur de stades mythiques et de leurs ambiances si spécifiques, Hampden Park et son fameux «Flower of Scotland» ont toujours fait partie de ma liste des moments à vivre une fois dans ma vie. Autant dire que j’ai immédiatement entouré la date du 29 septembre dans mon calendrier lorsque le tirage au sort de la Ligue des nations a placé la Suisse et l’Ecosse dans le même groupe au printemps dernier.
Un déplacement rare
Avoir la chance d’expérimenter l’un des hymnes les plus impressionnants du football européen avec toute une cohorte de supporters helvétiques est quelque chose que je n’aurais raté pour rien au monde. D’autant que l’opportunité ne se représentera pas forcément de sitôt, puisque la dernière visite de la sélection à croix blanche à Glasgow remonte au 1er mars 2006 et un amical remporté 3-1.
En match officiel, il faut même changer de siècle, avec un succès 2-1 de l’Ecosse à Hampden Park le 17 octobre… 1990. Une époque lointaine où le «Flower of Scotland» n’était même pas encore considéré comme l’hymne de la Tartan Army, la Fédération écossaise ne l’ayant officiellement adopté qu’en 1997.
Un hymne officieux
Un peu de contexte s’impose cependant pour mieux comprendre les subtilités de la géopolitique britannique. Pour des raisons historiques qui remontent principalement au simple fait d’avoir créé ou popularisé certains sports, le Royaume-Uni peut aligner des équipes représentant ses différentes nations dans la plupart des disciplines collectives. C’est ainsi que l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord trouvent dans le sport l’une de leurs rares affirmations d’identité nationale à une échelle planétaire.
Si les Nord-Irlandais ont choisi de conserver le «God Save the King», Gallois et Ecossais voient leurs rencontres précédées d’un air qui leur est propre: «Land of my fathers» pour les Dragons et «Flower of Scotland» pour la Tartan Army. Tant l’un que l’autre n’ont pas de statut officiel, mais sont considérés de facto comme les hymnes de ces nations au point d’être parfois utilisés dans des cérémonies officielles, ce qui vous rappellera peut-être le «Cé que Laino», la «Rauracienne» ou encore le «Ranz des vaches». Mais revenons-en à nos moutons (des Highlands).
Un pessimisme marqué en Ecosse
Comme plusieurs centaines d’autres compatriotes (près de 800 selon les chiffres recueillis sur place), j’ai donc pris mes billets pour cette rencontre. Tant à Edimbourg, escale choisie par les supporters suisses revenant de Macédoine du Nord, que dans ce «Cher coin de verdure» (le surnom de la capitale écossaise), les suiveurs helvétiques étaient unanimes sur le fait qu’ils se réjouissaient de découvrir le «Flower of Scotland», que certains avaient néanmoins déjà expérimenté il y a deux ans à Cologne lors de l’Euro 2024.
Arrivés aux abords de Mount Florida, le quartier résidentiel au milieu duquel se dresse Hampden Park, deux éléments imprévus apparaissent toutefois: le stade sera loin d’être plein, une rareté pour l’équipe nationale, et les supporters locaux ne débordent pas d’enthousiasme (c’est un euphémisme) quant aux performances de leurs protégés.
Il faut dire qu’avant le coup d’envoi, la Tartan Army n’avait plus fait tremblé les filets depuis 332 minutes et un difficile succès 1-0 face à Haïti en ouverture de la Coupe du monde 2026, ce qui aurait effectivement de quoi refroidir l’enthousiasme des suiveurs de n’importe quelle formation. Leur soulagement en apprenant que Breel Embolo n’était pas du voyage illustrait à lui seul la différence de statut entre l’équipe de Suisse actuelle et son homologue écossaise.
Un moment de grâce
Arrive enfin le moment tant attendu des hymnes nationaux. Après un «Cantique suisse» joyeusement entonné en version multilingue par le vaste secteur visiteur, les premières notes de cornemuse retentissent dans un stade jusqu’ici plutôt morose. La magie opère alors malgré les nombreux sièges vides. Durant une minute trente (voir la vidéo ci-dessous), 40 000 voix résonnent à l’unisson pour chanter la gloire de Robert 1er d’Ecosse et de son succès face aux troupes anglaises d’Edouard II lors de la Bataille de Bannockburn de 1314.
L'hymne écossais en entier 👇
Des frissons se font ressentir dans le camp suisse, où des regards impressionnés se croisent. L'émotion atteint son paroxysme lorsqu’une seconde strophe est entonnée a cappella, une tradition lancée par la Fédération écossaise de rugby à la fin des années 2000 et reprise par la suite dans les autres sports. Un rugissement plus tard, le football reprend ses droits après une parenthèse enchantée que le virage helvétique ne manque pas d’applaudir.
Pas le match de l'année
Le match en lui-même ne restera pas dans les annales, qui ne retiendront que le fait que la Suisse a su remporter les trois points quand il était attendu d'elle qu’elle le fasse. Les maigres espoirs des locaux ont en effet été douchés après une dizaine de minutes lorsque Jack Hendry a été renvoyé prématurément aux vestiaires pour une faute de dernier recours que l’inusable Ricardo Rodriguez a converti d’un magnifique coup-franc direct. Il était dès lors clair que les hommes de Murat Yakin allaient, sauf improbable surprise, s’imposer. La partie s’est finalement achevée sur un net 0-3 sans jamais s’emballer pour autant, semblant ronronner tout au plus.
L’ambiance s’en est inévitablement ressentie, puisqu’il n’y en a tout simplement pas eu, à la surprise d’une majorité du secteur visiteur, mais aussi d’autres supporters de la Tartan Army croisés après la rencontre, qui se demandaient si Hampden Park n'était pas «devenu une bibliothèque».
L'ambiance «la plus plate depuis longtemps»
Quant à Craig King, un expert écossais du football suisse tenant le compte @FootballSwissEN qui compte près de 13 000 followers sur X, il évoquera «l’ambiance la plus plate depuis longtemps» dans le stade de la capitale, en mentionnant le prix des billets pour l’expliquer et justifier les quelque 10 000 places libres dans l’enceinte.
𝗙𝗧: Scotland 0-3 Switzerland
— Craig King - 𝗙𝗼𝗼𝘁𝗯𝗮𝗹𝗹𝗦𝘄𝗶𝘀𝘀EN (@FootballSwissEN) September 29, 2026
Red card killed any chance of a game but a strong Swiss performance nonetheless.
Flattest atmosphere (and not sold-out) at Hampden in a long time too. High ticket prices will do that. pic.twitter.com/zEkibIT3b2
A défaut d’un grand affrontement de football disputé dans une ambiance d’anthologie durant 90 minutes, ce voyage m’aura au moins permis de vivre durant 90 secondes l’un de ces moments de communion collective qui rendent le sport aussi précieux dans la société. A l’image du «You’ll never walk alone» d’Anfield, à Liverpool, ou de la «Montanara» de l’ancienne Valascia d'Ambri, pour ne citer que ceux-ci, le «Flower of Scotland» valait à lui-seul le déplacement. Et tant pis si le reste n'a pas atteint des sommets.
