DE | FR
Roger Federer est sponsorisé depuis 2018 par Uniqlo. En plus des tenues, il reçoit chaque année 30 millions de dollars.
Roger Federer est sponsorisé depuis 2018 par Uniqlo. En plus des tenues, il reçoit chaque année 30 millions de dollars.Image: keystone

En sponsoring, les inégalités dans le tennis sont vertigineuses

L'Open d'Australie, premier gros tournoi de l'année, est l'occasion de découvrir les nouveaux équipementiers des joueurs. Ces contrats de sponsoring cachent d'énormes différences au sein des pros.
06.05.2022, 17:05
Suivez-moi

Les fans de tennis sont certainement nombreux à avoir gloussé quand ils ont entendu parler du nouveau partenariat de Gaël Monfils. Le Français s'est associé pour cinq ans avec Artengo, marque du magasin Decathlon. Populaire, au sens péjoratif du terme, elle n'est clairement pas la plus glamour dans le milieu de la balle jaune. Mais elle veut soigner son image et a trouvé dans le 21e joueur mondial un ambassadeur de choix.

Comme plusieurs autres tennismen et tenniswomen, il a pu exhiber ses nouvelles raquette et tenue lors de l'Open d'Australie, premier gros tournoi de l'année, où il a d'ailleurs brillé (élimination en quart de finale après un match de titans contre Berrettini).

Monfils pourra encore déballer de nombreux cartons d'habits neufs. Mais tous ses confrères n'ont de loin pas cette chance. Parce que dans le tennis professionnel, les inégalités en matière de sponsoring sont aussi vertigineuses que celles des prize money.

Montagnes de fringues

«Stan sortait des sacs plastiques à peine la moitié des habits qu'il recevait, tellement il y en avait», rembobine Yannick Fattebert, entraîneur de Wawrinka entre 2012 et 2019. En tant que star et vainqueur de trois tournois du Grand Chelem, le Vaudois fait partie de la petite minorité de grands privilégiés, élevés au statut d'égérie par les marques.

Stan Wawrinka et son fameux short à carreaux, avec lequel il a gagné Roland-Garros en 2015.
Stan Wawrinka et son fameux short à carreaux, avec lequel il a gagné Roland-Garros en 2015. Image: keystone

Son sponsor vêtements et raquettes, Yonex, lui envoie ses tenues à la maison, avant chaque tournée: Australie, terre battue, gazon ou encore Etats-Unis. «Pour chaque tournée, il y a deux ou trois modèles d'équipements, avec une variante pour les matchs en night session, et des t-shirts d'entraînement», détaille Yannick Fattebert.

Stan Wawrinka n'a pas vraiment son mot à dire sur le design des tenues, mais Yonex le consulte quand même pour connaître ses préférences. «Il les donnait par rapport à la coupe ou la matière, et Yonex essayait de s'ajuster», explique son ex-coach. Et puis, les vedettes du standing de Wawrinka touchent de l'argent pour exhiber la marque de leur sponsor. Beaucoup d'argent. Roger Federer, par exemple, reçoit 30 millions de dollars par année, sur dix ans, de la part d'Uniqlo.

Johan Nikles, lui, n'empoche pas le moindre centime. Pour des joueurs de la trempe du Genevois, 294e mondial, la situation est totalement différente de celle des stars. «Au début de chaque année, mon équipementier Head m'envoie douze t-shirts de match, douze shorts, douze t-shirts d’entraînement, deux trainings et des chaussettes», liste le tennisman du bout du Léman. Il va récupérer ses paquets dans un magasin spécialisé à Genève qui seront, eux, tous déballés. «J'utilise aussi huit à neuf paires de chaussures par saison, que je peux commander tout au long de l'année.»

Johan Nikles est sponsorisé par Head depuis ses 15 ans, mais il ne touche pas d'argent.
Johan Nikles est sponsorisé par Head depuis ses 15 ans, mais il ne touche pas d'argent.Image: KEYSTONE

Johan Nikles, dont la carrière est financée par un mécène, s'estime chanceux. «Je connais, par exemple, un Serbe classé 170 mondial qui n’est pas sponsorisé», compare-t-il. Le Genevois de 24 ans bénéficie, lui, d'un partenariat avec Head depuis ses 15 ans.

Mauvaise surprise

Tess Sugnaux, 660e joueuse mondiale, a elle aussi été équipée dès l'adolescence. Mais son contrat – avec Erima – est, là encore, bien différent. Elle le doit à un ex-gérant de magasin de sport à Payerne, qui connaissait le représentant de la marque. «Au total, j'ai commandé trois-quatre fois des habits via ce magasin», raconte la Broyarde de 26 ans. «J'en ai bien assez! Ça fait quatre ans que je n'ai plus rien commandé.»

Son deal? «Erima m'offrait 70% du prix des vêtements, et le magasin payernois mettait les 30% restant. Mais depuis que la boutique a fermé, c'est moi qui dois payer ces 30%.»

Dès cette année, Tess Sugnaux ne recevra plus de raquettes gratuitement de la part de Wilson.
Dès cette année, Tess Sugnaux ne recevra plus de raquettes gratuitement de la part de Wilson. image: keystone

La Vaudoise a eu une mauvaise surprise l'été passé. Sponsorisée depuis ses 10 ans par Wilson pour ses raquettes, elle a appris que l'entreprise américaine ne prolongerait pas son contrat. Avec un simple mail du représentant en Suisse de la marque.

«J'ai voulu faire ma commande annuelle de raquettes, sur internet. J'ai reçu une réponse me disant que mon contrat s'arrêterait à la fin 2021. J'étais un peu étonnée, même si je peux comprendre la décision de Wilson. Parce que je suis 600e mondiale à 26 ans et qu'il y a pas mal de jeunes qui poussent derrière»
Tess Sugnaux, 660e au classement mondial

Il y a deux ans, Tess Sugnaux avait déjà vu son nombre de nouvelles raquettes offertes par saison baisser de sept à cinq, en même temps que son classement (elle avait atteint le 413e rang en 2017). Elle devra désormais se les procurer en les achetant elle-même au magasin. Comme une tenniswoman du dimanche. Enfin presque. «Avec un classement WTA, j'aurai droit à un pourcentage de réduction», avoue-t-elle.

Johan Nikles a plus de chance:

«Avant, Head m'offrait six raquettes par an, mais comme je suis monté au classement, c'est passé à huit»
Johan Nikes, 294e joueur mondial

En plus, contrairement à Tess Sugnaux, le Genevois reçoit de son sponsor des outils de travail sur mesure. «Head adapte le poids et l'équilibre de la raquette, mais je ne peux pas choisir le design», explique le Genevois.

Stan Wawrinka et les stars du tennis évoluent, là aussi, dans un autre monde. «Yonex lui offre 40 nouvelles raquettes par année», glisse Yannick Fattebert. Fabriquées, bien évidemment, sur mesure. «Elles sont beaucoup plus lourdes que le modèle qu'on trouve sur le marché», précise le coach valaisan.

Stan Wawrinka avec Yannick Fattebert et son t-shirt d'entraînement personnalisé.
Stan Wawrinka avec Yannick Fattebert et son t-shirt d'entraînement personnalisé. Image: KEYSTONE

En août 2014, quelques mois après son premier titre du Grand Chelem à Melbourne, Wawrinka avait prolongé son contrat avec Yonex pour quatre ans. Le montant? Un peu plus de 18 millions de francs suisses. En comparaison, Johan Nikles, lui aussi tennisman professionnel, n'a encaissé que 95 000 francs suisses durant toute sa carrière en tournois.

Les 23 panneaux les plus drôles jamais créés

1 / 26
Les 23 panneaux les plus drôles jamais créés
partager sur Facebookpartager sur Twitterpartager par WhatsApp

Marcos Baghdatis, le joueur qui a affronté Federer en finale

0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Hinault: «Les Français feraient mieux d'aller s'entraîner»
Au micro de la RTS, le légendaire cycliste tricolore parle de cette nouvelle génération dorée et d'un cyclisme à nouveau spectaculaire. Surtout, il dézingue un manque d'implication en France et un cruel manque d'ambition.

Invité lors de l'Etape Gourmande du Tour de Romandie vendredi dernier à Montreux, Bernard Hinault a fait un petit crochet en Valais, chez son pote Gaby Micheloud, ancien chef de l'Office Jeunesse et Sport auprès de l'Etat du Valais. L'émission «Sport Première» de la RTS a profité de lui tendre le micro, et lui de répondre à «bâtons rompus».

L’article