«Ce n'est pas juste»: la polémique enfle à l'US Open
«La ville qui ne dort jamais en fait peut-être un peu trop cette année», résumait avec justesse l’agence de presse AP. À l’US Open, à New York, la programmation de matchs à des heures extrêmement tardives suscite une polémique grandissante, certaines rencontres se transformant régulièrement en véritables marathons nocturnes. Rien que durant la première semaine du tournoi, trois matchs se sont achevés après deux heures du matin — un record.
Le match du premier tour de Venus Williams illustre parfaitement cette tendance. Âgée de 46 ans, l’Américaine est entrée sur le court à 0h13, soit le début de rencontre le plus tardif de l’histoire du tournoi. Le match s’est terminé à 2h01.«Ce n’est pas idéal. J’aurais préféré que les choses se passent autrement», a reconnu Williams après la rencontre.
Des légendes du tennis comme Martina Navratilova et Boris Becker réclament elles aussi une remise à plat du système. Les organisateurs, eux, continuent de défendre leur formule. Au Arthur Ashe Stadium, la session du soir débute à 19 heures, heure locale. Deux rencontres s’enchaînent, généralement un match féminin puis un match masculin. Même principe au Louis Armstrong Stadium, la deuxième plus grande enceinte du tournoi.
Sur Sky Sports, Navratilova a proposé de remplacer les deux simples par un simple et un double. Mais même cette solution n’a pas suffi à régler le problème: après un double de trois heures disputé par les sœurs Serena et Venus Williams, le match de la star américaine Ben Shelton ne s’est achevé qu’à 2h07 du matin.
Les organisateurs n’ont toutefois guère intérêt à réduire le nombre de matchs ou à avancer le début de la session du soir. Le système leur permet en effet de vendre, chaque jour, une deuxième série de billets pour les mêmes enceintes. Et la formule est extrêmement lucrative: les recettes de billetterie ont récemment atteint 208 millions de dollars, soit environ un tiers des revenus annuels de la Fédération américaine de tennis, organisatrice du tournoi.
Des joueurs comme Alexander Zverev ont ainsi dû évoluer à plusieurs reprises bien au-delà de minuit. Selon eux, il leur arrive ensuite de ne pas pouvoir trouver le sommeil avant cinq ou six heures du matin. «Cela dérègle complètement le rythme», a expliqué Michael Kohlmann, sélectionneur de l’équipe masculine allemande.
Réagissant sur X à une liste de matchs terminés très tard, Navratilova a estimé que «ce n’est pas tenable». Boris Becker lui a répondu:
À cela s’ajoute l’image renvoyée par les tribunes. Le Arthur Ashe Stadium, plus grande enceinte de tennis au monde avec près de 24 000 places, se vide largement après minuit. Après sa victoire au deuxième tour, conclue sur une balle de match à 2h15, Zverev a remercié les spectateurs encore présents, «qui compensent les 15 000 qui sont partis».
Jessica Pegula, numéro trois mondiale, reconnaît quant à elle qu’elle ne regarde même plus ces rencontres à la télévision lorsqu’elles commencent si tard: «À cette heure-là, je dors.»
Les organisateurs refusent cependant d’avancer le début des rencontres. Eric Butorac, directeur du tournoi depuis à peine dix mois, a invoqué sur ESPN les contraintes propres à New York. Les spectateurs doivent notamment rejoindre le Queens depuis Manhattan en pleine heure de pointe. «À New York, il serait difficile de commencer avant 19 heures. De notre point de vue, c’est donc l’horaire approprié», a-t-il expliqué.
Le modèle adopté à Roland-Garros, avec un seul match programmé en soirée, n’est pas davantage envisagé à New York. À Paris, cette formule provoque chaque année un débat sur l’égalité entre les sexes, puisque les sessions nocturnes sont presque exclusivement réservées aux matchs masculins. La directrice du tournoi, Amélie Mauresmo, fait notamment valoir que les rencontres féminines, disputées au meilleur des trois sets, peuvent se terminer trop rapidement.
À New York, aucune solution susceptible de satisfaire tout le monde ne semble donc se dessiner à court terme. D’autant que le débat dure déjà depuis plusieurs années. Coco Gauff, vainqueure de l’US Open en 2023, déclarait déjà il y a deux ans:
Novak Djokovic, recordman des titres du Grand Chelem, avait un jour résumé la situation en quelques mots: «Les organisateurs des tournois cherchent tout simplement à générer davantage de profits et de revenus.»
(jcz/t-online)
