La Super League n'a commencé que depuis une journée et elle tient déjà son premier scandale. Dimanche après la victoire de son équipe à Lucerne (2-1), l'attaquant du Servette FC Dereck Kutesa a reçu sur Instagram un message raciste, qu'il a ensuite partagé dans ses stories: une photo d'une banane, avec la légende «Ta nourriture préférée».
Les deux clubs ont condamné cet acte et le FC Lucerne a «annoncé vouloir identifier cette personne et l'interdire de stade», informe Blick.
Ce n'est malheureusement pas la première fois que le racisme frappe la première division suisse de football. La preuve avec la liste d'exemples – non exhaustive – ci-dessous.
Le derby Lausanne-Sport - Servette du 17 septembre 2001 a marqué les esprits pour un événement qui a eu lieu dans le tunnel des vestiaires, à la mi-temps. Attaqué par une insulte raciste du défenseur servettien Sébastien Fournier, l'attaquant lausannois Pape Thiaw envoie un coup de poing dans le visage du Genevois et lui casse le nez.
«Sébastien Fournier m'a même dit: "Sale Noir, tu ne seras jamais un grand joueur"», avait expliqué Pape Thiaw (suspendu pour 12 matchs), comme le relate le média AllAfrica. L'affaire s'était arrangée quelques jours plus tard, les deux joueurs prenant un repas ensemble et se demandant pardon réciproquement.
L'aventure de Mounir Soufiani à Neuchâtel Xamax a pris fin prématurément en septembre 2005. Devenu le bouc émissaire d'une partie du public des «rouge et noir», qui le sifflait dès qu'il avait le ballon, le défenseur Franco-Marocain avait craqué lors d'un match à domicile en adressant à ses propres fans un doigt d'honneur.
Quelques jours plus tard, le club neuchâtelois licenciait son joueur, estimant que le conflit entre ce dernier et les fans ne pouvait plus durer. De son côté, Soufiani a expliqué qu'il avait fait ce geste peu élégant après avoir entendu des propos racistes à son encontre.
Depuis quelques années, les ultras des équipes visiteuses ont pris l'habitude de faire des cortèges en ville pour se rendre au stade. Et parfois, ça dégénère. Comme ce 15 février 2015 dans les rues de Saint-Gall, où des supporters lucernois ont déguisé l'un des leurs, en tête de file, en juif orthodoxe. Avec une écharpe de leur adversaire du jour autour du cou.
«L’enquête révélera que dans le cortège, certains ont scandé le slogan "Und sie werden fallen, die Juden von Sankt-Gallen!" (en français: "Et ils tomberont, les Juifs de Saint-Gall")», fait savoir l'historien spécialisé en football Thomas Busset, dans un article scientifique. De son côté, lematin.ch expliquait que ce n'était pas la première fois que les fans du FC Lucerne adoptaient un comportement antisémite:
Esseulés sur le terrain et avec le kop adverse derrière eux, les gardiens sont particulièrement exposés aux attaques des supporters. Timothy Fayulu en a fait l'amère expérience en août 2021 lors d'un match à Saint-Gall. Après la partie, alors qu'il venait rechercher un objet dans son goal, le portier du FC Sion a été victime d'insultes racistes de la part de supporters saint-gallois.
«J'ai un peu taquiné les supporters de Saint-Gall en faisant semblant avec mes mains de ne pas les entendre», rembobinait-il dans Blick.
Très touché, le jeune portier valaisan a fondu en larmes sur la pelouse et a notamment été consolé par son président, Christian Constantin.
L’affaire a été classée sans suite par la Swiss Football League, qui n'a pas pu faire la lumière sur cette scène.
C'est encore un gardien qui est la dernière victime de cette triste liste, mais cette fois – comme Dereck Kutesa –sur les réseaux sociaux et non directement dans un stade. Il s'agit de Mory Diaw, l'ex-dernier rempart du Lausanne-Sport. Le Sénégalais a même été deux semaines de suite, fin 2021, la cible de la bêtise d'internautes.
La première fois a eu lieu après un match face au FC Saint-Gall, quand Diaw a reçu le message «Scheiss Negger» («nègre de merde») sur Instagram. Son auteur, un gamin de 13 ans, avait été identifié et puni d'une amende plus une interdiction de stade.
Quelques jours plus tard, c'est un «supporter» du FC Bâle qui insultait, également via message Instagram, le gardien lausannois après le match en lui envoyant des emojis de singe et des doigts d'honneur.
Dans les deux cas, Mory Diaw avait repartagé les captures d'écran de ces messages en interpellant notamment la Swiss Football League.