Sport
Football

Vladimir Petkovic, sa lettre ouverte est celle d'un grand incompris

Vladimir Petkovic, sa lettre ouverte est celle d'un grand incompris. watson
Image: Keystone/Shutterstock

La lettre ouverte de Petkovic est celle d'un grand incompris

La missive publiée dans la presse alémanique samedi par le sélectionneur révèle à quel point «Vlado» ne se sent pas écouté, et pire: incompris.
20.06.2021, 14:0521.06.2021, 09:48

C'est le réflexe naturel de tous ceux qui se sentent injustement traités: quand ils estiment que leur voix ne porte plus, ou plus assez distinctement, ils prennent un stylo et couchent sur le papier ce ce qu'ils ont sur le coeur. C'est ce qu'a fait Vladimir Petkovic cette semaine, après l'horrible prestation de ses footballeurs face à l'Italie (défaite 3-0). Comme tous les adeptes de la thérapie par l'écriture, le sélectionneur a rédigé une phrase, puis un paragraphe, sans doute s'est-il senti de mieux en mieux puisque le résultat final a donné, comme souvent dans ce genre de situation, un long texte un peu décousu. Il a été publié samedi dans la Schweiz am Wochenende.

«Lettre au peuple: l'appel de Petkovic»
«Lettre au peuple: l'appel de Petkovic»

Là où d'autres auraient commencé par «cher journal intime», Vladimir Petkovic débute par «chères/chers Suissesses et Suisses». Le message se veut solennel. Le sélectionneur s'adresse à la nation. Il y est question de profonds regrets pour cette «nuit magique» de Rome qui n'est «jamais venue», ces ambitions que lui-même et son équipe n'ont pas su confirmer, ces coeurs froissés par la déception et qu'il faudra regonfler avant le dernier match, dimanche contre la Turquie. Car dimanche est «un nouveau jour», le jour du Seigneur et de la dernière chance, où il s'agira de «mettre sur la pelouse toutes nos valeurs et nos vertus: solidarité, identification, joie et respect.» Quatre principes qui ne veulent pas dire grand-chose surtout quand, comme la Nati depuis le début du tournoi, on ne les applique pas.

Mais le contenu de cet appel au peuple n'est pas le plus important; ce qui compte, pour Vladimir Petkovic, c'est de pouvoir transmettre son message en s'affranchissant des vecteurs habituels (la presse), qu'il juge injustes avec lui. Il l'avait encore redit en mars dernier, après une victoire en amical contre la Finlande.

«Les critiques gratuites, c’est trop facile. Nous n’avons pas gagné un match en 2020, c’est vrai. Mais nous n’avons joué que trois mois au foot en 2020. Et dans ces trois mois, jamais la Suisse n’a disputé autant de rencontres contre des adversaires de si grande qualité (réd: l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique et la Croatie). Eh bien nous avons fait des choses remarquables en restant fidèles à nos principes de jeu, en jouant, en dominant dans plusieurs séquences. La Suisse est suffisamment bonne pour mériter un meilleur traitement.»

Le discours du sélectionneur sert évidemment à protéger les joueurs. Le coach est le premier rempart entre son groupe et les attaques extérieures, et quand il monte publiquement au créneau pour défendre les résultats de son équipe, c'est pour le bien du collectif. Mais il y a autre chose avec Petkovic, quelque chose de plus intime, de plus personnel; sa légitimité a souvent été contestée par une partie de l'opinion publique et il ne l'a jamais supporté.

Le natif de Sarajevo est admiré par certains pour son calme, sa pugnacité et ses résultats. Mais il est aussi contesté par d'autres pour son inexpérience, ses silences et ses racines balkaniques. Ce sont les mêmes qui, lorsque Petkovic fait des efforts de communication, imitent ses intonations slaves avec mépris. «Les gens n’ont pas compris qu’il y avait différentes manières d’aimer la Suisse et de l’incarner», soupirait l'auteur bernois Pedro Lenz en mars 2020 dans Le Matin Dimanche.

Switzerlands national football team head coach Vladimir Petkovic poses during a photocall in the hotel Schweizerhof in Lucerne, Switzerland, pictured on August 29, 2014. (KEYSTONE/Gaetan Bally)

Der S ...
«Vlado» noue souvent une cravate rouge lors des rassemblements de l'équipe de Suisse.Image: KEYSTONE

Vladimir Petkovic souffre d'un rejet particulièrement visible en Suisse alémanique. Il y est à la fois incompris et méconnu. «Ce n’est pas un homme que tu peux bien connaître car il se renferme beaucoup, nous dit Armando Ceroni, commentateur historique de la télévision suisse italienne et proche du technicien. Il a peur et se méfie. Il voit des fantômes partout. Il craint que s’il accorde sa confiance, cela se retourne contre lui. Mais il est très aimable en dehors du foot.»

«Vlado» était déjà contesté avant même le premier match en 2014, pour n'être que le troisième choix (Lucien Favre et Marcel Koller avaient décliné), pour succéder aux très populaires Köbi Kuhn et Ottmar Hitzfeld, et pour percevoir le salaire le plus élevé de l'histoire des sélectionneurs suisses (1,45 million par an). Le public, d'ailleurs, n'avait pas manqué de lui faire un procès en incompétence: 80% des internautes du Matin.ch estimaient que le Tessinois au palmarès trop peu fourni ne méritait pas le poste.

Sept ans après, Vladimir Petkovic possède le meilleur bilan chiffré des sélectionneurs suisses. Il est toujours contesté, et toujours présent. La preuve: il utilise le même stylo (rouge) pour écrire au public et pour prolonger son contrat, désormais valable jusqu’au terme du Mondial 2022 au Qatar.

Der Trainer der Fussballnationalmannschaft Vladimir Petkovic, links, signiert mit Dominique Blanc, Zentralpraesident des Schweizerischen Fussballverbands SFV, seine Vertragsverlaengerung mit dem SFV,  ...
Le sélectionneur et le président de l'ASF, Dominique Blanc, lors de la prolongation de contrat du premier, en février 2020.Image: KEYSTONE
Plus d'articles sur le sport
Mathieu van der Poel s’attaque à l’impossible
Mathieu van der Poel s’attaque à l’impossible
de Romuald Cachod
La séance de récupération improbable de cette star du foot intrigue
La séance de récupération improbable de cette star du foot intrigue
de Yoann Graber
Covid, gangster, USA: les dessous de la nouvelle affaire Embolo
1
Covid, gangster, USA: les dessous de la nouvelle affaire Embolo
de Andreas Maurer
Il y a un hic avec le digne héritier de Granit Xhaka
Il y a un hic avec le digne héritier de Granit Xhaka
de Sebastian Wendel
Romano a quitté la Suisse pour l’Italie, et il pourrait le payer cher
1
Romano a quitté la Suisse pour l’Italie, et il pourrait le payer cher
de Romuald Cachod
Pourquoi Swiss-Ski envoie ses jeunes talents à l'autre bout du monde
Pourquoi Swiss-Ski envoie ses jeunes talents à l'autre bout du monde
de Rainer Sommerhalder
Federer a une idée pour régler les problèmes d'argent de sa Laver Cup
Federer a une idée pour régler les problèmes d'argent de sa Laver Cup
de Simon Häring
Voici les différents scénarios pour la Nati en Ligue des nations
Voici les différents scénarios pour la Nati en Ligue des nations
de Julien Caloz
Le cyclisme prépare un changement qui déplaît
Le cyclisme prépare un changement qui déplaît
de Romuald Cachod
Manzambi fait encore plus fort que Messi et Ronaldo
Manzambi fait encore plus fort que Messi et Ronaldo
de Julien Caloz
Le procès de Granit Xhaka est ouvert
1
Le procès de Granit Xhaka est ouvert
de Margaux Habert, Antoine Menusier
Xhaka ne laisse personne indifférent: ses plus grandes frasques
Xhaka ne laisse personne indifférent: ses plus grandes frasques
de Sebastian Wendel
La Nati n’est plus la même
La Nati n’est plus la même
de Romuald Cachod
On en sait plus sur les chaussures suisses de Kylian Mbappé
On en sait plus sur les chaussures suisses de Kylian Mbappé
de Romuald Cachod
Mbappé obtient de la marque On ce que Federer n’a pas eu
1
Mbappé obtient de la marque On ce que Federer n’a pas eu
de Romuald Cachod
Son invention change la vie des joueurs de tennis en Romandie
Son invention change la vie des joueurs de tennis en Romandie
de Yoann Graber
Boteli bénéficie d'un coup de pouce inattendu avec la Nati
1
Boteli bénéficie d'un coup de pouce inattendu avec la Nati
de Julien Caloz
Le HC Bienne doit gérer un dossier très délicat
Le HC Bienne doit gérer un dossier très délicat
de Klaus Zaugg
Xhaka a-t-il encore un avenir avec la Nati? Débat pour/contre
1
Xhaka a-t-il encore un avenir avec la Nati? Débat pour/contre
de Niklas Helbling
Zinédine Zidane placé sous protection
Zinédine Zidane placé sous protection
de Julien Caloz
Johan Manzambi a donné un indice précieux à Murat Yakin
3
Johan Manzambi a donné un indice précieux à Murat Yakin
de Julien Caloz
La Nati prend une décision inhabituelle pour s'entraîner
La Nati prend une décision inhabituelle pour s'entraîner
de Sebastian Wendel
Lucas ouvre une voie inédite dans le football romand
1
Lucas ouvre une voie inédite dans le football romand
de Yoann Graber
Yakin brise le silence sur Xhaka
A trois jours du début de la Ligue des nations, un seul sujet ou presque agite l’équipe de Suisse: toute la polémique autour de son capitaine Granit Xhaka et de son faux certificat Covid. Le sélectionneur Murat Yakin s’est exprimé pour la première fois à ce sujet.
Lundi, le capitaine de l’équipe de Suisse Granit Xhaka a reconnu avoir acheté un faux certificat Covid et ne s’être jamais fait vacciner contre le coronavirus. «A l’époque, j’étais personnellement très incertain concernant la vaccination contre le Covid-19 et j’avais de grandes inquiétudes», a expliqué Xhaka dans une story Instagram, reconnaissant qu’il avait commis une erreur:
L’article