«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
La scène est extrêmement rare. Antonin Kinsky, le gardien de Tottenham, est remplacé après seulement 17 minutes, dans ce 8e de finale aller de Ligue des champions contre l'Atlético Madrid. Sans être blessé. Uniquement par choix de son entraîneur, Igor Tudor. «Hors blessure, il devient le premier gardien sorti aussi rapidement dans un match de Ligue des champions», souligne La Dépêche.
Il faut dire que le portier des Spurs vient de faire deux grosses boulettes – des relances catastrophiques au pied – qui ont coûté deux goals à Tottenham (mené déjà 3-0 à ce moment du match!). Mais la décision de son coach de le remplacer ainsi – une humiliation devant des milliers de spectateurs et millions de téléspectateurs – fait jaser. «C’est ce qui se fait de pire dans le management humain», assène l'ancien joueur Steve McManaman. «Il a complètement ruiné la carrière de Kinsky», surrenchérit l'ex-gardien mythique Peter Schmeichel.
L'expert genevois des gardiens, Thierry Barnerat, fait aussi partie des nombreuses personnes qui critiquent Igor Tudor dans la gestion de cette situation. Mais c'est plus la décision d'aligner Antonin Kinsky – doublure du titulaire habituel, Guglielmo Vicario (qui a repris sa place lors de cette fameuse 17e minute) – que son remplacement précoce que le Romand déplore.
«Il faut analyser le contexte: Tottenham est en crise en championnat d'Angleterre (16e et en danger de relégation), la pression sur l'équipe est énorme et seule la Ligue des champions peut sauver sa saison. En résumé, l'équipe est tout sauf sereine pour ce match aller contre l'Atlético Madrid», souligne Thierry Barnerat.
L'analyste performance personnel de Thibaut Courtois, le gardien du Real Madrid, enchaîne:
Thierry Barnerat – qui milite pour que le grand public, les fans de foot en général, et même les coachs pros en connaissent davantage sur le poste si spécifique du gardien – en a gros sur la patate:
Le Genevois en est certain: pris par l'enjeu dont il n'a pas l'habitude, Antonin Kinsky s'est mis beaucoup de pression et était ainsi dans un état psychologique instable, «une fébrilité émotionnelle», ce qui explique ses deux grosses erreurs au pied.
«Avec les sorties aériennes, le jeu au pied est l'une des situations de jeu où les gardiens ont le temps de réfléchir, et où il y a donc le facteur émotionnel qui peut intervenir», analyse Thierry Barnerat. Autrement dit: les pensées parasites, comme la peur de mal faire, peuvent survenir. La crispation arrive. Et le risque effectivement de faire une erreur augmente.
Les boulettes d'Antonin Kinsky en vidéo
Contrairement à Igor Tudor, Thierry Barnerat n'aurait donc pas aligné Antonin Kinsky. Et il ne l'aurait pas non plus remplacé après seulement 17 minutes, malgré ses erreurs.
Une «plaie ouverte» et un beau geste
L'expert romand craint désormais qu'Antonin Kinsky ait beaucoup de peine à rebondir après cette forme d'humiliation publique. Et ce même si Tudor a justifié sa décision de le remplacer en expliquant vouloir «préserver» son joueur.
Thierry Barnerat souligne aussi le risque que le regard des coéquipiers, dans le vestiaire, affecte le moral et la confiance du jeune gardien. Même si ceux-ci ont été exemplaires mardi soir, consolant le Tchèque après ses boulettes et au moment de sa sortie. On soulignera aussi le très louable comportement du public de l'Atlético Madrid: il a applaudi Antonin Kinsky – sans doute dévasté – quand ce dernier a été remplacé.
Comme quoi: même des personnes qui ne sont pas censées connaître tous les rouages psychologiques de la performance sportive font parfois preuve de plus d'intelligence émotionnelle qu'un coach pro.
Reste désormais à savoir si Igor Tudor et son staff réussiront à remobiliser le jeune gardien tchèque. Si celui-ci devait devenir le héros d'une qualification improbable mercredi au match retour (défaite 5-2 mardi à l'aller à Madrid), les fans de Tottenham oublieront en tout cas très rapidement ses deux boulettes!
