Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
Nous ne sommes qu’en mars, et Marc Soler, engagé cette semaine sur Paris-Nice, compte déjà une victoire cette saison. Le coureur espagnol s’est en effet imposé le mois dernier sur le Tour de Murcie.
Ce résultat est cependant éclipsé par une affaire datant de 2023, révélée il y a à peine quelques semaines.
A l'époque, son père, Jaume Soler, rencontre un certain Pepe Marti à proximité de la frontière hispano-andorrane. Cet homme controversé a travaillé aux côtés de Lance Armstrong. Il officiait comme entraîneur et soigneur au sein de l'équipe US Postal et fournissait des produits dopants à la formation américaine. Marti purge actuellement une suspension de quinze ans qui l’éloigne du monde du sport.
Jaume Soler et Pepe Marti montent dans une camionnette et sont interceptés par la Guardia Civil. Celle-ci enquête alors sur Marti à la demande de l’Agence antidopage espagnole (CELAD), instance ayant reçu plusieurs plaintes, dont une émanant d’un coureur professionnel, concernant un possible retour de l'entraîneur dans le milieu du cyclisme.
Dans le véhicule, les enquêteurs découvrent du matériel médical, notamment des gants en latex, de l’alcool, un lactatomètre, des dispositifs de saturation en oxygène et des bandes de test. Cycliste amateur, Jaume Soler affirme que cet équipement est destiné à un test de lactate pour son entraînement personnel, bien qu’aucun vêtement de sport n’ait été retrouvé dans la fourgonnette.
Pendant ce temps, Marc Soler, en train de s'entraîner, rôde dans les parages. Selon différents rapports, il aurait effectué des allers-retours à la vue des gendarmes espagnols, qui finissent par laisser Jaume Soler et Pepe Marti reprendre la route.
Cependant, les enquêteurs constatent un peu plus loin que la camionnette s’arrête à hauteur du coureur de la formation UAE Team Emirates. Les trois hommes échangent quelques minutes avant de poursuivre leur chemin. Marc Soler est ensuite arrêté par la Guardia Civil en raison notamment de son comportement suspect. Il explique qu’il avait rendez-vous avec son père pour lui remettre un compteur et reprend son entraînement en direction d'Andorre, où il réside.
Quelques mois plus tard, Jaume et Marc Soler sont entendus séparément dans une caserne de la Guardia Civil. Ils reconnaissent que le père a été entraîné par Pepe Marti, mais précisent qu’il n’est plus en contact avec lui depuis le contrôle des gendarmes.
Père et fils expliquent également s’être retrouvés à proximité de la frontière hispano-andorrane, non plus pour un échange de compteur, mais pour se remettre un sac à dos ainsi qu'un bouchon de bidon d’essence. Les enquêteurs n’avaient pas constaté la présence de ce sac à dos sur place.
Nous savons aujourd’hui, plus de deux ans après les faits, que Jaume Soler a été récemment suspendu par l’Agence antidopage espagnole. Il purge actuellement une peine de 18 mois pour ses liens avec l’entraîneur honni Marti.
Etonnement, aucune décision n’a été rendue concernant Pepe Marti qui, en raison de son passé sulfureux, pourrait encourir une suspension à vie. Certains médias espagnols attribuent cet enlisement à la situation de la CELAD. Soupçonnée d’irrégularités en marge des JO de Paris 2024, l’instance a traversé ces derniers mois une période de forte instabilité.
Marc Soler échappe également à toute sanction. Aucune preuve directe ne démontre qu’il a collaboré avec Pepe Marti. Son image en ressort néanmoins écornée. «Pourquoi diable faire des tests de lactate avec un "médecin" suspendu?», s’est ainsi interrogé le journaliste néerlandais Thijs Zonneveld.
Ces tests sont courants au sein des équipes professionnelles, désireuses de collecter un maximum de données. «Mais les associer à un coach banni soulève des soupçons de pratiques illicites», écrit le site belge Vélonews, qui s’interroge sur l’amélioration de la clairance du lactate, c’est-à-dire la capacité à éliminer ou recycler cette substance produite à l'effort. Le média se demande si cette optimisation ne constitue pas «le nouveau graal» des tricheurs.
L’équipe UAE Team Emirates, qui a prolongé Marc Soler jusqu’en 2027, n’a pas réagi à cette affaire.
