L’avenir de la Coupe Spengler se joue autour de trois contrats
Dans les milieux conservateurs, les critiques à l’encontre de la Coupe Spengler font partie de la tradition des fêtes de fin d'année. On parle volontiers d'un tournoi de vieux briscards, en soulignant le faible niveau sportif. Il est vrai que pour les puristes obsédés par les résultats et la tactique, le spectacle peut sembler décevant. Mais pour tous ceux qui considèrent le hockey comme un jeu, l’événement est un pur régal: même au Championnat du monde, ce sport n'est pas aussi plaisant à suivre.
Ces débats récurrents ont peu d’impact sur le tournoi, contrairement à la question du calendrier, beaucoup plus sérieuse. Après l’édition 2026, le contrat avec la National League – qui garantit une pause du championnat entre Noël et Nouvel An – arrivera à son terme. En contrepartie, le tournoi davosien verse actuellement à chaque équipe de première division non invitée une compensation de 50 000 francs, à laquelle s’ajoute une indemnité pour chaque joueur prêté aux formations participantes.
La majorité des clubs veulent une pause
Il s'agit ici de savoir si la tenue du championnat entre Noël et Nouvel An peut nuire au développement du tournoi centenaire. Le sujet est d’autant plus important que la National League est confrontée à un problème de calendrier, en raison du nombre croissant d’événements supplémentaires, comme la Ligue des champions et les pauses internationales. A cela s’ajoute le fait que les nouvelles enceintes multifonctions des clubs sont de plus en plus sollicitées pour d’autres types d’événements.
Trois à quatre journées de championnat pourraient être organisées pendant la dernière semaine de l'année. Cela faciliterait grandement les choses. Cependant, dans le cadre des discussions déjà engagées sur le nouveau contrat de coopération, l’idée de supprimer la pause entre Noël et Nouvel An semble largement écartée. Une nette majorité des clubs se prononce en faveur du maintien de la réglementation actuelle.
Ce climat sain est la récompense d'une stratégie rondement menée: désormais, un deuxième club de National League peut participer au tournoi, en plus de Davos. La Coupe Spengler importe peu au CP Berne ou aux ZSC Lions, mais pour la plupart des autres équipes, y prendre part constitue une véritable chance. A l’avenir, les discussions sur le calendrier devraient surtout se concentrer sur les pauses internationales de novembre et décembre.
Sur les autres points essentiels, comme le contrat de diffusion avec la télévision publique et les partenariats privés, la Coupe Spengler affiche une stabilité inédite. Les revenus générés par le tournoi – compris entre deux et trois millions de francs – permettent au HC Davos, propriétaire de l'événement, de financer une équipe de très haut niveau, actuelle première de National League.
Bien implanté politiquement dans son canton, le HCD jouit aussi d’une grande liberté d’action et peut s’adapter rapidement, sans lourdeurs administratives, aux exigences du monde actuel. A l’inverse, d’autres événements, comme les Swiss Indoors de Bâle, pâtissent d’une direction rigide. Là-bas, les organisateurs n’ont pas su tirer profit de Roger Federer, qu’ils ont laissé sur la touche.
Les dirigeants de Davos, eux, restent parfaitement réactifs: habitués à gérer le quotidien du championnat, ils sont constamment au contact du hockey national et international. Par ailleurs, la pratique consistant à confier régulièrement des postes de direction à des personnalités issues du club semble porter ses fruits. Le CEO actuel, Marc Gianola, bénéficiait déjà d’une renommée considérable en tant que joueur et capitaine de l’équipe.
Le cas des jeunes joueurs américains
Parmi les adaptations aux tendances internationales, on peut citer la récente invitation adressée à la sélection «All-Star» de la NCAA, l’instance dirigeante du sport universitaire américain. Composée de joueurs âgés de 18 à 24 ans poursuivant parallèlement leurs études, cette équipe illustre un modèle de formation particulièrement efficace. De plus en plus, il apparaît que les Américains ont trouvé une voie royale pour développer leurs jeunes talents, un système qui pourrait inspirer le hockey suisse: créer une ligue de développement dédiée aux jeunes, plutôt que de les faire naviguer sans fin entre les juniors, la Swiss League et la National League.
Le président du HC Davos, Gaudenz Domenig, explique que l’invitation adressée à cette équipe constituait une véritable expérimentation: «Nous voulions vérifier si une telle formation pouvait être compétitive. Les Américains ont dépassé toutes nos attentes». Des discussions sont désormais en cours pour garantir leur participation régulière dans le cadre d’un accord contractuel. Cela contribuerait à renforcer encore la visibilité du tournoi en Amérique du Nord.
Que les Américains tiennent la comparaison et se retrouvent en finale après leur victoire contre Prague n’a rien d’étonnant: en 1980, une sélection NCAA avait remporté le tournoi olympique de Lake Placid face aux puissants Soviétiques. A ce jour, il s’agit de la plus grande sensation de l’histoire du hockey.
Cependant, depuis quelques années, le Team Canada peine de plus en plus à aligner une formation véritablement compétitive, notamment en raison de la diminution du nombre de joueurs canadiens dominants en National League.
Malgré cela, l’envie de prolonger la collaboration demeure intact. «Il existe une volonté fondamentale de poursuivre ce partenariat», assure Marc Gianola. «Les premières discussions auront lieu durant la pause olympique, lorsque les responsables de Hockey Canada seront en Europe pour les Jeux». Le dossier est également jugé prioritaire côté canadien, au point que les plus hauts dirigeants de la fédération devraient prendre part aux négociations.
