Sport
Tennis

Djokovic est devenu populaire. Pourquoi aime-t-on autant les perdants?

djokovic us open amour public
Le numéro un mondial a reçu beaucoup d'amour des tribunes de l'US Open, malgré sa défaite, dimanche en finale contre Medvedev. Image: Keystone

Pourquoi aime-t-on autant les perdants?

Le public n'a jamais trouvé Novak Djokovic aussi génial que depuis sa défaite en finale de l'US Open. Avant lui, des champions battus comme Martina Hingis (en 1999) ou Raymond Poulidor (toute sa carrière) ont fait chavirer les foules. C'est bien simple: on dirait qu'on adore les losers.
14.09.2021, 06:4017.09.2021, 17:18

Fabien Ohl, vous êtes sociologue du sport à l’Université de Lausanne. Dites-nous: pourquoi aime-t-on autant les perdants?
Je vous rassure: on aime aussi les gagnants! Mais ce qui nous fascine dans le sport, ce sont les récits: les difficultés à surmonter les épreuves et les échecs, à envisager les réussites, à rebondir.

La vie, en quelque sorte.
Exactement. Le sport est une narration de nos propres vies. Or, nos parcours ne sont pas toujours simples. On doit trouver des stratégies pour faire face à l'adversité, relever des défis qui ne sont pas gagnés d'avance. Tout ceci, on le projette sur les trajectoires des athlètes.

Si le public s'identifie autant aux failles des athlètes, comment expliquer qu'il admire des champions hyper dominateurs dont il n'arrivera jamais à reproduire le geste?
Parce que les narrations sont très diverses et parfois contradictoires. On peut apprécier un athlète pour ses qualités sportives, mais sa popularité dépendra aussi de ce qu'il représente pour nous. Or, les parcours ardus, les trajectoires sinueuses fascinent davantage que les progressions linéaires faites par des sportifs dont on dit qu'ils sont des «machines».

Ce côté mécanique dans la performance, c'est le reproche que le public a souvent fait au numéro un mondial actuel.
Oui, c'est pour cela qu'il trouve Djokovic plus humain et sympathique après sa défaite. Car elle nous ramène à nous, et permet des identifications plus faciles.

Les perdants ont leur compte Twitter, leur série télé et leur bouquin

Sur tous les supports, des amoureux du sport rendent hommage aux losers, ces héros malheureux dont la défaite avec panache vaut parfois plus qu'une victoire sans éclat. Le compte Twitter de l'autoproclamée «Fédération française de la lose» (238 000 abonnés quand même) les recense chaque jour avec une ironie mordante. Récemment, une série Netflix de 8 épisodes (intitulée «Losers») a aussi témoigné de son attachement aux perdants magnifiques, alors que le journaliste Laurent-David Samama leur a consacré un livre: «Éloge de la défaite».

La popularité dont jouit Djokovic sera-t-elle durable?
Je pense que oui. Parce qu'il s'est très bien comporté dans la défaite, en étant respectueux de son adversaire et fair-play. Il a montré à la fois son humanité et sa fragilité. Je pense qu'on l'appréciera aussi parce qu'il devra surmonter de nouvelles épreuves, et parce que sa fin de carrière coïncidera avec celle du trio qu'il composait avec Federer et Nadal. Il incarnera la fin d'une époque.

C'est terrible pour lui, non? On lui a dit pendant des années qu'il devait se battre pour devenir le meilleur, et ce n'est qu'en perdant qu'il devient soudain plébiscité.
Certes, mais il n'y a pas de lien direct entre le fait d'être le meilleur et celui d'être aimé. Le public, bien sûr, aime les gagnants, mais il aime aussi la manière de triompher, le chemin qui mène au succès.

Fabien Ohl
Fabien Ohl

Avec le temps et la progression de ses adversaires, «Djoko» peut se glisser dans la peau de l'outsider. C'est le genre de personnage dont le public raffole, non?
Tout à fait. Parce qu'on est plus souvent outsider que leader. Le leader, il n'y en a par définition qu'un seul; tous les autres essaient de faire des exploits, de progresser. Ça ressemble quand même un peu plus à nos vies ordinaires.

Perdre en finale d'un Majeur, à un match d'un double exploit (Grand Chelem calendaire et 21e titre), était-ce le seul moyen pour Novak Djokovic d'être aimé?
Il fallait sans doute ce type d'évènement pour que les Suisses trouvent plus de proximité avec le personnage. On l'admirait pour ses qualités de joueur, mais il y avait de la retenue, peu de passion et d'affection.

Sans rancune 😘

Plus d'articles sur le sport
Servette-Lausanne a fait l'objet d'une expérimentation croustillante
Servette-Lausanne a fait l'objet d'une expérimentation croustillante
de Jakob Weber
Un grand événement ski débarque dans le Jura
Un grand événement ski débarque dans le Jura
de Romuald Cachod
Ces femmes bannies ont un plan pour participer aux JO d'hiver
Ces femmes bannies ont un plan pour participer aux JO d'hiver
de Romuald Cachod
Sinner battu par un amateur à l'Open d'Australie
Sinner battu par un amateur à l'Open d'Australie
de Yoann Graber
Après son trash-talking, Simeone n'aurait pas dû s'excuser envers Vinicius
Après son trash-talking, Simeone n'aurait pas dû s'excuser envers Vinicius
de Yoann Graber
Voici comment les JO 2038 peuvent encore échapper à la Suisse
2
Voici comment les JO 2038 peuvent encore échapper à la Suisse
de Rainer Sommerhalder
Voici les 10 personnes les plus puissantes du sport suisse
Voici les 10 personnes les plus puissantes du sport suisse
de Klaus Zaugg
Ce skieur japonais a volé la vedette aux Suisses
Ce skieur japonais a volé la vedette aux Suisses
de Romuald Cachod
Servette et le LS ont pris une décision historique
Servette et le LS ont pris une décision historique
Il est champion suisse et raconte sa vie de galérien du ski
Il est champion suisse et raconte sa vie de galérien du ski
de Claudio Zanini
Une infime erreur de pilotage a bousillé la santé de ce Suisse
Une infime erreur de pilotage a bousillé la santé de ce Suisse
de Jasmin Steiger
Le coach de Marco Odermatt révèle le secret de son poulain
Le coach de Marco Odermatt révèle le secret de son poulain
de Martin Probst
«Un geste laid»: Mbappé crée la polémique
«Un geste laid»: Mbappé crée la polémique
de Yoann Graber
Cette astuce pourrait éviter de graves blessures en ski
Cette astuce pourrait éviter de graves blessures en ski
de Julien Caloz
La Nati n’a quasi aucune chance de médaille aux JO
La Nati n’a quasi aucune chance de médaille aux JO
de Adrian Bürgler
Les Swiss Sports Awards sont désormais un casse-tête à organiser
Les Swiss Sports Awards sont désormais un casse-tête à organiser
de Simon Häring
Echange au LHC: des fans inconditionnels réagissent
Echange au LHC: des fans inconditionnels réagissent
de Julien Caloz
Cette équipe suisse de vélo fait un pari audacieux
Cette équipe suisse de vélo fait un pari audacieux
de Julien Caloz
Ce tournoi atypique peut offrir aux Suisses un sacre et beaucoup d'argent
Ce tournoi atypique peut offrir aux Suisses un sacre et beaucoup d'argent
de Yoann Graber
Lausanne et Berne négocient un échange spectaculaire
Lausanne et Berne négocient un échange spectaculaire
de Klaus Zaugg
Le hockey va basculer dans une autre dimension
Le hockey va basculer dans une autre dimension
de Julien Caloz
Cette Suissesse peut marquer l'histoire aux JO
Cette Suissesse peut marquer l'histoire aux JO
de daniel good
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Servette-Lausanne a fait l'objet d'une expérimentation croustillante
Lors du derby lémanique de Super League mercredi, les discussions de l'arbitre Sandro Schärer avec les joueurs et la VAR ont été enregistrées. Et il y a des interactions surprenantes.
«Pas de discussion, simulation évidente. Allez, partez, j’explique au capitaine. Tu es le capitaine? Non, alors va-t’en! On n’est pas en 5ᵉ ligue ici, on joue au football professionnel. Rends ton coéquipier responsable, pas moi.» C’est avec ces mots secs que Sandro Schärer s’adresse aux joueurs de Servette venus protester, mercredi soir contre Lausanne.
L’article