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Les meilleur(e)s ne veulent plus jouer au tennis dans ces conditions

Peu d’argent, peu de points, aucune distraction: les stars snobent le tournoi de Miami, et ce n'est pas fini.
24.03.2021, 18:2325.03.2021, 15:33

Personne ne s'est risqué à des lamentations obscènes sur sa rémunération ou son plateau-repas. Assez sagement, ils ont déclaré forfait pour des raisons familiales (Djokovic), personnelles (Kyrgios) et médicales (Nadal, Federer, Williams). Ou parfois sans raison (Thiem).

La réalité est bien plus subtile, comme nous le glisse un agent et organisateur de tournoi:

«Les forfaits à Miami sont révélateurs d'un non-dit. Les meilleurs n’ont plus envie de jouer dans ces conditions, pour si peu de bénéfices et de plaisir»
«Si la situation devait durer un an de plus, la moitié des tournois fermerait boutique»

Il n'y a pas d'argent 💵

A Miami, les vainqueurs homme et femme recevront chacun 300 000 dollars, dont 39% seront prélevés à la source. Il y a deux ans, Roger Federer était reparti avec un chèque de 1,35 million de dollars (avant impôts).

Quelques autres exemples récents:

  • A Marseille, Daniil Medvedev a touché 27 615 euros pour sa victoire finale, quatre fois moins que son prédécesseur.
  • A Dubaï, la dotation au vainqueur est passée de 565 705 à 149 490 dollars. Si le nom dudit vainqueur ne vous est pas familier (Aslan Karatsev), ce n'est pas un hasard...
  • A l'Open d'Australie, le sacre de Novak Djokovic lui a rapporté 2 millions de francs, un de moins qu'en 2020.
Pour le vainqueur de l'Open d'Australie, il y avait également une coupe, une casquette et un sac de sport.
Pour le vainqueur de l'Open d'Australie, il y avait également une coupe, une casquette et un sac de sport.Image: AP GETTY IMAGES POOL

Elina Svitolina, 20 millions de gains en carrière, a reconnu les faits avec une sincérité confondante:

«Pendant toutes ces années, nous avons été gâtées. Ce n'est vraiment pas facile de s'adapter. Quand on est fatiguées, on aurait tendance à zapper les tournois»

Chez les hommes, la vérité est sortie de la bouche d'un gredin de 21 ans, Denis Shapovalov, symbole d'une génération qui manifeste un rapport décomplexé à l'argent:

«Je suis persuadé qu’il y aura beaucoup de forfaits parce que le prize money est trop faible. Ce n’est pas motivant, pas assez pour jouer toutes les semaines»
Denis Shapovalov, la réalité en face.

Denis Shapovalov enjoint l'ATP «à trouver rapidement une solution». Mais à moins de résoudre à elle seule la question du péril sanitaire mondial, l'institution faîtière ne pourra rien y changer: sans public, les tournois perdent 45% de leurs revenus (billetterie, hospitalité, produits dérivés), auxquels il faut ajouter une ristourne aux sponsors et aux télévisions.

Shapovalov est bien présent à Miami mais il l'avoue encore: le but du jeu est moins d'honorer une réputation flatteuse que des engagements contractuels. «Sans la pression de mes sponsors, je ne jouerai plus. Et j’ai l’impression que de nombreux gars feraient pareil», a-t-il cafeté.

Il n'y a pas de points 🧮

Une certaine classe prolétarienne a encore remarqué qu'elle ne gagnait rien à travailler plus. Présenté comme une aide d'urgence, le nouveau classement ATP (attribution des points sur une période plus étirée) favorise les rentes de situation.

«J'ai joué une finale de Grand Chelem, la finale du Masters, j'ai gagné deux tournois. Federer n'a pas joué pendant une année entière et il est devant moi au classement»
Alexander Zverev
Alexander Zverev félicite l'ATP.

En juillet 2020, face aux risques d'annulation et de fermeture des frontières, l'ATP a instauré un mode de calcul basé sur 22 mois au lieu de 52 semaines. Ce système (a priori équitable) présente l'inconvénient de récompenser grassement les activités de la période pré-Covid, en particulier les dominations du deuxième trimestre 2019.

De son côté, même en roulant les œufs dans les prairies de Lenzerheide (GR), Roger Federer est assuré de préserver son capital (6630 points) au moins jusqu'en mai. Pourquoi irait-il rouler sa bosse à Miami?

Il n'y a pas de distraction 🥳

Par dessus tout, de nombreux joueurs ne veulent plus de cette vie de forçats, incarcérés dans des chambres d'hôtel qu'ils ne peuvent quitter que sous escorte atrabilaire, pour quelques pas dans un court grillagé, avec des journées qui se réduisent à l'attente jubilatoire d'un plateau-repas déposé devant la porte. «A Melbourne, des agents de sécurité faisaient des rondes dans les couloirs, témoigne une joueuse dans The Athletic. Ces bulles sanitaires, avec des quarantaines à l'aller et au retour, sont devenues inhumaines».

Comprenez-vous que les joueurs de tennis en aient marre?
«J'arrive, je prends un peu d'argent et je pars au tournoi suivant. Je fais mon boulot»
Benoît Paire
Benoît Paire au boulot.

Et pourtant, certains n'arrêtent pas de jouer...

Trois membres du top dix ne ratent pas une occasion de se distinguer, et en tirent des avantages substantiels: Daniil Medvedev est désormais No 2 à l'ATP, Alexander Zverev va devancer Roger Federer dans moins de dix jours, et Andrey Rublev a remporté quatre tournois ATP 500 depuis la reprise de septembre.

«Culturellement, les joueurs russes prennent l'argent quand il est là. Difficile de leur donner tort»
Un agent

Plus tard, sinon bientôt, la réalité du terrain rappellera également les sédentaires à la question cruciale, non moins pénible, de la forme physique et des réflexes techniques. Ceux qui ont choisi le home office seront-ils encore dans le coup?

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