Cette décision énerve le basket suisse: «On est les dindons de la farce»
L'équipe de Suisse de basket affrontera la Bosnie-Herzégovine vendredi et lundi sans son sélectionneur. Ilias Papatheodorou n'est pourtant ni malade ni suspendu: il n'a tout simplement pas été autorisé par son club grec de Maroussi à s'absenter pour diriger la sélection suisse lors de ces deux rencontres qualificatives pour la Coupe du monde 2027. Un coup dur pour la Nati de basket et son Secrétaire général, Daniel Goethals, déçu et fâché. Il nous livre ses sentiments.
Daniel Goethals, on imagine que c'est un peu embêtant pour une sélection de ne pas avoir d'entraîneur.
Oui. L'absence d'Ilias Papatheodorou est embêtante et pénalisante pour nous. On sait qu'il aurait aimé venir, mais que son club s'y est opposé. J'ai donc écrit à Maroussi, qui avait l'air de penser que leur équipe était plus importante que la sélection suisse, pour leur dire qu'Ilias avait une mission avec nous et qu'il devait respecter son mandat.
Ce n'est pas la première fois qu'une telle situation se produit en équipe de Suisse.
C'est vrai. A ma connaissance, il n'existe aucune règle au sein de la FIBA (réd: la Fédération internationale de basketball) permettant de sanctionner un club qui refuse de libérer son entraîneur pour une équipe nationale.
Quelles solutions a donc la Fédération suisse dans ce genre de cas?
On en a deux. La première, c'est d'accepter la situation tout en manifestant notre désaccord. La seconde, c'est d'envisager de terminer la collaboration avec un entraîneur qui a manqué un rendez-vous avec la sélection, mais ce n'est pas du tout la position de la Fédération suisse aujourd'hui. On sait très bien que ce forfait n'a pas été décidé par Ilias.
Ce que vous n'acceptez pas, c'est d'avoir été mis devant le fait accompli.
Exactement. L'attitude de Maroussi est très dommageable. Si le club nous avait contactés plus tôt en nous expliquant qu'il était dans une situation sportive compliquée et en nous demandant qu'Ilias ne soit pas là pendant les dix jours du rassemblement, mais tout de même présent pour nos deux matchs, nous aurions certainement trouvé des solutions. Or, là, nous sommes mis devant le fait accompli.
Pour éviter que cela se reproduise, vous pourriez engager un coach à temps plein. Celui-ci travaillerait pour les équipes de jeunes toute l'année et comme il serait employé par la Fédération suisse, il serait libéré pour les rassemblements de l'équipe première.
C'est une solution, mais elle n'est absolument pas en adéquation avec le haut niveau. Le coaching, ce sont des réflexes qui s'entretiennent jour après jour, semaine après semaine. Ce n'est pas comme en football.
C'est-à-dire?
En football, vous avez le temps et les moyens d'analyser, puisque vous avez un paquet d'assistants dans le staff.
Opter pour une solution avec un entraineur qui n'est pas actif dans des rencontres de niveau professionnel, ce n'est pas quelque chose de viable. Ce n'est en tout cas pas ma façon de voir les choses.
Que pouvez-vous faire concrètement pour vous assurer qu'une telle situation ne se reproduise pas?
Nous pourrions engager un sélectionneur qui travaille dans un championnat où il y a la possibilité d'avoir un petit peu plus d'échanges qu'avec Maroussi. D'après mon expérience en Grèce, les règles ne sont pas toujours respectées par les clubs. J'y ai joué pendant deux ans, je sais donc de quoi je parle. Il suffit de lire les médias locaux: il y a rarement un jour sans mentionner un problème dans le championnat, que ce soit avec les coachs, les joueurs, les dirigeants ou la presse.
Dans un communiqué annonçant l'absence du sélectionneur, vous dites que ce dernier est «pleinement impliqué dans la préparation et le suivi de l’équipe». De quelle manière?
Dans notre malheur, il y a tout de même un point positif: Maroussi a accepté de relâcher l'assistant d'Ilias, qui est aussi son assistant en équipe nationale.
Nous pourrons donc compter sur Dimitris Menoudakos, qui est le relais parfait d'Ilias et qui est en contact permanent avec lui. Il sera accompagné de Patrick Pembele, qui occupera la fonction de premier assistant, ainsi que de Hervé Coudray, Responsable technique de Swiss Basketball, qui intégrera le staff en qualité de deuxième assistant pour cette période.
Selon vous, quel sera l'impact de cette situation sur le parquet? L'équipe de Suisse dispute tout de même deux matchs cruciaux.
J'aime penser que parfois, et même souvent, quand des joueurs se sentent victimes d'une injustice, ils ont la capacité de se battre pour la révéler. Je pense aussi que notre habituel sélectionneur assistant sera grandement motivé à l'idée de prendre le relais et de faire le boulot pour Ilias.
