Voici combien rapportent ces «pauses fraîcheur»
Vous regardez tranquillement un match de Coupe du monde. Tout se passe bien. Puis, vers la 22e minute, l'arbitre interrompt soudainement la rencontre. Les joueurs boivent quelques gorgées d'eau, les entraîneurs expliquent deux-trois consignes... et à la télé, les pubs débarquent.
Ces nouvelles «pauses fraîcheur» ont été instaurées pour protéger les joueurs des fortes chaleurs nord-américaines, dixit la Fifa. Sauf que beaucoup la soupçonnent d'avoir découvert un moyen de transformer 90 minutes de football en un produit encore un peu plus rentable.
Car derrière ces arrêts de jeu présentés comme une mesure de santé publique se cachent des chiffres qui donnent presque plus le tournis que la chaleur moite de Miami.
Une première en 96 ans de Coupe du monde
Le football est un sport un peu particulier dans le paysage audiovisuel mondial. Contrairement au basket, au football américain ou au baseball, il se joue traditionnellement sans interruption commerciale en cours de période. Deux mi-temps de 45 minutes, un flux continu, et basta. C'était vrai depuis... toujours. Ou presque.
Pour la première fois dans l'histoire de la Coupe du monde, la Fifa a rendu obligatoires des pauses de trois minutes au milieu de chaque mi-temps. Elles interviennent autour des 22e et 67e minutes, quel que soit le stade, la météo ou la température extérieure.
Jusqu'ici, les pauses hydratation existaient déjà, mais seulement dans certaines conditions particulièrement extrêmes. Elles avaient notamment fait leur apparition lors du Mondial 2014 au Brésil lorsque le thermomètre dépassait les 32 degrés. Aujourd'hui, elles sont systématiques. Même lorsqu'il fait une température acceptable. Même lorsque le toit du stade est fermé. Même lorsque l'enceinte est climatisée.
Lors du match d'ouverture des Etats-Unis à Los Angeles, la température n'atteignait par exemple qu'environ… 22 degrés au moment de la première interruption, relevait le Wall Street Journal. De quoi faire tiquer plusieurs entraîneurs.
Même son de cloche du côté de Didier Deschamps, qui regrettait avant le tournoi que «ces trois minutes interrompent tout».
Plus de 10 heures de publicité supplémentaires
C'est là que l'histoire devient vraiment intéressante. Une pause dure trois minutes. Deux pauses par match représentent donc six minutes supplémentaires. Sur les 104 rencontres de cette Coupe du monde à 48 équipes, cela représente 624 minutes de temps d'antenne inédit.
Soit plus de 10 heures d’espaces publicitaires créés à partir de rien. Vu comme ça, la notion de «pause fraîcheur» prend soudainement une saveur un peu différente.
Aux Etats-Unis, la chaîne Fox, qui détient les droits anglophones du tournoi, ne s'est d'ailleurs pas contentée d'afficher quelques logos. La pause elle-même est sponsorisée, puisqu’il s’agit de la «Powerade hydration break», soit la pause sponsorisée par Powerade. Selon le Wall Street Journal, les spots de 30 secondes se vendent environ 200 000 dollars lors des premiers matchs et jusqu'à 750 000 dollars lorsqu'ils impliquent l'équipe américaine.
Les estimations publiées par plusieurs médias américains évoquent ainsi des recettes pouvant dépasser les 250 millions de dollars grâce à ces nouvelles interruptions. Pas mal pour quelques gourdes par 22 degrés.
Même les télés ont parfois raté le match
La polémique n'est d'ailleurs pas seulement théorique. Lors du match d'ouverture entre le Mexique et l'Afrique du Sud, Fox a diffusé tellement de publicités pendant une pause fraîcheur que des téléspectateurs ont manqué les premières secondes de la reprise du jeu. Une situation qui a suscité une vague de critiques sur les réseaux sociaux.
La Fifa impose pourtant aux diffuseurs de revenir à l'antenne au moins 30 secondes avant la reprise de la rencontre. Autant dire que prendre le risque de rater une occasion de but parce qu'une publicité traîne un peu trop en longueur n'a pas exactement aidé à convaincre les plus sceptiques.
@sportbible 🗣️ “It’s bullsh*t!” 🤬😂 We asked England fans if hydration breaks should be introduced in the Premier League 👀🥤 #fyp #sportbible #worldcup2026 #soccer #premierleague ♬ original sound - SPORTbible
@singhness No ads in the UK during the hydration break for FIFA World Cup 2026. #fifaworldcup #fyp #hydration #england #football ♬ original sound - Singhness
Dans les tribunes aussi, les spectateurs ne semblent pas ravis de voir ces pauses interrompre le jeu.
@sportbible The stadium is air-conditioned 👀😅 #sportbible #FIFAWorldCup #football #england #worldcup ♬ original sound - SPORTbible
@rohleks Speed was CONFUSED when the World Cup had a Hydration BREAK 😳🤯👀 #ishowspeed #worldcup #fyp #viral ♬ original sound - rohleks
Une vraie question... et une autre plus cynique
Certes, la chaleur est un sujet sérieux et un réel enjeu sanitaire. Cette Coupe du monde se déroule en plein été nord-américain, avec plusieurs villes hôtes où les températures peuvent largement dépasser les 30 degrés et où l'humidité complique encore davantage les efforts physiques. Des chercheurs ont d'ailleurs alerté sur les risques réels liés aux fortes chaleurs pour les joueurs.
La Fifa peut donc défendre de manière plus ou moins crédible son argument principal, à savoir celui de protéger les footballeurs. Le problème, c'est qu'en rendant ces pauses obligatoires partout, à chaque match, et quelles que soient les conditions, elle a aussi offert aux diffuseurs le jackpot.
Ainsi, même lorsqu'un joueur profite sincèrement de ces trois minutes pour boire un coup et reprendre son souffle, difficile pour certains supporters de ne pas voir autre chose. Comme si, derrière chaque gourde tendue au bord du terrain, on apercevait aussi une calculatrice.
