Taulant Xhaka, vous avez participé le week-end dernier à votre 400e match avec le FC Bâle. Qu'est-ce que cela signifie pour vous?
C'est une énorme fierté. D'y être parvenu, et de pouvoir continuer à jouer pour ce club.
Pensiez-vous un jour atteindre un tel chiffre?
Pour être honnête, je n’y avais jamais pensé. Si quelqu'un m'avait dit un jour – lorsque je jouais encore chez les jeunes – que je disputerais 400 matchs avec le FC Bâle... J'ai néanmoins toujours cru en moi et je savais que j'étais capable de faire de grandes choses en travaillant dur, et c'est ce que j'ai fait. Je suis fier de mon parcours et de ma carrière. J'espère qu'elle continuera ainsi. Encore 100 parties, ce serait vraiment bien (rires).
100 matchs supplémentaires, ce n'est pas rien. Surtout que vous ne jouez pas beaucoup depuis le début de la saison.
50 ou 60 – cela irait aussi. J'ai encore trois ans de contrat et si je sens que je n'ai plus envie de faire les efforts ou que ma carrière n'a plus de sens sportivement parlant, alors j'arrêterai. Mais pour l'instant, je me sens bien, je suis en forme et j'ai le sentiment de pouvoir encore aider l'équipe, même en entrant en cours de match.
Comment gérez-vous les quelques minutes dont vous disposez cette saison?
Je gère ça plutôt bien. Je suis détendu et je compte le rester. J'accepte la situation et je motive l'équipe. Que je joue ou non. Tout joueur cherche bien sûr à être titulaire, mais je ne suis pas négatif. Les jeunes pourraient le voir et j'entraînerais alors le groupe au fond du trou. Cela serait préjudiciable pour tout le monde. Nous serons bientôt en 2025. Il me restera alors deux années. Vous savez à quel point elles passeront vite. C'est pourquoi je veux profiter un maximum de mes dernières saisons.
Comment avez-vous vécu le départ soudain de Fabian Frei? Il était un concurrent à votre poste, mais aussi un coéquipier de longue date.
J'ai été triste lorsque je l'ai appris. C'était inattendu. Il n'avait jamais rien dit auparavant. Puis un lundi, il venu au vestiaire et a vidé son casier. Je lui ai demandé ce qu'il faisait. Il a répondu qu'il venait de résilier son contrat et qu'il partait à Winterthour. Je ne m'y attendais pas.
Comment se porte le FC Bâle sans lui?
C'est étrange qu'il ne soit plus là. Nous nous connaissons depuis longtemps et avons toujours passé de bons moments ensemble. Nous sommes devenus de bons amis. Mais le football est ainsi, il faut l'accepter. Je crois qu'il est heureux là où il est.
Vous êtes désormais n°1 dans la hiérarchie des capitaines. Or Fabio Celestini a expliqué de manière énigmatique qu'il y avait deux capitaines, étant donné que Dominik Schmid, n°2, joue tout simplement plus que vous. Comment vous a-t-il expliqué cela?
Nous n'en avons pas discuté ensemble. Tout cela n'a pas vraiment d'importance. «Dom» le mérite, même s'il est plus jeune que moi. J'essaie pour ma part d'être un leader sur et en dehors du terrain, avec ou sans brassard. Ce n'est pas un problème pour moi.
Cela reste un sujet difficile, non?
Non. Cela peut paraître étrange de l'extérieur, car je n'ai pas souvent été titularisé ces derniers temps, et cela signifie que «Dom» porte le brassard au coup d'envoi. Mais pour être franc avec vous, il n'y a aucun problème avec ça. Etre capitaine est un honneur et une fierté, pour tout le monde, que ce soit moi, «Dom» ou Shaq. Mais ce n'est pas une priorité absolue.
Outre le capitanat, votre rôle a-t-il changé depuis le départ de Frei?
Je sens que les jeunes joueurs se tournent davantage vers moi. Surtout les nouveaux, comme Mendes et Baro, qui me posent désormais plus de questions.
A propos des changements, à quel point Taulant Xhaka, qui a fait ses débuts professionnels en 2010, a-t-il évolué au cours de sa carrière?
Je suis père. J'ai davantage de responsabilités et je suis certainement devenu un peu plus calme. J'étais plus explosif avant.
Plus heureux? Qu'entendez-vous par là?
Quand vous êtes jeune, vous pensez toujours à ce qu'il peut se produire si vous vous blessez ou si vous ne parvenez pas à percer. Je peux désormais dire que mon prêt à GC était une bonne décision. Cette période m'a énormément aidé. Je suis resté fort mentalement et ma carrière à Bâle a ensuite décollé. Vous savez, cela aurait été très difficile si je n'étais pas devenu professionnel. L'école, ce n'était pas pour moi.
Vous évoquez votre prêt réussi à GC. Y a-t-il quelque chose que vous feriez différemment aujourd'hui?
Non, si c'était à refaire, je ne changerais rien. J'ai accompli tellement de choses, tout ce dont j'avais envie. J'aimerais simplement redevenir champion avant de raccrocher les crampons.
Le FC Bâle est actuellement septième. Vous faîtes mieux que la saison dernière.
Les choses ne peuvent pas être pires que la saison dernière. Mais vous savez, tout va très vite dans le football. Je ne peux néanmoins pas imaginer un scénario identique à celui de l'an passé. Nous avons peut-être perdu l'un de nos meilleurs buteurs, Thierno Barry, mais Albian Ajeti, pour ne citer que lui, se comporte de mieux en mieux. Nous formons une très bonne équipe. Et surtout, nous retrouvons un bon mélange entre les jeunes et les joueurs plus expérimentés. J'aime ça.
Malgré la défaite contre le leader Zurich le week-end dernier, l’équipe semble plus confiante cette année, non?
La confiance n’est pas comparable à celle de la saison dernière. Nous avons eu une vraie présentation avec Fabio Celestini cet été, et tout le monde sait ce qu'il a à faire. Vous pouvez également regarder l'intensité que nous mettons à l'entraînement. Personne ne se plaint. Les joueurs sont toujours d'accord, qu'ils soient titulaires ou non. C'est le plus important. Il n'y a pas de place pour les pensées négatives si nous voulons être champions. Tout le monde doit se donner à fond.
Le staff du FCB a évolué cette saison. Un nutritionniste a rejoint l'équipe, un luxe que le club ne s'était jamais offert. Sentez-vous le vent tourner?
Oui, beaucoup. Le staff fait un excellent travail. Nous sommes poussés dans nos retranchements, même lorsque nous ne pouvons plus. Des mesures sont effectuées, des données sont captées. Nous sommes en forme et cela doit certainement se voir sur le terrain.
Donc adieu le chocolat à la maison?
En effet, nous devons faire attention à tout. Nous suivons un régime alimentaire strict. Nous devons cuisiner à la maison et respecter ce qui est demandé. Ma femme s'en occupe pour moi, et heureusement, sinon je serais perdu (rires). Je ne sais pas comment j'y m'en prendrais. Ce serait probablement des pizzas réchauffées au four. Non, je plaisante. Je viens de manger sainement au restaurant. Mais j'ai de la chance, ma femme adore cuisiner et son alimentation lui tient aussi à cœur, ce qui me motive et me permet d'éviter les excès.
La perception du club semble différente cette année, surtout depuis la signature de Xherdan Shaqiri. Vous le remarquez?
Bien sûr! On ressent cet engouement. C'est bien pour les garçons, cela aide. Shaq doit évidemment rester en bonne santé. Mais nous sommes jusqu'à présent sur la bonne voie.
Est-il la pièce manquante du puzzle? Celui capable de faire la différence cette saison?
Cela pourrait le devenir, oui. Mais il ne faut pas uniquement se focaliser sur lui. Xherdan peut bien sûr gérer la pression, mais elle ne doit pas uniquement reposer sur ses épaules. Il ne faut pas espérer de lui qu'il règle tous les problèmes du club. Il sait qu'il n'est pas le sauveur, et les autres joueurs doivent aussi le savoir. Nous devons également – en tant qu'équipe – apprendre à connaître ses déplacements et nous habituer les uns aux autres. Fabio chapeaute tout ça.
Comment cohabitez-vous avec Xherdan Shaqiri? Vous vous connaissez tous les deux depuis l'enfance.
Oui, nous avons parcouru toutes les catégories ensemble, jusqu'à atteindre l'équipe première. Il n'a pas changé. Il est toujours de bonne humeur et drôle. Il a entre-temps gagné en expérience. Nous avons été en contact de temps en temps au fil des années. On se souhaitait nos anniversaires respectifs et il me demandait parfois comment les choses se déroulaient ici au FCB. Il devait certainement regretter, lui aussi, ce qu'il s'est passé depuis son départ. Je crois que c'est ce qui l'a motivé à revenir.
Adaptation en français: Romuald Cachod.