Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, d'abord: le top-scorer de Genève-Servette Sakari Manninen pourra disputer les demi-finales de la Ligue des champions contre les ZSC Lions. La mauvaise, maintenant: le troisième meilleur buteur de National League manquera entre cinq et dix matchs de championnat.
Alors que nous jouions la 49e minute, mercredi à Zoug, et que le match était déjà plié, l'EVZ menant 6-3, Manninen a renversé le juge de ligne d'un coup de crosse dans le dos lors d'une bagarre devant le but. Une erreur qui aura de lourdes conséquences. Le Finlandais de 32 ans est certes un joueur posé, qui n'a jamais passé plus de 26 minutes au cours d'une même saison sur le banc des pénalités. Ce n'est donc pas une tête brûlée. Mais avec ce coup, le champion olympique s'est attiré une pénalité de match et doit s'attendre à une sévère suspension.
Cette scène inadmissible présente à elle seule l'un des principaux problèmes de Genève-Servette, encore meilleure équipe en Europe en février 2024: l'effondrement de la discipline. A qui incombe, en temps normal, la responsabilité de veiller au maintien de l'ordre? A l'entraîneur en chef, évidemment. Problème: le GSHC en a deux depuis le licenciement de Jan Cadieux: ses assistants Yorick Treille et Rikard Franzén.
Lorsqu'on lui demande qui est le patron, Franzén répond franchement: «Nous dirigeons tous les deux l'équipe». Entendu. Mais alors, à qui incombe la responsabilité de prendre la parole dans le vestiaire et de se fâcher lorsque les choses ne vont pas? Il y a nécessairement un chef, non? A la lecture de la feuille de match, seul le nom du Français Yorick Treille est inscrit dans la partie «entraîneur principal». Est-ce donc lui qui a le dernier mot? «Non, nous nous relayons. Nous dirigeons l'équipe ensemble», rétorque Rikard Franzén.
Il y a de toute évidence des arguments en faveur du «coaching collectif». Quatre yeux voient mieux que deux. Quatre oreilles entendent mieux que deux. Deux têtes intelligentes valent mieux qu'une, surtout lorsqu'il y a un problème à régler. Et pourtant, gérer à deux de jeunes hommes royalement payés pour jouer au hockey plutôt que de travailler, ça ne fonctionne pas.
Viktor Vassilievitch Tikhonov, coach national le plus titré de l'histoire, était un général de la bande digne des officiers de l'Armée rouge. Au royaume du partage, il se trouvait bel et bien seul aux commandes. Et pour cause, chaque équipe a besoin d'un homme avec de la poigne et du charisme. Quelqu'un capable de remplir le vestiaire rien que par sa présence. De donner la tactique à suivre, d'imposer la discipline et finalement, d'assumer la responsabilité.
Rikard Franzén est un technicien sympathique et intelligent. En tant qu'assistant de Jan Cadieux, il a largement contribué aux récents succès de Genève-Servette, champion de Suisse en 2023 et vainqueur de la Ligue des champions en 2024. Le Suédois sait analyser les lacunes actuelles. D'ailleurs selon lui, l'équipe doit faire le dos rond et revenir à un jeu simple et direct. Elle doit réapprendre les bases, et parfois simplement dégager le puck au lieu d'essayer de construire un mouvement complexe. C'est ce que font toutes les formations en crise pour se relever. Mais apparement, trop de joueurs à Genève ont trop de talents pour se contenter de faire simple. Franzén n'explique pas le comportement de Sakari Manninen.
Aux Vernets, la glace est désormais de plus en plus fine. Les Genevois ne peuvent plus se fier à leur immense potentiel, et ce crédo qu'ils suivent depuis des mois: «On va y arriver». Ne pas atteindre les play-in serait une honte sans précédent à la vue du potentiel de cette équipe.
Le GSHC s'apprête maintenant à jouer à Ambri. Après la défaite à Zoug mercredi, l'équipe n'est pas rentrée en Romandie et a directement filé de l'autre côté des Alpes. Entraînement au Tessin jeudi matin, suivi du match ce vendredi soir. Une semaine spéciale donc, loin de la routine quotidienne. Cette fois, Sakarin Manninen ne sera pas autorisé à jouer, contrairement à Sami Vatanen, absent contre Zoug mercredi, mais désormais de retour de blessure.
En fait, ce déplacement ressemble étrangement à un voyage scolaire, voire à un camp de ski. Or même là, il y a un chef. Sinon, cela devient vite la pagaille.