Comme on pouvait s'y attendre, la remise des médailles et du trophée de l'Euro a été réglée comme du papier à musique. Les dirigeants de l'UEFA, le roi d'Espagne Felipe VI et le prince de Galles William étaient tous sur leur trente-et-un pour distribuer les breloques sur la pelouse aux finalistes (l'Angleterre) et vainqueurs (l'Espagne). Le tout dans un timing impeccable et sur un podium digne de l'événement.
Aucun bémol donc, mais les puristes ont de quoi rester sur leur faim après cette cérémonie.
En zappant cette habitude, l'UEFA enlève un peu de saveur à ces moments si riches en émotions.
Car c'est toute une dramaturgie qui se déroule pendant la montée de ces marches. Elle accentue le contraste entre vainqueurs et perdants, ces derniers étant également invités à venir chercher leur médaille (en premiers, d'ailleurs). Leurs têtes sont baissées, leurs pas pachydermiques. On a l'impression que ces athlètes d'exception n'auront même pas la force de boucler ces quelques mètres d'ascension, tant celle-ci se transforme en chemin de croix. Et cette traversée devant tous ces officiels en costard ou robe de gala, la coupe à portée de main et pourtant si loin, qu'est-ce qu'elle paraît longue!
On ne parle même pas de la descente à l'autre bout, les mains vides, ou alors seulement avec la breloque de finaliste qui vient d'être enlevée du cou, par dépit.
C'est tout le contraire chez les vainqueurs, qui escaladent cette pente en rigolant et sautillant. Comme si les 90 ou 120 minutes d'efforts intenses qu'ils viennent de produire n'ont jamais existé. Et la symbolique est forte: on grimpe ces escaliers comme on s'élève vers le ciel, honneur ultime pour ces dieux du stade. Même les vaincus peuvent interpréter cette procession en direction de la tribune présidentielle comme un hommage, comme une sorte de dignité rendue.
Ces longues séquences permettent aussi des gros plans sur chaque visage et les émotions qu'il dégage. De quoi exalter les sentiments des téléspectateurs, une condition sine qua non à la retransmission en direct de tels événements sportifs. Ce que ne permet pas forcément le court chemin parcouru sur un podium au milieu de la pelouse.
Laissés pareillement au milieu du terrain, les footballeurs semblent plus isolés que jamais. Ils le sont déjà au quotidien dans leur bulle de multimillionnaires, loin de la populace et de ses préoccupations. Les faire grimper au milieu du public offre une communion avec celui-ci et reflète davantage la réalité: les joueurs, même s'ils sont les stars du lieu, ne sont qu'une composante de ce spectacle.
Ces interactions peuvent aboutir sur des pépites: des moments de complicité avec les fans, les anciens joueurs ou entraîneurs qui sont placés le long de cette fameuse montée. Ou parfois, moins sympas mais tout aussi croustillantes, des altercations légendaires qui font, qu'on le veuille ou non, elles aussi partie du spectacle. On se souviendra toujours de la claque donnée par Neymar à un supporter de Rennes qui chahutait les joueurs du Paris Saint-Germain après la finale de Coupe de France 2019 perdue par les Parisiens face aux Bretons.
Alors oui, on peut comprendre que les organisateurs privilégient une cérémonie directement sur la pelouse plutôt qu'en tribune. Notamment pour des questions sécuritaires ou visuelles (faire exploser des confettis ou engins pyrotechniques). Mais ces moments perdent une partie de leur charme.