Un Romand fait une contre-proposition à Sabalenka
Début mars à Indian Wells, la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka s'est dite favorable à ce que les matchs féminins se disputent au meilleur des cinq sets (comme les hommes) à partir des quarts de finale en Grand Chelem. «Je pense que j'aurais probablement plus de titres du Grand Chelem. Je me sens très forte physiquement, je suis certaine que mon corps pourrait le supporter», a ajouté la Biélorusse de 27 ans, sacrée à quatre reprises en Majeur.
L'idée d'allonger les matchs du circuit féminin n'est pas nouvelle, mais la nouvelle formule à adopter fait débat. Les cinq sets sont-ils la meilleure solution? Erfan Djahangiri pense que non. Interrogé par watson, l'ancien entraîneur de Timea Bacsinszky et Tathiana Garbin propose une autre alternative. Interview.
Pour quelles raisons n'êtes-vous pas favorable à l'introduction de matchs au meilleur des cinq sets dans le tennis féminin?
D'abord, je tiens à préciser que je ne suis pas favorable non plus aux matchs en trois sets pour les femmes en Grand Chelem. Pour moi, il doit y avoir une dimension physique supplémentaire lors de ces quatre grands rendez-vous annuels. Elle existe déjà chez les hommes, qui passent de trois à cinq sets, mais pas chez les femmes. C'est même le contraire: c'est plus simple pour elles de gagner un Grand Chelem qu'un autre tournoi puisqu'elles disputent sept matchs en deux semaines contre cinq en une semaine sur les autres tournois.
Vous souhaitez donc ajouter un défi physique supplémentaire en Grand Chelem, sans aller jusqu’aux matchs en cinq sets?
Exactement. Les cinq sets peuvent être très exigeants physiquement, surtout dans des conditions de fortes chaleurs à Melbourne ou à Roland-Garros, sans parler de l’humidité à l’US Open.
Quelle solution préconisez-vous?
Je sais que plusieurs tests ont été menés ces dernières années avec des matchs en cinq sets, mais en quatre jeux. Ce format allonge la durée des rencontres tout en créant des situations intéressantes, notamment sur le plan mental. On se retrouve avec des matchs assez longs, propices aux retournements de situation. Mais je crains que les puristes du tennis ne voudront jamais entrer en discussion sur un format à quatre jeux. Un peu comme le «let» au service
C'est à dire?
Je me suis souvent demandé d’où venait cette règle selon laquelle le «let» (réd: quand la balle touche le filet puis retombe de l’autre côté) est pris en compte pendant l’échange, mais pas au service, où il faut rejouer le point. Quand on pose la question aux puristes, la réponse est souvent: «C’est comme ça, point.» Personnellement, je serais plutôt favorable à ce que le «let» soit également valable au service: cela apporterait, en plus, des situations de jeu intéressantes.
Revenons à votre proposition de cinq sets de 4 jeux. Ce format débuterait dès le 1er tour en Grand Chelem?
Absolument.
Et en cas d'égalité à la fin de chaque manche, il y aurait un tie-break?
Oui, à 4-4, un tie-break en sept points viendrait départager les joueuses. On conserverait par ailleurs le système d’égalité et d’avantage dans chaque jeu, et il faudrait toujours deux jeux d’écart pour remporter un set.
Quand on aime le tennis, on souhaite que les règles reflètent réellement la valeur des joueuses, ainsi que les écarts de niveau. Le format en cinq sets de quatre jeux irait-il dans ce sens?
Oui, je le pense. Dans le format actuel au meilleur des trois sets, un match peut parfois se jouer sur très peu de points: il suffit de mal finir un premier set, de sortir mentalement du match, et tout peut rapidement s’enchaîner. Avec un format en cinq sets de quatre jeux, il y a davantage d’opportunités de revenir dans la partie. De toute façon, plus un match est long, plus il a de chances de sacrer la meilleure joueuse. C’est d’ailleurs un principe que l’on retrouve dans d’autres sports, comme en hockey lors des play-offs: au meilleur des sept matchs, on considère que le meilleur finit par s’imposer. On peut passer à côté d’un ou deux matchs, mais rarement de quatre. Au fond, le tennis obéit à la même logique.
Ça me fait penser à cette célèbre phrase de Vitas Gerulaitis. Il avait perdu seize fois de suite contre Jimmy Connors, avant de finalement s’imposer en demi-finale du Masters en 1980. Il avait alors lancé: «Personne ne bat Vitas Gerulaitis 17 fois d’affilée!»
(il éclate de rire) C’est excellent! J’adore ce sens de l’autodérision: il se moque de lui-même tout en célébrant sa victoire.
Ajouter une dimension physique dans le tennis féminin modifierait aussi la lecture que nous ferions des performances. Une joueuse qui passerait du temps sur le court lors de ses deux premiers matchs se mettrait en danger physiquement pour la suite du tournoi.
Exactement. A l'heure actuelle, les joueuses qui traversent des premiers tours compliqués ne ressentent pas les effets de leur débauche d'énergie lors des matchs suivants. C'est différent chez les hommes: je me souviens d'un Pete Sampras diminué face à Evgueni Kafelnikov lors de la demi-finale 1996 à Roland-Garros parce qu'il avait grillé plusieurs cartouches au début de la quinzaine. La composante physique a toujours fait partie du jeu en Grand Chelem et elle devrait avoir la même importance chez les femmes que chez les hommes.
