Tous les deux ans, avec les grands tournois internationaux, les «footix» réapparaissent. Ces amateurs très occasionnels se distinguent par leur manque d'expertise et leurs questions parfois nunuches. Par exemple: «Quel est le meilleur endroit pour regarder les matchs?»
Cela va de soi: à la maison. Et, de grâce, jamais dans une fan zone! Voici onze raisons pour lesquelles il est insupportable de regarder un match dans ce genre d'endroits.
On commence par la mauvaise vue (1ère raison) sur l'écran. Il y a toujours ce fan avec un énorme chapeau qui dépasse de plusieurs dizaines de centimètres et qui enquiquine les trois rangées – au moins – derrière lui. Sans parler de ceux qui agitent leurs drapeaux pendant tout le match...
Mais même avec une vue dégagée, vous n'aurez aucun plaisir. Même si l'humain ne cesse de faire des progrès en technologie, la qualité d'image de ces grands écrans (2e raison) laissent toujours à désirer. Parfois, on a juste l'impression de se retrouver devant un tableau de Claude Monet...
Et puis, en public, on est obligé de bien se comporter. Autrement dit: impossible d'évacuer notre frustration en hurlant nos pensées les plus inavouables (3e raison), contrairement à ce qu'on peut faire à la maison. Or ce sentiment de liberté/d'impunité quand on regarde un match est indispensable!
Les fan zones, ce sont des toilettes bouchées (4e raison) – merci les odeurs! –, des files d'attente interminables et des distributeurs de rouleaux de papier toilette vides. Avant de devoir passer aux WC, vous buvez dans des gobelets en plastique (5e raison), seulement la bière officielle de l'Euro (6e raison) et qui coûte un bras (7e raison). Et avant de pouvoir goûter à ce breuvage insipide, il faut se coltiner la longue queue aux buvettes (8e raison), où vous aurez une chance sur deux de rater un but.
En fan zone, il faut aussi supporter ce troupeau... (9e raison). Les voisins directs qui viennent se frotter à notre corps innocent et sans défense, et qui nous renversent de la bière dessus au moindre début d'occasion de goal (même quand c'est l'adversaire). La bimbo exhibitionniste aux lunettes de soleil plus larges que son bikini. Le fumeur de cannabis. Et parfois même son dealer, qui fait plus de kilomètres sur la place que Silvan Widmer sur son côté droit!
A l'épreuve d'une fan zone, peut-on encore éprouver une certaine sympathie pour tous ces gens? Peut-être. Mais notre tolérance n'a, par contre, aucune place pour ces énergumènes qui beuglent bêtise sur bêtise (10e raison).
On reconnaît facilement ces excités à leur niveau sonore, qui donne l'impression qu'on leur a greffé un mégaphone dans la gorge. Totalement de mauvaise foi, ils hurlent sur l'arbitre alors que celui-ci a pris une bonne décision, veulent décider les changements à la place du coach, ordonnent à un joueur de tirer alors qu'il est entouré par quatre adversaires ou crient «Hors jeu!» sur une touche...
Non, franchement, si on doit regarder du foot avec d'autres personnes, il est indispensable que celles-ci aient quelques heures de pratique derrière elles, au risque d'avoir les oreilles qui saignent.
Finalement, les fan zone, c'est l'événement dans l'événement. Or, un événement comme l'Euro se suffit à lui-même (11e raison). Ces matchs de foot projetés en public sont une scène pour les promoteurs, les publicitaires, les fêtards et les narcissiques, qui veulent attirer l'attention sur eux (coucou les mecs avec vos chapeaux de 250 cm de haut ou vos maquillages sur tout le visage agrémentés d'un casque à cornes), mais pas pour les connaisseurs ou vrais fans de foot, qui veulent savourer et analyser chaque seconde de ce jeu merveilleux, en toute concentration.