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La vaccination obligatoire des footballeurs divise les clubs romands

Comme Granit Xhaka avec la Nati, les clubs peuvent aussi perdre des joueurs positifs au Covid-19 parce qu'ils ne sont pas vaccinés. Une tuile pour eux. Alors à Xamax, les dirigeants militent fortement pour la piqûre. Moins à Sion et au Stade Lausanne Ouchy.
03.09.2021, 19:0305.09.2021, 10:28
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Granit Xhaka ne jouera pas dimanche face à l'Italie ni mercredi en Irlande du Nord. Et c'est une vraie tuile: le capitaine de la Nati, remarquable lors du dernier Euro, va beaucoup manquer à son équipe dans ces matchs déjà cruciaux pour la qualif au Mondial 2022. La raison de cette absence? Un test positif au Covid-19.

Xhaka est le seul joueur de la Nati à ne pas s'être fait vacciner. Alors forcément, dans un pays où le débat sur la vaccination est féroce, son forfait fait grincer des dents. Celles du journaliste de Blick Ugo Curty, par exemple, qui dénonce dans son édito «une décision égoïste qui serait difficilement acceptable pour n’importe quel joueur, mais qui devient incompréhensible pour le capitaine.»

Lutter contre des croyances

Jean-François Collet, propriétaire et président de Neuchâtel Xamax, est du même avis.

«C’est un manque de professionnalisme de ne pas se faire vacciner quand on évolue dans un collectif. Il y a des risques de contamination lors des déplacements en car, par exemple. Et si ça arrive, les implications sportives sont énormes. On a une épée de Damoclès sur la tête»
Jean-François Collet, propriétaire et président de Neuchâtel Xamax

Comme la Nati et le cas Xhaka, les clubs peuvent perdre leurs meilleurs éléments pour plusieurs matchs, le temps de la guérison et de la quarantaine. Avec plusieurs cas positifs dans le contingent, des parties peuvent être renvoyées, serrant encore plus un calendrier déjà bien chargé.

Le risque que ces reports cassent des dynamiques positives existe aussi. Celui de Covid long également. «Quand on a été relégué en Challenge League en été 2020, on a a eu une longue série de défaites juste après notre quarantaine. Je soupçonne la maladie encore présente chez certains joueurs d'avoir eu un impact sur ces mauvais résultats», rembobine amèrement «Jeff» Collet.

Jean-François Collet milite avec vigueur pour la vaccination des footballeurs.
Jean-François Collet milite avec vigueur pour la vaccination des footballeurs. Image: KEYSTONE

Au bout du fil, le boss xamaxien en a gros sur la patate. Avec le médecin du club, il tente de convaincre depuis des mois ses joueurs de se faire vacciner. Environ 90% l'ont fait. «J’essaie encore de faire changer d'avis les récalcitrants. Mais c'est difficile, parce il y a des sortes de croyances: un joueur m’a expliqué que sa grand-mère a eu la sclérose en plaques après le vaccin», soupire le président neuchâtelois.

Traumatisme à la Pontaise

Au Stade Lausanne Ouchy, les dirigeants se méfient davantage des potentiels effets secondaires spectaculaires de la piqûre. Et pour cause: le club de la Pontaise a vécu un traumatisme au mois de mai. «Notre joueur Michaël Perrier s’est fait vacciner fin avril, puis il a eu un arrêt cardiaque», s'émeut Hiraç Yagan. Pour le directeur sportif, le lien cause-conséquence est clair. Fort heureusement, le milieu de terrain de 32 ans s'en est sorti sans séquelles, après quatre jours de coma.

Michaël Perrier (en rouge), lors d'un match contre GC en mars dernier.
Michaël Perrier (en rouge), lors d'un match contre GC en mars dernier. Image: KEYSTONE

Mais cet épisode a refroidi les ardeurs des autres joueurs vaudois d'opter pour le vaccin. «Michaël a été le premier à le faire. Après son accident, 5-6 joueurs ont annulé leur rendez-vous. Aujourd’hui, peu sont vaccinés», explique Hiraç Yagan. Malgré leur scepticisme, le directeur sportif et la direction du SLO ont laissé le médecin du club militer auprès des joueurs en faveur du vaccin: «C’est lui le plus compétent pour juger et les conseiller. Et on est dans une démocratie, alors on leur laisse le libre choix.»

Volonté d'aller plus loin

Si la décision ne tenait qu'à lui, Jean-François Collet, au contraire, ne laisserait pas cette liberté à ses employés.

«Si je le pouvais, j’imposerais la vaccination aux joueurs de Xamax. Avoir fait le vaccin n’était pas une condition d’embauche lors du dernier mercato, mais ça pourrait le devenir. On y songe sérieusement»
Jean-François Collet, propriétaire et président de Neuchâtel Xamax

En aurait-il le droit? Comme la vaccination au Covid-19 est récente, les certitudes ne sont pas à l'ordre du jour. Y compris chez les experts. «Je doute de la validité légale d’une telle clause. Mais il existe probablement une autre opinion», avance prudemment Rémy Wyler, avocat et spécialiste de droit du travail. Le Lausannois ne croit pas davantage à la possibilité d'imposer la vaccination à des employés d'un club de foot professionnel.

«En droit du travail, l’obligation de se vacciner pourrait se justifier uniquement dans des cas très particuliers, comme le personnel soignant, qui est en contact avec des personnes vulnérables. Pour une équipe de football, on ne peut pas raisonner en termes d’exception: elle ne se distingue pas de certaines autres situations dans lesquelles les travailleurs interagissent les uns avec les autres. La problématique est par exemple semblable dans les entreprises avec un open space ou un orchestre de chambre dans lesquels les travailleurs se côtoient étroitement.»
Rémy Wyler, avocat et spécialiste de droit du travail

Le juriste vaudois estime aussi qu'«un licenciement d’un joueur contaminé et non-vacciné serait probablement abusif» et que des sanctions financières en cas d'absence pour cette raison à des matchs ou entraînements ne seraient pas légales dans notre pays.

Prudence à Tourbillon

Au FC Sion, on préfère la carotte au bâton. Son président Christian Constantin fait dans le pragmatisme:

«Si les joueurs ratent des matchs parce qu'ils sont positifs au Covid-19, ils se sanctionnent eux-mêmes parce qu'ils ne touchent pas de primes. Si ça impacte leur porte-monnaie, ils vont vite comprendre la problématique»
Christian Constantin, président du FC Sion

Le boss de Tourbillon est prudent sur la question de la vaccination. «Je n’ai ni les compétences médicales ni la loi pour obliger mes joueurs à la faire, reconnaît-il. Et c'est une question de choix personnel.»

Christian Constantin n'envisage pas pour l'instant de clause de contrat stipulant une vaccination.
Christian Constantin n'envisage pas pour l'instant de clause de contrat stipulant une vaccination. Image: KEYSTONE

Malgré tout, le club valaisan met sur pied des séances collectives de piqûre pour ceux qui le désirent. Rhône FM informait le 11 août que, sur les 35 joueurs du contingent du FC Sion, neuf avaient reçu les deux doses et dix-neuf attendaient la seconde. Sept joueurs refusaient toujours de se vacciner, «malgré les encouragements du club à le faire». «On leur a expliqué l’importance de ce vaccin sur le plan professionnel, mais aussi social. Ils ont évidemment le droit d’avoir leur position, mais on se doit en tant que club de les rendre attentifs à l’importance de la campagne vaccinale», confiait à la radio valaisanne Massimo Cosentino, directeur général du FC Sion.

Pas de vaccin = pas de place en première équipe

En dépit du manque de ressources légales pour imposer ses souhaits, Jean-François Collet a déjà posé un premier jalon concret – en plus de la sensibilisation – pour inciter certains «Rouge et noir» à placer leur épaule sous l'aiguille. «On prévient les joueurs à cheval entre les M21 et la première équipe que s'ils ne se vaccinent pas, ils ne s'entraîneront ni ne joueront pas avec celle-ci. Parce que chez les M21, le risque de contamination est élevé puisque il y a moins de contrôles. Au contraire, les pros sont testés régulièrement.»

Imposer un certificat Covid (délivré aussi grâce aux tests) à tous les joueurs et au staff à chaque match, c'était la solution trouvée par la Swiss Football League fin juillet, en réaction au report de deux matchs de Challenge League lors de la première journée. Mais avec le cas Granit Xhaka, décidera-t-elle de franchir un nouveau cap?

C'est ce qu'a fait la NHL, par exemple. La célèbre ligue nord-américaine de hockey sur glace vient d'annoncer pour la saison à venir de lourdes mesures pour les non-vaccinés – tests quotidiens et isolation lors des déplacements – qui se transformeraient en sanctions en cas de contamination, telles que des suspensions et des retenues de salaires.

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