Le HC Bienne a un problème avec sa star de NHL
Quelles qualités un attaquant moderne doit-il posséder? Il y en a beaucoup. Il doit remporter les mises en jeu, rendre ses coéquipiers meilleurs et donner un coup de main en défense. Il doit aussi faire preuve d’agressivité et, avec un forechecking bien dosé, semer le trouble dans la relance adverse. Tout cela, en scorant, bien sûr.
Mais en réalité, une seule de ces qualités suffit pour devenir un héros: marquer des buts. Tout le travail de sape, le forechecking, l’aide en défense et la construction du jeu qu’aurait pu apporter Jeff Skinner n’auraient servi à rien s’il était resté muet face au champion Gottéron, mardi, lors de la première journée de National League. Les supporters se seraient alors demandé après le match:
Lors de cette première journée de la saison, le Canadien n’a été ni le travailleur de l’ombre qui fait naître les émotions par ses mises en échec spectaculaires, ni le maître à jouer dominant qui attire les adversaires sur lui pour ouvrir des espaces. Mais il a été un finisseur redoutable. Aucun autre joueur n’a joué un rôle aussi important dans les patinoires suisses, mardi.
Vincenz Rohrer (Zoug) et Calvin Thürkauf (Lugano) occupent certes eux aussi la tête du classement des compteurs, avec exactement les mêmes statistiques que Jeff Skinner (deux buts/une passe décisive). Mais Zoug, vainqueur 5-0 à Lausanne, et Lugano, qui s’est imposé 6-3 face à Genève-Servette, auraient peut-être gagné même si Rohrer et Thürkauf n’avaient contribué qu’à un seul but. Ou même à aucun.
A Bienne, en revanche, l’attaque dépendait entièrement de Skinner. Le Canadien a ainsi évité à son équipe une défaite aussi amère que lourde de conséquences, une défaite qui aurait pu installer le doute pour plusieurs semaines, surtout au vu du nouveau style de jeu de l’équipe.
Christian Dubé a transformé Bienne en une véritable machine à spectacle. Les Nord-Américains parleraient de «Firewagon Hockey» pour décrire ce style offensif brûlant, endiablé et totalement débridé des Seelandais. Or sans Jeff Skinner, Gottéron aurait gagné, et nous chanterions aujourd'hui les louanges d’un hockey scandinave structuré, du sang-froid, de la confiance du champion en titre et du triomphe de la contre-attaque sur les multiples assauts offensifs.
Aucune autre équipe victorieuse n’a autant dominé son adversaire que les Biennois lors de la première journée, ni tiré si peu de profit d’une telle débauche d’énergie offensive.
- Zoug: 23 tirs pour cinq buts à Lausanne
- Ambri: 34 tirs pour trois buts à Porrentruy
- Kloten: 29 tirs pour quatre buts à Rapperswil
- Lugano: 28 tirs pour six buts contre Genève-Servette
- Davos: 28 tirs pour quatre buts contre Langnau
- ZSC Lions: 36 tirs pour cinq buts contre le CP Berne
Bienne, de son côté, a tiré 40 fois au but pour seulement quatre réussites, dont la dernière dans la cage vide.
Après 33 secondes de jeu, Jeff Skinner a fait jaillir l’étincelle dans le baril de poudre en inscrivant le 1-0. A partir de là, ça a brûlé en permanence, et à plein régime, devant la cage du courageux Ludovic Waeber. 12-9 au niveau des tirs cadrés dans le premier tiers, 12-9 dans le deuxième et 16-5 au troisième. L’entraîneur de Gottéron, Roger Rönnberg, s’est rapidement vu contraint de prendre un temps mort pour tenter de perturber le rythme biennois.
Cette pression permanente a provoqué quatre pénalités dans le dernier tiers. La quatrième sera d’ailleurs fatale à Gottéron, puisqu’elle conduira au 3-2. Mais cette débauche offensive s’est aussi apparentée à une danse au bord du précipice: pendant un temps, le HC Bienne s’est retrouvé mené 2-1 au score.
Avec ses trois attaquants étrangers (Lias Andersson, Marcus Sylvegard et Jeff Skinner) placés dans la même ligne, Christian Dubé façonne un véritable marteau-pilon en attaque. Mais l’équation ne tient que grâce au sang-froid imperturbable de Jeff Skinner.
L’entraîneur de Bienne sait à quel point le style de jeu total de son équipe est risqué. Il affirme que c’est le hockey qu’il exige, avant de reconnaître, au détour d’une phrase, qu’il doit désormais trouver un meilleur équilibre. A juste titre. Sinon, les assauts seelandais se termineront dans les profondeurs du classement.
Les Biennois ne manquent ni de travailleurs de l’ombre ni de forecheckers, ni de papillons offensifs ni d’ouvriers défensifs, ni de meneurs de jeu ni de créateurs. Mais manifestement, ils ne disposent que d’un seul homme capable de trouver régulièrement le chemin des filets: Jeff Skinner.
Avec ce style de jeu, Skinner semble être plus que jamais le joueur le plus important de l’équipe, celui dont le HC Bienne ne peut pas se passer. Celui dont il dépend et dont il dépendra encore davantage lorsque l’ancien vainqueur du trophée Calder aura peaufiné sa préparation et amélioré son physique. La fatigue s’est fait sentir mardi chez ce joueur de 34 ans, après plus de 18 minutes passées sur la glace.
Cette fatigue se lisait sur son visage lorsqu’il répondait aux questions des journalistes après le match, exactement comme il a appris à le faire au cours de sa carrière en NHL. En faisant l’éloge de ses coéquipiers, de leur bon travail défensif et de l’ambiance dans la patinoire, Skinner s’est montré modeste et humble, comme le sont les grands joueurs.
Christian Dubé part du principe que Jeff Skinner va encore progresser, notamment physiquement. Mais il devrait plutôt prier les dieux du hockey pour que Skinner fasse preuve d’autant de réalisme chaque soir de match. Car sans les buts du Canadien, la machine à spectacle du HC Bienne sera tout simplement enrayée. Que Dubé continue donc de porter sa cravate porte-bonheur. Son équation ne fonctionnera qu’avec la réussite de Jeff Skinner.
